Christian Estrosi, le réformiste

Christian Estrosi aime le répéter : "je suis un réformiste qui se bat contre les conservateurs de droite et de gauche". Une affirmation audace et courageuse quand beaucoup d'hommes politiques militent pour le populisme centré sur le nationalisme économique et surfent sue le mécontentement des classes laborieuses.

Ancrés dans le passé, ils ne savent pas imaginer l’avenir. Savent-ils que dans la seule Baie de San Francisco naissent 60 000 starts-up chaque année ?

Alors au lieu d’engager des batailles d’arrière-garde, il faut saluer une vision moderne des politiques publiques capables de créer un cadre réformiste pour un avenir meilleur.

Nice Premium :Doit-on accepter cette vision pessimiste et fataliste plutôt que, au contraire, chercher des pistes nouvelles pour faire sauter les verrous et permettre de relancer la croissance et l’emploi ?

Christian Estrosi : Toute forme de fatalisme quant à l’avenir de la France serait une folie.

Certes, on peut voir à quel point notre pays reste difficile à réformer. J’aurais voté sans sourciller la première mouture de la Loi Travail, mais elle a été si rapidement vidée de son sens sous la pression syndicale que cela devient un texte sans queue ni tête. Et à présent, même le texte allégé fait l’objet de la mobilisation d’une minorité déterminée à bloquer notre pays.

Ce n’est pas acceptable et le Gouvernement a manqué l’occasion de faire preuve de fermeté dès le départ. Désormais, il se retrouve confronté à un mouvement qui sait que le recul est possible. C’est une faute politique, une faute de méthode.

Pour autant, je crois fermement que rien n’est perdu. Notre pays a subi de terribles épreuves en 2015 et doit aujourd’hui faire face à une situation économique extrêmement difficile. Le redressement exige de notre part de tenir nos engagements. Une parole donnée en campagne électorale est plus que jamais une parole due ; si nous voulons engager la France dans la voie du retour à la croissance et à l’emploi, nous devrons obtenir des résultats rapides.

En Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, comme je l’ai toujours fait au Conseil Départemental des Alpes-Maritimes puis à la Ville de Nice, je suis déterminé à tenir mes engagements. Nous avons le devoir d’expérimenter : dans une logique de concentration et de spécialisation, j’ai ainsi lancé les Opérations d’Intérêt Régionales qui doivent générer 1 milliard d’euros d’investissement pour l’économie et les entreprises de notre Région. Avec mon Président délégué Renaud Muselier, nous avons décroché près de 250 millions d’euros de fonds européens ! Les solutions existent mais il faut du courage politique pour les mettre en œuvre.

NP : Ne faudrait-il pas débattre sur le terrain des idées avec des études empiriques solides à l’appui, expliquer pourquoi les réformes structurelles ne s’opposent pas à des politiques de relance mais, au contraire, les confortent plutôt qu’à se borner à des combats idéologiques ?

Christian Estrosi : Einstein affirmait que le préjugé était plus difficile à détruire que l’atome ! Ce constat s’applique précisément à la situation que vous décrivez. Trop souvent, les choix politiques sont faits avec la certitude que les gouvernants détiennent la vérité révélée. On part d’une idéologie, d’une certitude que l’on applique au réel, plutôt que d’analyser le réel et d’en tirer toutes les conséquences opportunes.

Pour ma part, j’applique une démarche déductive plutôt qu’inductive à toutes mes politiques publiques. Notamment en matière d’économie et d’emploi ! Je veux une Région stratège et ambitieuse qui fixe des caps et crée les conditions de la réussite. J’ai décidé en Provence-Alpes-Côte d’Azur ce qu’aucune autre région n’a fait jusqu’à aujourd’hui, une véritable révolution économique : concentrer en priorité l’ensemble de nos moyens et de nos politiques sur un nombre réduit de filières et de segments où nous avons les atouts pour être des leaders nationaux ou internationaux. Dans un contexte de concurrence accrue entre régions pour attirer entreprises, investisseurs et talents, c’est la seule façon de créer massivement et durablement de la valeur ajoutée et de l’emploi.

