Cathédrale de Saint-Nicolas à Nice : Pour qui sonne le glas ?

Sans rentrer dans le contentieux juridique , qu'à ce jour, a vu prévaloir les raisons de la Fédération de Russie ( jugement du Tribunal de Nice, confirmé par la Cour d'Appel de Aix-en-Provence) qui doit encore trouver sa parole finale avec la décision de la Cour de Cassation, on peut comprendre les sentiments moraux des membres de l'ACOR qui , après 8O ans de gestion sans aucun but lucratif, se sont vu privé d'un bien que, à tort ou à raison, ils considéraient désormais comme le leur. Et que la Fédération de Russie , après 80 ans de silence et désintérêt, a voulu revendiquer avec force. On peut dire qu'il y a une raison du droit qui s'oppose à celle du cœur ? Finalement ce qui est important dans cette 'triste' histoire est que ce magnifique lieu, la Cathédrale de Saint-Nicolas, soit conservé à son rôle primitif : au culte pour les fidèles.

À la fin de la seconde guerre mondiale et avec la complicité des alliés, plusieurs millions de russophobes furent rapatriés de force vers la "mère patrie soviétique"

Voici qu’au XXIe siècle le spectre de ce passé ressurgit avec pour cible cette fois-ci les lieux de prière implantés hors des frontières de l’ex-Empire. L’heure est au post-soviétisme et à la reprise en mains. Le couple POUTINE-MEDVEDEV s’emploie avec ses Ministres et Ambassadeurs à redorer le blason de la Fédération de Russie, au prix de savantes contorsions avec la morale et les usages.

La Cathédrale Saint-Nicolas°, patrimoine de la Ville de Nice, pour ne pas dire de la France, subit de plein fouet les exigences diplomatiques imposées par la Fédération de Russie, dont nous dirons seulement que ce pays qui pérore au monde : "avoir tourné la page", reste sans aucune retenue nostalgique de son passé soviétique. Pourtant, balayant ses origines troubles, la Fédération de Russie se positionne en successeur de l’Empire des Tzars et impose son influence sous le couvert de la Religion, à la France et au monde, maniant de façon à peine dissimulée l’arme du gaz qui pourrait être coupé si... les décisions n’allaient pas dans le sens souhaité par Moscou.

En son temps LENINE n’envisageait pas moins que la destruction de la Cathédrale Saint-Nicolas de Nice. STALINE, plus visionnaire, oubliait Nice et planifiait dans le cadre de sa propagande expansionniste en faveur de l’Union Soviétique, l’occupation et le détournement d’affectation de tous les lieux de culte que comptait le territoire soviétique.

L’opération de reconquête de ce lieu Saint chargé d’histoire prend naissance en 2006, avec un premier round fin 2011. Le jugement rendu est mal compris par une grande partie des Fidèles auxquels sont associés de nombreux Niçois et quelques Français curieux des péripéties de ce feuilleton rocambolesque. Nous dirons pour faire court, que la fin de ce premier échange se termine par une victoire de la Fédération de Russie, sonnant provisoirement le glas de la gestion de la Cathédrale Saint-Nicolas par l’A.C.O.R. La deuxième manche est en marche et il est encore de mise d’espérer que, tant les Politiques que les Juristes éprouveront à l’égard de ce dossier, un sursaut de logique et de patriotisme.
Si ce n’était pas le cas il faudrait aller encore plus loin. L’histoire est donc loin d’être terminée.

Dépendante du monde en tous points, la France a sacrifié un pan entier de l’histoire et du patrimoine Niçois au nom de la raison d’État. La Cathédrale est désormais aux mains de personnes sans scrupules. Soumise à un déracinement historique, livrée à un écartèlement judiciaire, sous le coup d’une occupation permanente et d’une confiscation de tous les usages d’antan, le tout gaillardement immolé sur l’autel de la diplomatie par une France tremblante devant la puissance et l’avidité d’un homme que l’histoire est en train de rattraper.

Paul BOUCOIRAN, ancien Président du Comité de Quartier du Parc Impérial, exposait la situation dans un article paru en décembre 2010 dans le numéro 18 de la Gazette du Quartier "ENTRE-NOUS" sous le titre "Vol diplomatique à Nice". Il dénonçait l’avenir de ce lieu de culte indépendant implanté sur notre sol qui allait être livré avec l’aval des autorités politiques et judiciaires de notre pays à une nation étrangère, toujours gangrenée par les démons de son passé totalitaire.

Sur la même longueur d’onde, Monseigneur GABRIEL, Exarque du Patriarcat de Constantinople, soutien les Religieux en place et s’adressant aux Fidèles rassemblés sous la coupole à la fois mythique et martyr de la Cathédrale :
"...vous êtes les héritiers de ceux qui ont été rejetés et persécutés, vous subissez vous-même aujourd’hui la pression des puissants de ce monde, je vous exhorte donc à continuer à vous défendre..."

