Migrants : ce n’est pas Calais mais Vintimille reste un lieu problématique

Plus de 3 000 personnes ont péri depuis le début de l’année en tentant de traverser la Méditerranée, alors que près de 250 000 personnes ont effectué la traversée, a annoncé, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Ce nouveau bilan fait craindre que 2016 soit encore plus meurtrière que l’année passée. En 2015, 1 917 morts avaient été enregistrés durant les sept premiers mois de l’année. Depuis 2014, ce sont plus de 10 000 personnes qui sont mortes ou portées disparues en Méditerranée.

La traversée vers l’Italie reste la plus périlleuse avec 2 606 morts pour quelque 88 350 arrivées depuis le début de l’année, d’après le décompte de l’OIM. Trois morts sur quatre cette année en Méditerranée essayaient ainsi de rejoindre l’Italie.

Sur la même période, près de 160 000 migrants sont arrivés en Grèce, et 383 ont trouvé la mort. Par ailleurs, 45 ont trouvé la mort au large de l’Espagne.

L’Autriche et la Hongrie ont vu passer en 2015 des centaines de milliers de migrants fuyant les conflits de Syrie et du Moyen-Orient et cherchant à gagner l’ouest de l’Europe via la Turquie et la Grèce.

Mais ce flot a été interrompu en mars, à la suite de la décision de plusieurs pays de fermer leurs frontières, tandis que l’Union européenne signait un accord avec la Turquie pour tenter de contrôler le flux migratoire.

C’est pour dénoncer cette situation et lancer un appel de solidarité aux chrétiens que les évêques de Nice et de Monaco, Mgr André Marceau et Mgr Bernard Barsi, ont décidé de se rendre pour la première fois dans ce camp.

Deux événements ont contribué à faire de Vintimille un lieu traversé par un nombre croissant de migrants : la fermeture de la frontière franco-italienne en juin 2015, et celle de la voie des Balkans en février, qui pousse les migrants à tenter leur chance par l’Italie.

« Depuis, le nombre de migrants n’a fait qu’augmenter », souligne Adélaïde Bertrand, déléguée du Secours catholique des Alpes-Maritimes. Cinq mille migrants sont déjà passés par le camp de la paroisse San-Antonio depuis le 30 mai.

L’ouverture de ce camp a été décidée par Mgr Antonio Suetta, évêque de Vintimille-San Remo, lorsque les autorités italiennes avaient cherché à répartir les migrants dans d’autres régions italiennes.

Pour Mgr Suetta, le lancement de ce camp répondait alors à une « exigence d’humanité et de foi. La police italienne a d’ailleurs très bien compris le sens humain de notre initiative. »

La majeure partie des migrants dorment dans les locaux de la paroisse, ou sur le parking attenant. Des bénévoles du Secours catholique, de Caritas Italie, de l’ordre de Malte ou encore de la Société Saint-Vincent-de-Paul se relaient chaque jour pour distribuer les repas, nettoyer les vêtements, assurer une présence réconfortante pour des migrants qui ont pour la plupart traversé la Méditerranée, avec tous les dangers que cela comporte. Deux associations musulmanes de Nice apportent également des repas aux migrants.

Sur place, Mgr Marceau se dit impressionné par le climat « de grande sérénité et de calme » qui règne dans le camp. « Certains jeunes téléphonent au pays, d’autres nous font des sourires qui nous font beaucoup de peine. Mgr Suetta est peut-être plus habitué à cette situation, mais pour nous, le cœur est touché. »

« C’est terrible d’entendre les témoignages de ces migrants bloqués, qui ont fait un très long voyage pour venir jusqu’ici », abonde Mgr Barsi.

Sur la route qui mène à Vintimille, les deux évêques ont été particulièrement frappés de voir des migrants, souvent très jeunes, traverser au péril de leur vie l’autoroute et les tunnels qui séparent l’Italie de la France.

Les évêques espèrent que leur appel à la solidarité sera entendu alors que l’été bat son plein. « Il ne faut pas que l’on s’endorme pendant les vacances », avertit Mgr Barsi.

Pour Mgr Marceau, il s’agit aussi de montrer aux chrétiens que la crise migratoire est tout sauf une perspective lointaine. « La migration est à notre porte, dans notre belle région qu’est la Côte d’Azur ».

source : La Croix/Caritas

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