Réforme de l’ISF : du moteur à injection d’euros à celui à explosion sociale ?

Emmanuel Macron veut aller vite et il a raison.

L’expérience montre qu’après la légitimité obtenue dans les urnes, les précédents quinquennats et septennats se sont rapidement ankylosés. Aussi le nouveau président n’a-t-il pas hésité à lancer simultanément des chantiers politiquement risqués comme la "moralisation de la vie publique", la réforme du Code du travail et maintenant une refonte - pour ne pas dire un bouleversement - de l’ISF.

Toutes ces intentions sont louables. Elles répondent, en principe, aux attentes des Français qui réclament du changement ici et tout de suite.

Aussi, en s’attaquant à l’impôt sur la fortune, le gouvernement entend-il
imprimer un signe fort : celui de l’entrée dans une économie moderne du 21e siècle. Avec de l’argent qui s’investirait dans l’appareil productif, dans l’économie réelle, plutôt que de s’orienter de façon pépère vers le bas de laine et l’assurance-vie, et vers la pierre, refuges traditionnels et rassurants pour les épargnants.

Dans notre vieux pays, le pari n’est pas sans risques. La gauche vraiment à gauche, confite dans ses réflexes, ne peut évidemment adhérer à cette vision très libérale : on entend déjà Mélenchon s’étrangler sur "les cadeaux fiscaux faits aux riches". Le gouvernement devra aussi convaincre la gauche modérée, le centre et la droite éclatée : à l’évidence, ce ne sera pas une sinécure.

L’autre jour, au journal de France 2, une démonstration chiffrée des conséquences de la réforme telle qu’envisagée a du en surprendre plus d’un : il était doctement expliqué, à partir d’un cas très particulier, qu’un foyer fiscal verrait son ISF passer de 195 000 à... 6 900 euros en raison de la structure de son capital basé non pas sur la pierre mais sur la bourse.

Je ne connais pas beaucoup de monde qui s’acquitte d’un ISF de 195 000 euros - à titre personnel, j’aimerais bien... - mais j’imagine déjà les dégâts que ce type d’annonce peut provoquer dans l’opinion.

On risque de passer du moteur à injection d’euros à celui à explosion sociale.

Même si la démonstration à la télé est comptablement "vraie", cet exemple est forcément un cas marginal, non représentatif des contribuables soumis à l’ISF. Ce genre d’exemple - ô combien spectaculaire - risque d’alimenter un rejet d’autant plus fort que les Français ont conscience que la redistribution fonctionne mal. Tous les indicateurs montrent que les écarts ne cessent de se creuser entre riches et pauvres.
Il y a là, en germe, des dangers pour la stabilité sociale. L

a promesse de Macron - faire que les gens qui paient aujourd’hui l’ISF investissent dans l’économie - sera aussi dure à expliquer qu’à... réaliser.

Jean-Miche Chevalier, Les Petites Affiches

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