Les paradoxes XXL de la Présidentielle

Surprenante de bout en bout, cette élection présidentielle sera également celle des paradoxes. A chaud, nous pouvons d’ores et déjà en pointer quatre... et de taille !

1. Le quinquennat a été marqué par une impopularité forte et quasi permanente du Président de la République et de ses Premiers ministres en raison, disait-on dans la rue et chez les frondeurs, de leur politique économique et sociale dont la loi Travail était à la fois l’instrument et le symbole. Or l’élection d’Emmanuel Macron est celle, non pas d’un simple exécutant, mais de l’inspirateur de cette politique : la loi El Khomri ne devait-elle pas s’appeler Macron avant un véto élyséen ? Je connais des électeurs qui ont défilé contre la loi avant de voter pour son auteur... Paradoxe ! paradoxe !

2. Les deux triomphateurs du premier tour terminent - au moins à titre personnel - la séquence présidentielle en mauvaise posture. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont réussi des scores historiques pour leur famille politique respective. Pourtant MLP a effacé en deux heures d’un débat calamiteux cinq ans de "dédiabolisation". Du coup, le recyclage de l’extrême droite à l’italienne s’éloigne. Jean-Luc Mélenchon quant à lui, par son attitude ambiguë au moment de donner les consignes de vote pour le 2e tour, a perdu beaucoup de son crédit et affaibli la perspective de leadership de la gauche contestataire qui lui semblait promis.

3. Les électeurs de droite et de gauche se sont fait plaisir lors de leur primaire respective ("J’ai voté selon mes convictions", entendions-nous dire !). Mais du coup ils ont choisi des candidats fort peu présidentiables. Même avant ses problèmes avec la justice, Fillon, par la radicalité de son projet, avait déjà fait fuir nombre d’électeurs de droite modérée. Hamon quant à lui avait un programme pour gagner un Congrès socialiste, pas pour présider la France. Les électeurs de gauche modérée se sont senti exclus et cela c’est traduit dans les urnes. Moralité : en voulant un candidat bien à droite et un candidat bien à gauche, les électeurs des primaires ont facilité l’élection d’un... centriste !

4. L’élection d’Emmanuel Macron marquerait l’avénement d’une nouvelle ère de la politique française. Ce n’est pas faux mais la nature de celle-ci risque aussi de s’avérer paradoxale. Alors qu’En marche a clairement en ligne de mire l’avénement d’une 6e République, la fragmentation politique et une éventuelle cohabitation (version light avec une majorité relative, version dure en cas de minorité) risque de nous renvoyer à la 4e République et ses coalitions fragiles.

Aucun de ces paradoxes ne m’inquiète vraiment mais notons quand même qu’avec cette présidentielle, Marianne s’est révélée taquine...

par Patrick Mottard

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