Tous gaulois ?

Derrière la petite phrase de Nicolas Sarkozy, "Dès que l'on devient français, nos ancêtres sont gaulois", se cache l'exigence d'assimilation d'une partie de la droite et désormais d'une partie de la gauche française. Le discours assimilationniste, même sous couvert de "roman national", n'est autre qu'une forme de racisme et de xénophobie.

La petite phrase de Nicolas Sarkozy, "Dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois", a fait couler beaucoup d’encre.

Indépendamment de son absence de réalité historique et outre la contradiction, chez l’ancien Président de la République, qui consiste à rappeler sans cesse les racines chrétiennes de la France pour soudain évoquer ses racines païennes, ce qui se cache derrière cette phrase, c’est l’exigence d’assimilation d’une partie de la droite et désormais d’une partie de la gauche identitaire française.

Rappelons que l’assimilation c’est la perte de la culture d’origine pour un immigré. C’est la perte de toute culture jugée "différente" pour un français.

L’intégration, c’est l’apprentissage de la langue, le respect du vivre ensemble, des lois et des valeurs de la République sans reniement de sa culture et de son identité personnelle.

L’historien Yvan Gastaut a pointé les reculs successifs de la gauche sur l’intégration, "sacrifiée sous le mandat de François Hollande" et "quasiment prohibée du langage public". De "l’insertion" un temps utilisée à l’intégration, on passe à la "société inclusive" proposée par le rapport Tuot en 2013 puis à une absence de dénomination claire de la part du gouvernement pendant qu’un glissement progressif s’opère, même à gauche, vers une "assimilation" aux accents colonialistes.*

Alors que le débat des années 1980-1990 concernait l’intégration des personnes de nationalité étrangère arrivant en France, il porte désormais sur des personnes françaises, issus de familles françaises depuis trois à quatre générations.

Ce qui est alors désigné comme une culture étrangère à effacer pour être "pleinement" assimilé, c’est la pratique du culte musulman. Le philosophe Etienne Balibar explique que la "laïcité identitaire" tend à "l’assimilation des populations d’origine étrangère (ce qui veut dire en clair : coloniale et postcoloniale), toujours encore susceptibles, de par leurs croyances religieuses, de constituer un « corps étranger » au sein de la nation."**

Mais ne nous y trompons pas, l’assimilation sera l’un des enjeux majeurs de l’élection présidentielle. Elle vient parachever l’offensive identitaire sur la laïcité et est au cœur du projet de Nicolas Sarkozy.

Et soyons très clairs : voir une partie de la gauche le rejoindre sur ce point est très inquiétant, car en réalité, même sous couvert d’adhésion à un prétendu "roman national", le discours assimilationniste n’est qu’une forme de racisme et de xénophobie.

par David Nakache

* Yvan Gastaut "L’intégration, la fin d’un modèle ?", in Vers la guerre des identités ?, coll., 2016, La découverte.

** Etienne Balibar, "Laicité ou identité ?", Libération, 29.08.2016.

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