La paix des "braves" au Conseil Départemental

Le Conseil Départemental a voté le budget 2019. L'approbation ne faisait pas de doutes, compte tenu de sa composition : 33 élus de la majorité , 17 du groupe des élus métropolitains "Alpes-Maritimes Ensemble" , 2 PCF et 2 DVG. Seuls les 4 conseillers de 'gauche' ont voté contre. Le point principal du BP 2019 est la diminution de 5% du taux de la taxe foncière qur les propriétés bâties, par ailleurs déjà annoncé ( ou plutôt claironné) depuis quelques semaines. Traduit en valeur ce sont 15 millions en moins de recette pour la prochaine année et celles à venir. Les discussions lors de la précédente séance du 12 octobre au cours de la quelle avait eu lieu le débat sur l'orientations du budget (DOB) avaient déjà mis en évidence la ligne conductrice de la majorité et fait connaître les critiques et désapprobations des groupe d'opposition. 15 millions d'euros restitués à l'économie azuréenne pour le président du département Charles-Ange Ginésy, un simple cadeau fiscal pour les seuls propriétaires qui permettra d'épargner quelques centaines d'euros par an pour aux plus favorisés et quelques dizaines d'euros aux plus modestes , pour ceux qui critiquent cette décision "démagogique" sans réel impact sur l'économie.

A cette occasion, le groupe des conseillers métropolitains " Alpes Maritimes Ensemble" s’était vertement exprimé par la voix de son président Joseph Segura en tançant Charles Ange Ginésy d’être un président "fictif" ( à leur dire, le président "réel" étant son prédécesseur Eric Ciotti , président de la commission des finances) et l’incitant à donner un nouveau virage à la politique budgétaire.

Cette charge particulièrement virulente s’inscrivait dans la lutte entre Christian Estrosi , dont les conseillers sont proches et Eric Ciotti mais ne pouvait ne pas toucher la sensibilité de Charles-Ange Ginésy ( et justifié sa réaction) , même s’il est bien évident que par sa présence et influence Eric Ciotti reste bien le "patron’ du département.

Il y avait donc attente de voir si les positions des uns et des autres seraient restées figées au moment de passer des orientations aux décisions.

Comme on sait bien il n’y a que les montagnes qui ne se déplacent jamais ..., les canaux de la diplomatie ayant fonctionné ( une rencontre entre Charles-Ange Ginésy et Christian Estrosi d’explications a eu lieu) tout est rentré dans l’ordre et à la voix tonitruante de Joseph Segura est succédé celle au ton mélodieux de Lauriano Azinheirinha qui , par des propos respectueux et persuasifs -dignes d’un monseigneur de curie romaine- a scellé la paix des braves : parlant de " complémentarité entre département et métropole" , tout en rappelant que "le dynamisme de la métropole profite à l’ensemble du département [... ) sans que pour autant que la métropole ait un retour proportionnel dans le soutien de ses projets ; soulignant que " un certain nombre de points [ ndlr : de contentieux entre les deux collectivités, telles contribution à l’Opéra , budget SDIS, investissements dans les communes métropolitaines, remboursement pour le transfert des routes]que nous avions soulevé lors du DOB sont en train de se régler".

"Vous avez accepté la main tendue " -a conclu le speaker du groupe "métropolitain" - et ce budget met en oeuvre des engagements pris suite à un dialogue avec nous sur des nombreux sujets. Compte tenu de ces avancées , nous allons voter ce budget comme un encouragement à poursuivre ce chemin".

A cette déclaration - probablement concordée par voie "diplomatique"- ( mais Shakespeare ne disait pas que "la vie est une grande pièce de théâtre et nous en sommes les acteurs ?") le président Ginésy a répliqué avec satisfaction que sa "main a été toujours tendue".

Une main moins ouverte , on pourrait dire même que le poing était bien fermé , a été montrée par contre par le président de la Commission des Finances Eric Ciotti qui - autoproclamé tuteur de la finance publique vertueuse - n’a pas perdu occasion , lors de la présentation des lignes comptables du budget *, pour envoyer un "scud" outre Var " qu’il est temps de revenir à la raison [budgétaire], ça devrait être fait même ailleurs, on ne peut pas dépenser plus de ce qu’on a".

Pas besoin de citer le nom du destinataire, c’est toujours le même , celui qui professe l’équation " investissement ( même en s’endettant) - croissance- emploi".

Face au choc des "titans", les interventions des groupes d’oppositions " traditionnels" ( Francis Tujague pour le Parti Communiste et Marie Louise Gourdon pour le Parti Socialiste) sont resté dans le cadre classique de la critique.

Francis Tujague en a donné une lecture plus idéologique : " Il aurait été logique que le budget 2019 que vous nous présentez confirme dans les choix budgétaires cette volonté affirmée dans les mots de préserver la collectivité départementale en renforçant ses capacités d’intervention au service des Alpes-Maritimes et de ses habitants".

L’acte d’accusation : " "c’est une erreur grave de conséquences de priver le département de 15 millions de recettes par la diminution de 5% du taux de la taxe sur le foncier bâti " , " en disposant de ces moyens, il serait également possible de mettre un terme à la diminution continue de nombre de nos agents [ndlr : 1 départs sur 3 n’est pas remplacé] qui dégrade leurs conditions de travail et affecte les services que nous devons apporter à nos concitoyens", " nous pourrions également améliorer les moyens consacrés à l’action sociale dans toutes les composantes".

Le verdict : " Mais n’est-ce pas là en définitive le témoignage de votre accord avec les choix de fonds du gouvernement actuel comme des précédents ?".

Du classique du point de vu idéologique , on pourrait dire.

Moins idéologique mais plus "sociale" l’intervention de Marie-Louise Gourdon qui a rappelé que " le rôle principal du département est la solidarité" .

En énumérant la problématique de la RSA ( pour plus de 100 demandeurs d’emploi , il y a seulement 32 bénéficiaires , soit le plus faible ratio parmi les départements de plus d’1 million d’habitants") , celle des personnes âgées ( l’aide s’élevait à 174 mio en 2009, elle s’élève à 151 mio), " c’est une question qui doit le plus nous interroger et nous inquiéter au vu des prévisions démographiques ".

Et d’exprimer une vive critique à la décision de baisser de 5% la taxe sur le foncier bâti : " Je ne comprends par que vous réduisiez cette taxe ...] alors que nous pourrions financer mieux un véritable plan pour l’hébergement des personnes âgées avec une vision innovante et des nouvelles façon d’envisager l’aide au vieillissement".

Sa conclusion est dans cette analyse : " Le département doit développer encore plus son action sociale, pour répondre aux besoins de sa population s’il veut assurer sa pérennité".

* Les chiffres clés :

budget an 2019 : 1384 millions d’euros

frais de fonctionnement 1,01 ( +0,3% par rapport à 2018)

investissements : 220 mio

dette au 31 décembre 2018 : 795 mio par habitant : 740 euros ( moyenne nationale 551 euros)

désendettement en 2019 : - 16 mio ( - 122 mio depuis 2015)

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