Un an après, le devoir de vivre

Parce qu’elles sont gravées au plus profond de nos cœurs, il y a des blessures qui ne cicatriseront jamais : la déportation vers les camps de la mort, la poignée de main de Montoire, le Vel d’Hiv, beaucoup d’autres dans notre histoire contemporaine… Ce sont des dates devenues symboliques, des rendez-vous aussi noirs que les événements qu’ils rappellent avec régularité chaque année, avec la cruauté des supplices chinois.

Jusqu’à l’an dernier, le 14 juillet, c’était la prise de la Bastille, la liberté conquise, une communion nationale, une promesse de vivre ensemble des jours meilleurs. C’était la fête, le maillot jaune du Tour de France, le goût de la barbe à papa. C’était la lumière de l’été, la joie des enfants épatés par les fusées des feux d’artifice. Les virées entre copains, les bals "popu" des villages, les chipolatas des barbecues copieusement arrosées au rosé jusqu’au bout de la nuit.

C’était une autre époque.

Cette date, ce symbole a été taché de façon indélébile par le sang des 86 victimes et des 450 blessés de la Promenade. Derrière ces chiffres monstrueux se trouvent des enfants, des femmes, des familles entières, des Niçois et des vacanciers étrangers, à qui la vie a été enlevée de façon injuste, abominable. Ils sont nos pères, nos mères, nos bébés, nos cousins, nos amis, nos voisins, nos frères, quelles que soient leurs convictions politiques, leurs croyances. Ils étaient là pour profiter d’une soirée qui aurait dû être belle et insouciante.

Il y avait un avant 14 juillet. Il y a maintenant l’après 14 juillet, les lendemains de peine de ce cauchemar inimaginable, révoltant, qui nous oblige à la mémoire, par égard à nos anges envolés, dont la seule "faute" fut de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Destins brisés.

C’est maintenant le temps de l’hommage. Le président de la République est venu à Nice. Il y a rencontré les familles, ceux qui ont apporté les secours. Avec un courage inouï, des anonymes ont réagi de façon humaine et fraternelle, exactement ce que ne peuvent comprendre ceux qui tuent de façon aveugle.

Aujourd’hui, un an après, des enfants se baignent dans le bleu de la mer, dévorent des glaces. Des orchestres jouent aux terrasses. Les filles sont bronzées et légèrement vêtues.

La vie a repris son cours en apparence frivole comme une fête d’été.

Vivre, c’est ce que voulaient les victimes, tout simplement. C’est ce que nous leur devons aujourd’hui.

Jean-Michel Chevalier, Les Petites Affiches

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