Le Front National entre glaive au poing dans le débat d’après-attentat

Mohamed Lamouaiej-Bouhlel ne savait certainement pas que son geste écervelé aurait donné le coup d'envoi de la campagne électorale pour la présidentielle 2017.

Après la récupération de certains hommes politiques de droite qui ont insinué les responsabilités (indirectes) du gouvernement et profité des faits pour quelques déclarations et gestes médiatique (l’opportune présence de président du parti au service religieux du lendemain à la Cathédrale Sainte-Réparate s’apparentait plus à la propagande qu’à la participation au deuil), c’est à présent au Front National de s’y engager.

En orchestrant les sifflets et huées lors du rassemblement pour la minute de silence, même si cette responsabilité est niée par Marion Maréchal Le Pen ("excusatio non petita, accusatio manifesta", aurait du lui suggérer son collègue à l’Assemblée Nationale, Maître Gilbert Collard), comme le dit le Vice-Président du Conseil régional Philippe Tabarot ?

En tout cas, la chef de file de l’opposition régionale "ne les condamne pas non plus parce que les gens sont dans un tel état d’inquiétude, de tristesse, que je peux comprendre qu’il y ait une colère légitime », a-t-elle dit.

En tout cas, les deux députés frontistes sont très rapidement passé à l’acte en présentant une batteries de propositions de loi qui va dans la direction conforme à une politique sécuritaire très accentuée.

D’ailleurs, après les déclaration à la télévision de Nicolas Sarkozy (qui reprennent celles débitées à chaque occasion possible par Eric Ciotti), les frontistes ne pouvaient pas se retrouver dans une position de "modération" dans la chasse au vote d’une portion (de plus en plus importante) d’un électorat sensible à ce thème.

Même dans ces circonstances, voire surtout dans ces circonstances, le marketing politique impose ses règles.

"Une politique volontariste est impérative afin de protéger nos concitoyens. La guerre contre l’islam radical n’a toujours pas commencé en France. Il est nécessaire que des mesures soient prises en amont. Les députés FN/RBM mettront toute leur énergie pour rassembler et protéger les Français" ont affirmés lors d’une conférence de presse .

En premier lieu , "la dissolution de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), branche des frères musulmans liée à l’islam radical et gérant de nombreuses mosquées et associations en France". Une flèche qui a pour cible Christian Estrosi que les frontistes locaux accusent depuis toujours de connivence ( sinon alliance) avec cette organisation à travers la quelle - l’accusent-ils- de contrôler le vote de la communauté musulmane.

Mais il faut bien battre le fer tant qu’il est chaud . Donc les mesures anti-musulmans ne s’arrêtent pas à cette première.

Suivent la nomination d’une commission d’enquête parlementaire pour assurer le suivi "des fermetures des mosquées radicales et les associations intégristes" et , encore une autre, sur "le financement de l’islam en France et du culte musulman afin d’avoir une meilleure visibilité sur l’influence de financements étrangers émanant de pays vecteurs d’un islam intégriste et soutenant le terrorisme islamiste dans le monde".

Un traditionnel cheval de bataille de la propagande frontiste est "la suspension immédiate de l’espace Schengen, étape préalable avant la dénonciation des dits accords. Le rétablissement des frontières est une condition nécessaire à l’application effective des expulsions du territoire, des interdictions de territoire ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine ou contre le trafic d’arme".

Dans cette fougue y trouvent place d’autres modifications de la législation actuelle, tels que " l’expulsion immédiate des étrangers condamnés pour crimes et certains délits graves. Les étrangers qui s’attaquent à la France et la République ne peuvent pas rester sur le territoire en continuant de bénéficier de l’hospitalité et de la générosité française".

In fine, on retrouve d’autres sujets sensibles : la réforme "du droit d’asile, devenu aujourd’hui une nouvelle filière d’immigration clandestine et une voie majeure d’infiltration des terroristes ; la suppression du droit du sol et l’arrêt du regroupement familial ; l’ élargition des cas de déchéance de nationalité aux radicalisés binationaux ainsi qu’aux naturalisés condamnés pour crimes ou délits graves".

Fort probablement, ces propositions de loi, si elles étaient votées, seraient retoquées par la Cour Constitutionnelle ou par le Tribunal International des Droits de l’Homme mais , pour ces promoteurs, le problème n’est pas celui-ci.

Il s’agit juste de profiter de l’occasion pour un peu de propagande à bon marché et au bon moment, comme on l’a bien vu et entendu ces jours-ci.

Certes, l’éthique et la morale sont autre chose...

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