Le Père Jean GUEIT, Recteur de la Cathédrale Saint-Nicolas de Nice, plus connue sous le nom d’Église Russe de Nice" et Président de l’Association ACOR (Association Cultuelle Orthodoxe Russe), célébrait dernièrement l’ultime office dominical sous très haute surveillance. En effet, en dimanche 11 décembre 2011 le Père Jean officie sous le contrôle sans complaisance de son homologue, le Recteur Nicolas OZOLINE, diligenté par Moscou pour l’occasion. Depuis l’Église est fermée, le parc est sous contrôle et les cloches restent muettes. Il y a quelques mois à peine, ce lieu recevait des touristes venus du monde entier, le site le plus visité de la Ville disait-on et ce n’est pas tout. Au lendemain d’une décision politico-juridique inique, pour ne pas dire contraire aux principes mêmes de la République Française, ce haut lieu du Patrimoine Niçois c’est vu débarrassé, presque manu-militari de tous les Religieux relevant du Patriarcat de Constantinople, pourtant en place depuis plus de quatre-vingts ans. Ce coup de "propre" souhaité par le Kremlin trouve naturellement un soutien sans faille auprès quelques Métropolites aux ordres, qui englobent ipso-facto dans ce coup de balai, sans discernement de sexe, de nationalité ou de condition sociale, tout individu qui en appelle à la charité chrétienne.

En résumé, depuis que ces quelques arpents de terre, jadis Française, son devenus "territoire Russe", le Kremlin a prononcé l’interdiction d’accès à la Cathédrale à quiconque, qu’il soit Prêtre, Fidèle, Mendiant ou Touriste. Depuis la remise des clefs aux nouveaux maîtres, des individus musclés et vêtus de noir ont fait leur apparition, ils gardent désormais cet espace lové au sein de nos Quartiers, vingt quatre heures sur vingt quatre, patrouillant de manière incessante sur ce territoire imposé par la raison d’État sur notre sol. Outre la surprise de tous Paroissiens, les plus faibles d’entre eux, âgés ou handicapés découvraient à la faveur de cet ultime office, les nouvelles règles imposées par le Kremlin. Aucun véhicule n’est plus autorisé à pénétrer dans l’enceinte de la Cathédrale et c’est sous le regard impassible, insensible et même parfois goguenard que ces hommes de mains de ce nouveau "clergé venu du froid" accompagneront pour un dernier office plusieurs personnes à la démarche chancelante ou pénible sur la centaine de mètres qui sépare le portail du parvis de la Cathédrale, dans une indifférence totale, si ce n’est la compassion de quelques Fidèles ulcérés par cette attitude.

Pendant ce temps là, le Quartier se trouvait saturé, klaxons, invectives, manœuvres rageuses et embouteillages furent le lot de tous chauffeurs qui avait eu la mauvaise idée de passer par là, de vouloir quitter un stationnement ou encore ayant l’envie d’immobiliser son véhicule dans l’environnement immédiat du site. Les Riverains s’offusquent de ce manque de charité, s’inquiètent de ce bal incessant de véhicules venus des pays de l’Est qui depuis la veille vont et viennent, s’immobilisent un instant pour décharger quelques cartons non identifiables qu’ils échangent avec d’autres chauffeurs, que les plaques minéralogiques permettent d’identifier comme des "locaux" ; l’amour, la miséricorde et la charité chrétienne aurait-elle désertée ce lieu qui leur était pourtant dédié depuis l’origine du site ?

Dans la douleur, le désarroi et la honte, une page de la vie de la Cathédrale Saint-Nicolas vient de se tourner et de clore un chapitre. L’espérance chevillée à l’âme les vrais chrétiens, pour un temps écartés, rêvent que les chapitres suivants verront le retour de la lumière et de la vérité chassant les diktats moscovites.

Durant les derniers dimanches de décembre les Fidèles se sont repliés dans leur Église de la Rue Longchamp, Saint-Nicolas-Sainte-Alexandra qui n’intéresse pas Moscou ; une mesure provisoire puisque d’importants travaux, programmés depuis longtemps, vont démarrer sous le contrôle des Services Départementaux de l’Architecture et des Bâtiments de France. Durant cette période et au moins pour quelques dimanches, les offices se dérouleront en l’Église Grecque Saint-Spyridon que le Recteur Michel SELINIOTAKIS met fort chrétiennement à la disposition de l’ACCOR. Ensuite l’avenir est encore incertain. Des négociations sont en cours avec plusieurs paroisses°° ; une preuve de plus que la Charité et la fraternité chrétienne existent encore... ailleurs qu’à Moscou !

Avant de se poser la question : pour qui sonne le glas, il convient de tirer un enseignement de cette affaire et de mobiliser les Français afin qu’ils se mobilisent et protègent le prochain sanctuaire que Moscou voudrait voir tomber dans son giron.

Cet article s’inspire largement de la clairvoyance, la compréhension, la bienveillance et les connaissances de Monsieur Michel BARSKY ; qu’il trouve ici nos remerciements pour son aide précieuse ...

Zacharie Van Goey.

° la Cathédrale de Saint-Nicolas est considérée le deuxième lieu religieux le plus visité en France après la Cathédrale de Notre-Dame de Paris

°° un accord a été trouvé pour l’utilisation de la chapelle scolaire du Collège Sasserno

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