Passe d’armes au Conseil Départemental : les "estrosistes" exclus de la majorité et de l’exécutif

Passe d'armes au Conseil Départemental entre "estrosistes " et "loyalistes" au sein de la majorité départementale de droite et centre à l'occasion de la séance consacrée au débat sur les orientations budgétaires 2018. Si on a peu parlé de celles-ci, par ailleurs sans introduire des éléments de nouveauté dans les opinions et positions largement connues et motivées des uns et des autres, la récente constitution du groupe " Alpes- Maritimes Ensemble", pendant de celui de la municipalité niçoise " Nice Ensemble" , lui a fait débat et non pas sans conséquences.

Si le président Charles-Ange Ginesy s’est interrogé publiquement sur la raison et nature de ce groupe, en prenant la manière pour faire état de l’abandon de la majorité ( " je n’exclu personne mais je ne comprend pas ") de la part des dissidents , Eric Ciotti, acteur majeur de la querelle politique, a pris le sabre : " Vous avez trahi le mandat de vos électeurs, on ne peut pas être avec un pied dehors et un dedans", accusant les collègues estrosistes ... " d’être en marche" .

Une allusion qui en est pas une ... et qui fait référence au comportement de Christian Estrosi , soutien de Emmanuel Macron lors du deuxième tour de la présidentielle ( l’ancien président du Conseil Départemental ayant choisi de ne pas choisir entre les deux candidats , en votant blanc !) et des marcheurs macronistes aux législatives qui ont suivi ( en tout cas, lui reprochant de ne pas l’avoir soutenu, bien au contraire !) .

Les paroles explicatives ( " nous sommes avec vous et en votre soutien, tout en gardant notre liberté de parole"- ) de Joseph Segura, président du nouveau groupe, au président Ginesy n’ont obtenu aucun résultat.

La fracture entre Eric Ciotti et Christian Estrosi est désormais profonde et ce qui est en jeu, bien au delà des équilibres internes au Conseil Départemental, est le rôle politique de chacun et le pouvoir qui va avec.

La stratégie de Christian Estrosi avec son mouvement des "Audacieux" est de se démarquer du positionnement futur de Les Républicains qui , avec la présidence de Laurent Wauquiez ,mettront le cap vers la droite-droite. Ligne politique que le maire de Nice combat en mettant en avant sa porosité avec les idées du Front National.

De plus, il est quasi-certain que Eric Ciotti , soutien de la première heure du président de la Région Rhône-Alpes-Auvergne, , aura un rôle central dans le nouvel organigramme du parti et pourra influencer la gestion du parti au niveau local ( Christian Estrosi est le président départemental, Eric Ciotti le secrétaire général, en clair les numéro 1 et 2 ...).

Et comme on sait que le vrai objet du désir est la place du Maire de Nice que Christian Estrosi voudra conserver en 2020 et Eric Ciotti lui ravir, il est facile de comprendre que tous les coups sont permis !

Et si le maire de Nice a bien voulu organiser ses troupes au Conseil Départemental, histoire d’affaiblir Eric Ciotti qui voudrait bien garder la main sur cette collectivité ( pauvre Charles-Ange Ginesy au milieu de tous ça !) , quoi de mieux pour Eric Ciotti de pouvoir mettre hors-parti les dissidents et avoir ainsi les mains libres pour façonner les places actuelles et les candidatures à venir à sa guise ?

Dans cette partie d’échec , la roque ( garder avant tout ses positions) et mettre l’adversaire à la faute avec des petites provocations est la meilleure tactique et c’est ce qui s’est passé hier dans l’hémicycle : suite aux démissions de la sénatrice Colette Giudicelli et de l’ancien maire de Mandelieu Henri Leroy ( qui quitte le Conseil départemental pour le Sénat) de la place de Vice-Présidents pour cause de cumul des mandats, l’exécutifs a du être revoté entièrement.

Comme par hasard, alors qu’au départ les postes à pourvoir étaient deux, les estrosistes ont été exclus* , y compris les sortants qui ont été remplacé par les affidés d’Eric Ciotti ! Enième épisode d’une guéguerre qui est en train de devenir une vraie guerre !

Si le message est clair , la tactique de l’affrontement est , en perspective, la meilleure ?

Par exemple, certains de ceux qui sont devenus membres de l’exécutif et Vice-Président sont conseillers municipaux à Nice : leur comportement n’enclenchera pas une réponse de la majorité municipale qui pourrait les priver des délégations dont ils sont titulaires ?

Mais l’histoire ne nous a-t-elle appris que les soldats doivent être prêts à se sacrifier pour leur chef ? A ce point , on reste qu’attendre le prochain épisode...

*Les quinze vice-présidents élus sont, par ordre de préséance : Xavier Beck, Anne Sattonnet, David Lisnard, Michelle Salucki, Auguste Verola, Josiane Piret, Jérôme Viaud, Marie Benassayag, Patrick Cesari, Anne-Marie Dumont, Bernard Asso, Joëlle Arini, Philippe Rossini, Vanessa Siegel et Michel Rossi. Parmi eux, trois ( Asso, Rossini, Verola) sont aussi conseillers municipaux à Nice.

Ont perdu leur poste : Françoise Monier, Martine Ouaknine et Janine Gilletta.

Concernant le point principal de l’ordre du jour,était bien le débat sur les orientations budgétaires... il est passé au deuxième plan et il n’a pas réservé de surprises.

Tous, majorité, dissidents/indépendants, oppositions ont stigmatisé la politique budgétaire du gouvernement et la réduction des transferts aux collectivités locales (contributions de 130 à 41 millions d’euros ; fond de péréquation et solidarité de 21,3 à 41,9 mio ; allocations individuelles de solidarité de 99 mio ( en 2009) à 140 mio en 2017).

Plus près du périmètre des compétences ( critiquer les autres est facile , faire de son mieux dans les compétences qui sont les nôtres, serait plus profitable mais...), le président Ginesy va inscrire son action en 2018 dans les pas de celle de son prédécesseur : désendettement, maîtrise de gestion, invariance fiscale, investissements.

D’opinion opposée, Francis Toujague (PCF), a déroulé une réquisitoire contre le système économique international, les politiques publiques nationales et critiqué de façon générale la gestion financière du département et demandant une inversion à 180° pour satisfaire les exigences sociales de la population.

Marie-Louise Gourdon (PS) , passé du soutien au gouvernement socialiste à au rôle d’opposante de celui d’Edouard Philippe , a tancé la politique du logement social du gouvernement. S’l est vrai que tout se tient, dans le cas spécifique le département n’a aucune compétence.

Au final, 4 motions ont été voté ( toutes ayant comme cible l’action gouvernementale) :

- La motion relative au projet de loi de finances initiale pour 2018 : votée à la majorité, abstention de M. Tujague et Mme Tomasini du Front de gauche.
- La motion de soutien au maintien des lits de médecine à l’hôpital de Saint-Martin-Vésubie : votée l’unanimité.
- La motion logement : votée à l’unanimité.
- La motion pour la réouverture de la bretelle de Beausoleil – commune de la Turbie : votée à l’unanimité.

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