Quand les superprofits menacent la stabilité économique

Là où, au siècle dernier, Henry Ford et Michelin ont mis des décennies à bâtir laborieusement des empires que l’on croyait indéboulonnables, les Google, Apple, Facebook, Amazon et autres Microsoft ont réussi la même prouesse mais en quelques années seulement.

Ces firmes ont provoqué ce qu’il convient d’appeler la "révolution numérique". Elle bouscule le vieux monde issu de la "révolution industrielle" qui a vu éclore les grands groupes sur lesquels l’économie du XXe s’est appuyée.

Pour les GAFA et les mastodontes du numérique, tout va bien, merci : ils viennent de publier des résultats trimestriels encore en progression, traduction comptable d’une avance technologique qui ne peut que réjouir leurs heureux actionnaires.

D’autant que leurs matériels et services ont changé notre façon d’être, notre perception, nos habitudes, au point que l’on ne peut plus s’en passer dans notre vie quotidienne.

Savez-vous que 1,3 milliard d’équipements Apple sont aujourd’hui en activité sur notre planète ? Soit... + 30% en un an ! Comment résister aux charmes des Iphones (même ralentis), des Ipad et autres Mac qui s’installent dans nos bureaux, foyers et poches pour mieux nous accompagner partout ? Sans même parler des "services" (Itunes, Icloud, Apple Pay, etc.) qui, avec 240 millions d’abonnés payants, ont encore vu leur chiffre d’affaires augmenter de 58% de 2016 sur 2017.

Google n’est pas mal non plus : avec 111 milliards de dollars encaissés l’an passé, la société réalise une marge bénéficiaire de 10%, qui laisse sans doute rêveurs bon nombre d’entrepreneurs...

Du coup, Amazon, le géant du commerce en ligne et de la distribution, fait figure de parent pauvre, avec un bénéfice ridicule de 3,8 milliards seulement pour un chiffre d’affaires quasi identique à celui de Google : allez les gars, il est temps de se ressaisir, non mais ! La lecture de ces chiffres risque de donner le tournis aux entreprises de l’économie traditionnelle, qui peinent à se dégager des marges raisonnables.

Car dans la vraie vie non numérisée, la concurrence est rude. Pour s’adapter et même survivre dans certains secteurs (les travaux publics par exemple), les prix sont tirés vers le bas au gré des appels d’offres. Cela induit des effets indésirables, comme le phénomène des travailleurs détachés dont, au final, on ne sait si leurs charges sociales sont vraiment payées dans leurs pays d’origine...

Voilà pourquoi l’Europe doit se mobiliser pour - enfin - faire payer leur juste part d’impôts et de charges aux GAFA et autres compagnies, dont la puissance financière dépasse déjà celle de nombreux États. Car ne nous y trompons pas : les géants issus de la révolution numérique, qui ne s’encombrent pas d’éthique, pourraient très vite détricoter ce que notre société a mis des décennies à construire, comme l’équité fiscale et les règles sociales qui permettent le vivre ensemble.

Jean-Michel Chevallier, Les Petites Affiches

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