
Will Smith et Léonardo Di Caprio sont-ils les mieux placés pour dénoncer la précarité universelle et le trafic de diamants en Afrique ? Certainement pas. Mais ils attireront sans nul doute plus de spectateurs dans les salles qu’un petit film brésilien sans star. Vaut-il mieux utiliser les grands moyens au risque de la caricature, ou s’en prendre aux multinationales via une production plus modeste et plus honnête ?
Pour sa part, Edward Zwick, le réalisateur de Blood Diamond a tranché : c’est Warner Bros qui paie la facture de son réquisitoire contre le commerce des diamants. Ces pierres précieuses, revendues à des compagnies étrangères, servent à financer les guerres civiles africaines.
Dans ce film d’aventure, Leonardo Di Caprio interprète un étranger cynique. Il découvre au fil de sa rencontre avec un pauvre pêcheur les enjeux de la chasse au diamant. Le blond écolo n’oublie pas de s’éprendre d’une belle journaliste idéaliste, jouée par Jennifer Connelly. Les ficelles sont grosses. Mais même formaté version Hollywood, le film a réussi à effrayer la World Diamond Council (Conseil Mondial du Diamant). Elle a déboursé pas moins de 15 millions de dollars en campagne de communication pour contrer le message d’Edward Zwick. Le réalisateur avoue avoir subi des pressions énormes durant le tournage de la part de l’association.
Pour sa part, Gabriel Muccino n’a pas traversé le continent africain pour rendre compte de la misère des hommes. Il est resté aux Etats-Unis pour raconter la vie de Chris Gardner. Boulot précaire, crise conjuguale, et en un rien de temps, le brave mari se retrouve dans un hall de gare. Sans toit, mais avec un fils de 5ans à nourrir et protéger.

Le film est d’autant plus crédible que l’histoire est vraie : Chris Gardner existe, il est âgé de 53ans. Après avoir connu le creux de la vague, il a fait fortune dans une prestigieuse firme de courtage. Une histoire comme on les aime, une success-story à l’américaine. Et un paradoxe de plus : derrière la rapide dégringolade sociale de Chris se cache la critique d’un système social américain inexistant. Voir du capitalisme, où ce satané dollar qui vous fait perdre la boule devient plus important que la personne humaine. Mais la morale de l’histoire demeure précisément celle du capitalisme : la volonté fait l’homme. Aide-toi et le ciel t’aidera. Hollywood où l’art de profiter de tout, même la misère.
Dernière mode des réalisateurs américains : dénoncer les scandales qui se déroulent sur le continent le plus pauvre de la planète. Et bien souvent, l’Europe et les Etats-Unis sont pris pour cible. Hôtel Rwanda en 2005, où la passivité de la communauté internationale pendant le génocide de 1994. Lord of War l’année dernière avec un Nicolas Cage en trafiquant d’arme et fier de l’être. Ou encore Constant Gardener et les trafics de l’industrie pharmaceutique. S’auto flageller devient tendance. Edward Zwick s’en défend : « Vous croyez vraiment que j’ai fait Blood Diamond pour céder à la mode ? Cela fait des années que je dénonce des situations dramatiques. Ne me faites pas rire. » Reste à savoir si ces films peuvent réellement faire bouger les choses au-delà de l’effet médiatique éphémère. Autre répercussion de ce genre de réalisations : elles véhicule une image de l’Afrique caricaturale : violence, trafic, enlèvements. Terre de désolation, fatalisme, le cinéma ne fait pas dans la demi-mesure. Entre le folklore et le misérabilisme, il serait temps de trouver le juste milieu.
Bravo Marion pour l’article ![]()
Hélas trois fois hélas le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres c’est bien connu.
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