Mais je ne veux pas d’une Région dirigiste qui décide seule coupée des besoins des acteurs de l’économie. C’est précisément l’objectif des travaux du Schéma régional du développement économique, qui définira la stratégie économique et d’innovation pour tout le territoire régional : nous travaillons de pair avec les forces vives de la Région, le monde économique, le monde académique et l’ensemble des collectivités territoriales.

NP : Du point de vue de la méthode, plutôt que de dresser un catalogue de toutes les réformes à accomplir ne vaut pas mieux identifier un nombre limité de verrous à faire sauter en priorité ? Par exemple : la formation professionnelle (34 milliards d’euros par an, qui servent surtout à financer les centres de formation) ; un système d’assurance sociale avec 38 caisses de retraite, plus de 100 caisses d’assurance-maladie)

Christian Estrosi : Il est clair que toute volonté de réforme et de progrès doit être soutenue par des projets visibles et identifiables. Je le vois bien, en Région Provence Alpes Côte d’Azur, il y a eu très rapidement des dossiers primordiaux qu’il était nécessaire de faire avancer.

Je pense aux fonds européens, au guichet unique pour les entreprises de la Région, ou encore au Fonds d’Investissement pour les Entreprises de la Région (FIER) que nous avons immédiatement lancé dans des délais très brefs.
Quand vous avez 25.000 emplois non pourvus dans une Région, avec un taux de chômage très supérieur à la moyenne nationale, il est clair qu’il y a des verrous qui doivent sauter, et très vite.

Pour ce qui concerne la formation, j’avais pris l’engagement d’adapter notre offre de formation aux besoins réels des entreprises : c’est un engagement qui est en train d’être tenu et pour lequel mes équipes sont particulièrement mobilisées.

NP:Pourquoi ne pas s’inspirer davantage de ce qui marche bien ailleurs : définir une stratégie de convergence fiscale et budgétaire, réduire le déficit public, tout en préservant l’accès universel à des services publics (santé, éducation...) de qualité ?

Christian Estrosi : C’est une intention louable, mais parvenir à un tel équilibre exige beaucoup de recul et beaucoup de volonté politique, ce qui manque parfois à l’appel. La réduction des déficits publics se fait ainsi trop souvent sur le compte d’engagements d’avenir, de dispositifs fondamentaux.

Lorsque je vois que l’on supprime plus de 122 millions d’euros d’euros de crédits consacrés à la recherche, pendant que l’Allemagne augmente son budget R&D de 75% en 10 ans, j’accuse clairement le Gouvernement de commettre une faute historique qui pèsera sur les générations à venir.

NP : Le vieux clivage gauche-droite fait place progressivement à un clivage entre réformistes et conservateurs, entre partisans de l’ouverture et partisans du repli sur soi. Ne serait-il pas mieux de prendre acte de cette évolution en poussant de façon plus systématique pour des initiatives trans-partisanes, mobiliser l’intelligence et la créativité de tous ceux qui, par-delà leurs clivages politiques, partagent une même envie de faire ?

Christian Estrosi : Je ne suis ni un idéologue, ni un conservateur. Je ne crois pas dans les blocs d’idée préconçus et dans les solutions toute faites. En revanche, j’assume parfaitement le fait de promouvoir un esprit général de réforme, car ce qui n’évolue pas se sclérose et finit par mourir ! Nos collectivités, notre pays et même notre continent ont besoin de changement dans un contexte où la mondialisation crée de fait une émulation, une concurrence.

C’est dans cet esprit que j’ai construit mes listes en vue des élections régionales. Qu’il s’agisse de Pierre Grand-Dufay, ancien vice-président de l’UPE 13, Bernard Kleynhoff, Président de la CCI 06 ou Georges Leonetti, doyen de la faculté de Médecine de Marseille, beaucoup de mes collègues sont issus de la société civile.

L’approche exclusivement partisane finit par faire perdre de vue l’état global de l’opinion et de la société. C’est aussi dans cet esprit, au-delà des conditions spécifiques de cette élection, que j’ai souhaité présider aux côtés des trois anciens présidents de Région une Conférence Régionale consultative qui permette à tous les courants de pensée de s’exprimer.

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