Plaine du Var - Les avatars d’une concertation bâclée ?

Depuis le décret de création du 7 mars 2008, l'Opération d'intérêt national (OIN) lancée par Christian Estrosi, alors Secrétaire d'État à l'Aménagement du territoire, avance, selon Jacques Molinari, dans la plus grande opacité.

Pourtant, sans même attendre la création de l’Établissement public d’aménagement (EPA), chargé par l’État de piloter l’opération, étaient présentées, dès le 19 mars 2008 par la presse locale niçoise, les grandes lignes du projet, censé bénéficier d’un financement de 2,5 milliards d’euros, couvrant 10 000 ha de la basse vallée du Var et de ses versants, et s’étendant sur une quinzaine de kilomètres, depuis le confluent avec l’Estéron jusqu’à l’embouchure du Var, projet affichant pour ambitions - tout en remédiant à l’aménagement anarchique existant et en valorisant les zones agricoles et les espaces naturels - celles d’y créer 50 000 emplois, d’y loger 100 000 à 150 000 habitants, et de permettre, outre le développement d’activités commerciales et d’entreprises, l’implantation de grands groupes nationaux et internationaux, et celle de centres de recherche universitaires, ainsi que les équipements structurels induits.

Face à l’ampleur et à la démesure d’un tel projet, de nombreuses associations locales, régionales et même nationales s’étaient regroupées pour saisir la Commission Nationale du Débat Public afin qu’un véritable débat public puisse s’instaurer autour de ce projet pompeusement qualifié "Éco-Vallée Plaine du Var".

Les années passant, le changement de gouvernement n’a abouti qu’à adjoindre, à l’Établissement public d’aménagement (EPA) chargé par l’État de piloter l’opération, un Comité permanent de concertation (CPC) mis en place en juillet 2013, constitué de 40 membres répartis en 5 collèges, au sein desquels 16 représentants syndicaux et associatifs.

Au bout d’une année d’existence, ce CPC, dont les rangs se sont rapidement éclaircis, ne sert plus guère que de "faire valoir" pour une opération qui se poursuit en sous-main, d’autant que, dans la lignée et sur le modèle des pseudo-concertations qui l’ont précédé, les Autorités ont pris le parti de confier à un bureau d’études le soin de configurer, de piloter, de modeler et de ciseler des conclusions alibis pour valider des projets dont l’EPA n’a encore, ni dressé l’inventaire, ni évalué les impacts, au mépris des instructions données par l’État.

Cette démarche a été mise en échec dès l’ouverture du premier "Atelier Citoyen", le 2 juillet à Carros où le public a d’emblée revendiqué le débat public dont la demande, unanimement formulée en 2010 et réitérée en 2011, n’a toujours pas abouti.

Elle a été une nouvelle fois mise en échec le 27 août à Colomars où les associations ont catégoriquement refusé de participer au second "Atelier Citoyen" en se référant aux revendication prioritaires élaborées conjointement avec les membres du Groupe de Travail Inter-Collèges (GTIC) réunissant six syndicats et associations [UD CFDT 06 - UD CGT 06 - FNE 06 - GADSECA - GIR Maralpin - Région Verte] membres du CPC

Face à des positions d’une telle clarté et d’une telle fermeté, on déplorera d’autant plus la sourde oreille du Préfet à l’offre du Président de la CNDP , celle de déléguer à cette concertation le garant qui serait seul en mesure de l’accréditer et d’engager la réflexion sur des bases plus sereines et constructives.

au nom du Groupe de Travail Inter-Collèges (GTIC) [UD CFDT 06 - UD CGT 06 - FNE 06 - GADSECA - GIR Maralpin - Région Verte]

Annexe - Les revendications prioritaires du monde syndical et associatif

•Une vraie concertation est nécessaire, le collectif demande aujourd’hui un moratoire afin que l’ensemble de la population puisse réellement s’exprimer sur l’ensemble des projets qui verront le jour sur tout le périmètre de ce territoire.
•L’établissement d’un "État des lieux", condition sine qua non de celui du Plan Stratégique Opérationnel (PSO), obligation légale, doit porter sur l’ensemble des opérations réalisées et projetées tel que le Collectif s’est appliqué à en dresser l’inventaire
•Conformément aux demandes réitérées de l’État et non suivies d’effet à ce jour par l’EPA,
•Nécessité d’une vision globale du projet insérant ce dernier dans son contexte géographique et socio économique le plus large, et dans une perspective à long terme
•Évaluation des effets cumulés des différentes opérations lancées dans la plaine du Var
•Mise en œuvre d’un plan guide comme document d’organisation et de cohérence territoriale (en lien avec le PSO)
•Répondre à l’exigence commune de protection de la nature, de son patrimoine, de ses ressources potentielles (eau, agriculture) en respectant en tout premier lieu les mesures édictées à cette fin avant la mise en œuvre du projet.

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