Les lieux communs en politique : la panacée du vote blanc

Il paraît que ce sera une des revendications urgentes qui sortiront du Grand Débat : la prise en compte du vote blanc. Et ce gadget anodin a toutes les chances d’être retenu par un Président qui sera naturellement à l’affût de gadgets anodins pour garnir son caddie de propositions qu’il est censé garnir pour dire " je vous ai compris" aux gilets jaunes. Alors il n’est pas inutile de réfléchir à cette reconnaissance du vote blanc.

Cette proposition part d’un postulat qui est faux : choisir des dirigeants et des élus dans une démocratie n’est pas une option mais une impérative nécessite. Le vote blanc n’a pas de sens. S’il est mécontent de l’offre politique, le citoyen doit mettre ses mains dans le cambouis et se présenter ou du moins agir pour qu’un mouvement représentant ses idées émerge. Autre option, il vote en éliminant ce qui, admettons-le, n’est pas très exaltant mais absolument nécessaire (les Anglais, adeptes du bipartisme, pratiquent ce sport depuis des décennies). On peut refuser ces deux attitudes mais, à ce moment là, on laisse choisir les autres.

Capitaliser le vote blanc n’aura aucun effet concret. Cette prétendue panacée ne peut que virer en eau de boudin. Les gagnants de l’élection (mécaniquement il y en aura toujours), tout à l’euphorie de la victoire, l’ignoreront, et les perdants, en lui faisant trop de publicité, risquent d’aggraver l’impact de leur défaite.

Certaines propositions complètent le dispositif en proposant d’annuler l’élection si le vote blanc est majoritaire. À part bloquer les institutions un certain temps cette version ne change rien au problème car on sera obligé d’organiser dans la foulée (comme pour une AG d’association quand le quorum n’est pas réuni) une autre élection... sans la règle. Ou alors on accepte de laisser le gouvernement sortant au pouvoir in vitam aeternam.

Bref, vous l’avez compris, je ne suis pas un partisan de la reconnaissance du vote blanc. Mais l’impact de la mesure est tellement insignifiant que je ne me vois pas me battre contre non plus. Malicieusement, je peux même ajouter que je pourrais y voir un point positif. Voter blanc est une démarche qui n’a pas beaucoup de sens mais c’est quand même une démarche citoyenne car on va voter. Cela signifie que si la mesure est adoptée les abstentionnistes présentés à chaque soirée électorale comme des citoyens exprimant par leur non vote de multiples frustrations toutes plus nobles les unes que les autres seraient renvoyés à leur condition d’individus déresponsabilisés refusant de remplir leur devoir civique. Du coup le seul "abstentionniste à message" serait celui qui à voté blanc. Même si le message est navrant.

par Patrick Mottard

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