Xavier Garcia (PS) : Lettre à mes camarades en marche vers la sortie du PS

A quelques heures de la primaire de droite, Xavier Garcia, le premier secrétaire fédéral de PS des Alpes-Maritimes a donné son avis sur la candidature Macron au travers d'une lettre.

Avec la candidature d’Emmanuel Macron sans passer par la case primaire (de gauche, faut-il le préciser ?), nous sommes arrivés au moment que vous comme moi redoutions depuis plusieurs semaines. Le moment où il n’y aurait plus d’autre issue que de faire un choix, sans être certain qu’il sera le bon.

Depuis quelques semaines, on m’a plusieurs fois réclamé des mesures disciplinaires à votre encontre et je m’y suis toujours refusé. Parce que je n’oublie pas tout ce que certains d’entre vous ont accompli pour le Parti socialiste. Parce que vous êtes restés jusqu’ici parfaitement loyaux. Et parce que votre double engagement n’était pas encore inconciliable. Aujourd’hui, il l’est devenu, c’est une évidence qui s’impose à tous.

Parce que j’ai partagé beaucoup de moments forts avec vous et parce que nous partageons toujours des valeurs fondamentales à mes yeux, je ne peux pas attendre votre choix sans rien vous dire.

Je n’ai pas envie d’essayer de vous influencer en dénigrant Emmanuel Macron. J’ai soutenu son action lorsqu’il était au gouvernement, je suis allé le rencontrer à Bercy. Comment expliquer aujourd’hui qu’il est infréquentable ? Quant aux arguments sur son manque de loyauté, sur la superficialité de ses propositions, sur l’illusion du dépassement du clivage droite-gauche, vous avez déjà eu maintes fois l’occasion d’y réfléchir.

Nous savons tous qu’’Emmanuel Macron est finalement accessoire dans ce débat. C’est du Parti socialiste dont il s’agit, un parti auquel vous êtes aussi viscéralement attachés que moi, mais qui, à force de ne plus être à la hauteur de l’idée qu’on se fait de lui, vous a donnés envie d’avoir une aventure.

Le plus frustrant avec notre parti ce n’est pas qu’il déraille complètement, c’est justement qu’il ne manque pas grand chose pour qu’il corresponde à nos attentes et à travers nous, à celles de millions de gens qui savent bien que malgré tous ses défauts, il est toujours le plus bel outil, et peut-être même le seul, capable de changer la société française pour le meilleur.

Ce "pas grand chose", au final a conduit à plein d’occasions manquées ces dernières années. C’est un discours qui n’évolue pas alors que la société française est en pleine mutation. C’est le rejet de Ségolène Royal au moment où elle avait compris que la complaisance de l’entre soi militant était mortifère. C’est le prix de la cotisation qui nous coupe des gens que l’on est censés défendre et que du coup on ne comprend plus. C’est le manque de préparation impardonnable du parti dans son ensemble à une alternance qui n’avait jamais été aussi probable qu’en 2012. C’est le non-cumul des mandats accepté par des élus en apesanteur qu’au prix d’une application en 2017 qui mettra cette réforme élémentaire à la merci d’un retour de la droite au pouvoir.

A bien des égards pourtant, nous pouvons êtres fiers de ce qui a été accompli au cours de ce quinquennat, dans un contexte plus que difficile. Mais nous avons été incapables de le défendre parce que tous ces "pas grand chose" ont fini par miner notre confiance en nous-mêmes. Et à force de ne pas répondre ou de communiquer à l’envers, ce sont les mensonges du Front national, la mauvaise foi de la droite et l’immaturité de ceux qui à gauche refusent les contraintes du pouvoir qui se sont imposés dans les esprits.

Pourtant, partir aujourd’hui serait la pire des solutions. Ca ne fera pas gagner Emmanuel Macron qui ne pourra trouver ni majorité sociologique, ni majorité politique s’il ne s’inscrit pas dans un processus collectif. Et cela nous fera perdre un temps très précieux au moment où la vie politique est en train de durablement se structurer en trois blocs. Sans vous, la gauche s’effritera un peu plus et entre deux querelles internes, nous allons devenir les arbitres de la surenchère à laquelle se livreront la droite et le FN comme nous l’avons été en PACA lors des élections régionales. Surtout, nous allons manquer d’autres occasions de changer le PS pour qu’il redevienne le parti que nous aimons. Le parti de ceux qui travaillent dur. Le parti de ceux qui souffrent. Le parti qui n’a pas peur du changement et qui, au contraire, l’anticipe, dans le respect de son histoire, de ses principes mais sans dogmatisme. Le parti qui fait appel à l’intelligence des citoyens pour contrer les populismes et qui s’applique à lui-même en premier les principes qu’il édicte. Le parti de Michel Rocard, de Lionel Jospin, de Pierre Mauroy.

Ce parti, non seulement il est encore possible de le refonder sur ces bases, mais nous allons devoir le faire, simplement parce que dans les années qui viennent, nous n’aurons pas le choix. La seule alternative est une marginalisation électorale durable qui finira par faire évoluer même les plus enkystés de nos apparatchiks.

Cette promesse sans échéance n’est peut-être pas aussi enthousiasmante que l’attrait de la nouveauté et l’envie de bousculer l’ordre politique établi à un moment que l’on sent charnière. Mais c’est la seule qui est viable, et plus vous serez nombreux à marcher vers la porte de sortie du Parti socialiste, plus elle sera longue et difficile à tenir.

Xavier GARCIA, 1er secrétaire fédéral PS06

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