Effondrement du pont à Gênes : cinq questions qui se posent après la catastrophe

L’effondrement du pont autoroutier Morandi a provoqué la mort d’au moins 39 personnes, ce mardi 14 août. Le débat fait rage en Italie sur les causes de cette catastrophe et les responsabilités.

Construit en 1967, le pont était pointé du doigt par plusieurs ingénieurs pour ses défauts de fabrication.

Construit en1967, il avait à peine plus de 50 ans. Construit par la compagnie italienne Società Italiana per Condotte d’Acqua, le pont Morandi avait été inauguré en 1967, et permettait de traverser la rivière Polcevera, à Gênes, en Italie.

Tenu par trois pylônes en béton armé, ce viaduc long de 1 182 mètres, sur lequel passait l’autoroute A10, était considéré par ses constructeurs comme l’une des œuvres d’ingénierie les plus complexes de son genre.

En attendant que les commissions technique établissent leur rapport concernant l’analyse des causes probables, des questions se posent.

Qui était responsable de la maintenance du pont ?

Le ministre des Infrastructures et des Transports italien, Danilo Toninelli, a déclaré le jour du drame que celle-ci relevait de l’opérateur de l’autoroute A10. Il s’agit de la société Autostrade per l’Italia, dont la maison mère, Atlantia, gère plus de la moitié des autoroutes du pays.

Danilo Toninelli souhaite également retirer la concession autoroutière accordée à "Autostrade per l’Italia qui n’a pas été capable d’assumer ses obligations dans le cadre de l’accord régulant la gestion de cette infrastructure", a-t-il dit sur l’antenne de la RAI, la télévision publique italienne.

Le directeur d’Autostrade per l’Italia pour la région de Gênes, Stefano Marigliani, a balayé ces accusations. Il a assuré, peu après le drame, que le pont était "constamment surveillé, bien au-delà des exigences légales" et qu’il n’y "avait aucune raison de penser qu’il était dangereux".

L’effondrement était-il prévisible ?

Antonio Brencich, professeur de la faculté d’ingénierie de Gênes, critiquait la structure du pont et estimait que l’ouvrage n’était ni plus ni moins qu’une "erreur d’ingénierie". Il dénonçait alors un viaduc présentant "plusieurs aspects problématiques", dont la construction reposait sur "une évaluation incorrecte de l’évolution du béton, produisant un plan routier non horizontal". La structure, instable et très coûteuse en entretien, cumulait donc, selon lui, les défauts de fabrication.

Dans les années 1990, ce pont avait déjà dû être consolidé, en raison de défaillances structurelles. Autostrade s’est défendue dans un communiqué. Elle a déclaré que des travaux de consolidation du pont étaient en cours lors de l’accident. La société affirme que le pont Morandi faisait l’objet de contrôles réguliers : "Les travaux et l’état du viaduc étaient sous observation, les risques d’effondrement avaient été écartés", déclare-t-elle.

Le réseau autoroutier italien est-il en mauvais état ?

Les autoroutes italiennes ont été construites principalement dans les années 1960-1970. Le réseau est soumis à une usure accélérée due à l’important trafic de marchandises et est aujourd’hui considéré par de nombreux spécialistes comme obsolète.

Le pont Morandi de Gênes n’est d’ailleurs pas la première structure à s’effondrer dans le pays. Depuis dix ans, le gouvernement italien a décidé de diminuer les budgets d’investissement des infrastructures, délaissant notamment l’entretien du réseau autoroutier. L’Anas (société nationale autonome des routes en Italie), qui dénonce régulièrement le vieillissement des routes, préconise pourtant d’investir 2,5 milliards d’euros par an pour maintenir les réseaux en bon état. Selon Les Echos, les pouvoirs publics italiens ne prévoyaient d’investir que 5,6 milliards d’euros sur cinq ans au réseau routier et autoroutier, soit environ 1 milliard par an.

La météo a-t-elle joué un rôle dans l’effondrement du pont ?

Plusieurs témoins ont raconté avoir vu la foudre s’abattre sur le viaduc peu avant que celui-ci ne s’effondre. Effectivement, au moment de l’accident, un fort orage avec d’importantes précipitations s’abattait sur la ville. Mais la foudre aurait-elle pu frapper le pont au point que celui-ci cède ?

Ce scénario catastrophe aurait-il pu avoir lieu en France ?

Il n’existe pas de pont de ce type en France. Le viaduc de Morandi ressemble à un pont à haubans, comme le viaduc de Millau, sauf que les haubans sont, ici, des poutres en béton précontraint avec des câbles métalliques à l’intérieur, une conception assez particulière. Peu d’ouvrages dans le monde ont été construits comme ça.

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