Migrants : surenchère médiatique et exploitation politique

Sur fond d’un climat où pèsent lourdement les attentats de ces 24 derniers mois, une peur est savamment entretenue depuis plusieurs mois, par la droite et son extrême : celle des « hordes » de migrants qui envahissent la France. A quoi sommes-nous réellement confrontés ?

En politique, lorsque l’on n’offre aucune perspective de progrès humain et social, rien n’est plus facile que d’user de la démagogie et du mensonge pour jouer sur les peurs et « rassembler » une partie de l’opinion contre un bouc émissaire. La pratique n’est pas nouvelle.

Joseph Goebbels sinistre leader nazi, avait même théorisé cette techniques de propagande, en 1933 au lendemain de l’incendie du Reichstag : "Plus le mensonge est gros, plus il passe. Plus souvent il est répété, plus le peuple le croit ..."

Le phénomène auquel nous assistons autour de la Méditerranée est avant tout lié aux guerres et aux persécutions. Nous sommes confrontés aujourd’hui à un déplacement massif de réfugiés fuyant des zones de conflits au fur et à mesure de l’extension de ceux-ci. Il y a la Syrie, la Libye, l’Irak ou le Yémen mais aussi des guerres de « basse intensité » ou moins médiatisées comme au Soudan et en Erythrée ou bien encore l’Afghanistan, sans oublier bien évidement de la Palestine.

Zone stratégique ou se télescopent de nombreux enjeux géopolitiques, à commencer par la maitrise du pétrole, la situation dans cette partie du monde n’a cessé de se dégrader au fur et à mesure des interventions militaires et de la destruction des Etats.

Chaque intervention, directe ou par des forces interposées, en Irak, en Libye et en Syrie n’ont fait que favoriser le chaos et l’émergence de Daech. Sur ce champ de ruines, faute de solution politique, les conflits s’éternisent et les peuples n’ont d’autre choix, pour essayer de survivre, que de fuir. Souvent à l’intérieur d’un même pays, mais parfois à l’extérieur.

Pour ne prendre qu’un exemple, celui de la Syrie, sur une population de plus de 20 millions d’habitants en 2012, il y a plus de 7 millions réfugiés à l’intérieur et près de 5 millions qui ont quitté le pays, la plupart du temps pour rejoindre les pays limitrophe. Ainsi la Turquie accueille plus de 2,5 millions de réfugiés, le Liban 1 million et la Jordanie près de 700 000.

Dans ce contexte La France, depuis le début du conflit, a accueilli 10 000 Syriens. Soit moins 0,20% du nombre total de Syriens qui se sont réfugiés à l’extérieur. Nous sommes très loin de l’image de la France qui accueillerait toute la misère du monde.

La France par le passé a accueilli des réfugiés dans des proportions bien plus importantes. 500 000 Espagnols en 1939, 130 000 Vietnamiens en 1973, ou bien encore près d’un million de rapatriés d’Algérie en 1962.

L’utilisation de la terminologie de « migrants » par la droite et l’extrême droite vise à évacuer la réalité du phénomène auquel nous sommes confrontés. Elle vise à gommer sa réalité dramatique et, par là-même, à occulter notre responsabilité. Notre responsabilité dans ces conflits et dans l’absence de solutions politiques. Il y a l’affaire libyenne, mais aussi le rôle négatif de la France dans les premières tentatives pour essayer de sortir la Syrie du conflit.

Aujourd’hui l’instrumentalisation du drame des réfugiés est à l’image d’un débat politique gangréné par les idées de l’extrême droite. Ce n’est pas le moindre des paradoxes dans la période que ceux-là même qui se revendiquent de la civilisation chrétienne, les Le Pen et autres Sarkosy, Ciotti, Estrosi, en oublient le message du Pape qui déclarait encore samedi dernier : « les réfugiés sont des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles qui ne sont pas différents des membres de nos familles et de nos amis ». « Chacun d’eux a un nom, un visage et une histoire, ainsi que l’inaliénable droit de vivre en paix et d’aspirer à un avenir meilleur pour leurs enfants ».

Robert Injey

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