Europe : une autre politique d’immigration est possible ? (2)

Les élections européennes (26 mai) seront l'occasion pour débattre autour de nombreux thèmes essentiels et faire de choix. Mais pour décider , il faut ou faudrait avoir connaissance des contenus des problèmes évoquer ou , au moins, savoir de quoi on parle. Ce qui, malheureusement, n'est pas toujours le cas ! D'après les recherches des instituts d'opinion, le thème de l'immigration est considéré comme centrale par les citoyens européens. C'est la raison pour laquelle , on y reviens avec une série d'articles qui pourront implémenter la réflexion et le débat.

Réinstaller plus de réfugiés qui se trouvent dans des pays de premier accueil
par Marcus Engler, chargé de cours à la Humboldt-Universität (Berlin)

Contrairement à une idée souvent avancée, les flux migratoires ne peuvent pas être aisément régulés. D’abord, parce qu’il n’est pas toujours possible de distinguer nettement et rapidement les personnes qui ont droit à une protection internationale de celles qui auraient des motivations différentes (échapper à la pauvreté, retrouver des membres de leur famille...). Le plus souvent, différentes motivations se mêlent. Surtout, il est très difficile pour l’Etat qui examine la demande d’asile de connaître les conditions (répression, insécurité, discrimination, misère...) dans lesquelles vivait la personne qui la présente et l’ampleur des différentes menaces qui pesaient sur elle.

Par ailleurs, quoi que disent les forces politiques conservatrices, en pratique, les politiques migratoires restrictives ne peuvent se réaliser qu’aux dépens des droits humains. C’est ce qui se passe en Europe depuis 2016 avec la mise en oeuvre de l’accord Union européenne (UE)-Turquie, la coopération de certains Etats membres avec la Libye et la criminalisation du secours non étatique en mer.

Certes, ces politiques ont contribué à une chute significative du nombre des arrivées sur les rivages européens, mais elles s’accompagnent de sévères violations des droits de l’homme, en Libye notamment. Beaucoup de gouvernements européens veulent pourtant aller plus loin dans cette voie. Certains, emmenés par l’Italie et l’Autriche, souhaitent interdire aux migrants de présenter une demande d’asile sur le territoire de l’UE. Elle ne pourrait plus être déposée que sur des bateaux ou dans des centres situés hors de l’Union. Ce qui supposerait de transférer la charge de l’accueil vers des pays de transit, très mal préparés à recevoir un plus grand nombre de migrants.

Pour des routes sûres

Dans le passé, les dirigeants européens ont souvent promis d’ouvrir des routes légales et sûres vers l’UE pour éviter que les migrants mettent leur vie entre les mains de passeurs. Mais jusqu’ici, le nombre de réfugiés qui peuvent venir en Europe de manière légale et sécurisée est très limité. Les Etats européens disposent pourtant de divers instruments pour recevoir des migrants et des demandeurs d’asile de façon organisée. Ainsi, par exemple, des programmes de réinstallation qui prévoient le transfert de demandeurs d’asile d’un premier pays d’accueil à un autre, volontaire pour leur accorder une résidence permanente. Mais pour la période 2017-2019, les Etats européens n’ont accepté de réinstaller que 50 000 personnes.Des programmes privés d’accueil, mis en oeuvre par des organisations non gouvernementales (ONG) ou par des Eglises, ont également été testés avec succès. Par ailleurs, des canaux d’immigration tels que la réunification familiale, les visas pour étudier ou pour travailler pourraient aussi être plus généreux qu’aujourd’hui.

Le fait de ne pas élargir de tels canaux n’est pas dû à des obstacles légaux ou d’organisation pour l’essentiel, mais à un manque de volonté politique et à de présumées résistances dans les populations. En Allemagne pourtant, une majorité de la population n’est pas opposée à l’immigration pour peu que celle-ci soit organisée. L’extension des voies légales peut réduire les peurs actuelles sur une immigration incontrôlée.

Dans le même temps, la réorientation des flux vers de telles voies ne peut fonctionner que si les personnes qui veulent migrer perçoivent ces canaux comme des opportunités réalistes. Ce qui exige une ouverture substantielle des voies migratoires sur une période de cinq à dix ans au moins. Et même si aujourd’hui, dans l’UE, les signaux politiques en la matière semblent négatifs, les efforts doivent se poursuivre sur le long terme pour bâtir une coalition de pays volontaires, en Europe et au-delà.

source : Alternatives économiques

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