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Islam et antisémitisme : l'ombre de Téhéran et la lumière du Livre

Il y a l’islam et l’antisémitisme tels qu’on les pratique en ce moment à Téhéran. Dans sa nouvelle chronique littéraire, le psychanalyste Jean Luc Vannier en propose une autre lecture, à partir de deux ouvrages, l’un sur l’islam, l’autre sur l’antisémitisme. Avec deux auteurs, un Musulman et un Juif, dont la vision est sur le fond loin de diverger.
14
décembre
2006
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Il se nomme Abdennour Bidar. Abdennour veut dire : « Serviteur de la lumière ». Et la lumière, fort heureusement, le lui a bien rendu. Il explique d’ailleurs que ce prénom a « inspiré son imaginaire ». En fait d’imaginaire, une véritable bouée de sauvetage. Il fallait bien cela dans un parcours d’enfance ballotté entre un grand-père auvergnat viticulteur et communiste athée, une mère médecin convertie à l’islam peu de temps avant sa naissance et un Marocain qu’il « considérait comme son père », musulman prosélyte du Tabligh fondamentaliste pakistanais. On en serait spirituellement écartelé à moins.

Digne de Victor Hugo pour son scénario et d’Emile Zola pour la noirceur de son réalisme, l’épisode de l’abandon paternel à 5 ans - le père suit un soir ses coreligionnaires en laissant le petit Abdennour seul dans une Mosquée où il passera la nuit - renforcera son exigence de comprendre. La douleur intériorisée de la perte cède bientôt la place à une soif inextinguible de recherche. L’immensité de la première signera l’absolu de la seconde. En même temps qu’elle en gommera les aspérités les plus sombres : avec les yeux de l’enfant, le « fanatisme » du père devient « pacifique et joyeux ». En mémoire de ce père à jamais disparu, Abdennour sera donc un cherchant. Dans cette quête de sens, l’islam maternel et la philosophie, improbable couple parental de substitution, lui apporteront une aide essentielle. Sa mère incarne cet islam tout intérieur, qui s’appuie sur les prescriptions du rituel pour mieux les dépasser et y puiser une authentique spiritualité. Dialogue incessant qui passe également par une initiation précoce à la lecture. Vient ensuite son professeur de philosophie dont la parole sur l’allégorie platonicienne de la caverne prendra valeur d’oracle. Encore question de lumière mais cette fois-ci, il faut l’aller chercher à l’extérieur. Rien d’étonnant à ce que ses pérégrinations initiatiques amènent l’auteur à croiser le chemin du « sage René Guénon ». Abdennour Bidar lui accorde, sans l’expliciter, une place centrale dans sa pensée : il est vrai que cet adepte du syncrétisme religieux - il fut aussi un Franc-Maçon engagé dans la Tradition primordiale - décida d’épouser la religion du Prophète à la fin de sa vie. Figure hautement suspecte au regard de l’islam radical et intolérant et dont le strict verrouillage est vivement dénoncé par l’auteur.

Néanmoins, qui cherche trouve. Du moins pensait-il que ce serait à Paris. Mais le petit monde intellectuel et rabougri de la Capitale, impitoyable avec ses provinciaux, ne rencontre pas ses espoirs : « ils avaient lu l’Occident, j’avais médité l’Orient ». Dans le combat de Deleuze et de Sartre contre Ibn Arabi et Rumi, la bataille était perdue d’avance. A peine le concours d’entrée à l’Ecole normale réussi, non sans difficulté, il abandonne à son tour. Sa préférence « d’aller chercher un maître spirituel en Orient » l’entraîne avec sa future épouse au sein d’un mouvement qui revêtira rapidement les caractéristiques d’une secte. Le jeune Abdennour n’aura donc rien cédé sur son désir. Au prix d’un effondrement total qui autorise un nouveau départ...à Nice. A l’image de Sophocle, c’est lorsqu’il n’a plus rien été « qu’il est devenu vraiment homme ». Ce livre émouvant qui « porte témoignage » de la construction personnelle d’une identité montre les mille chemins détournés qui permettent d’y accéder. En dépit de son « impossibilité de faire communiquer les mondes » entre lesquels il était partagé, Abdennour découvre in fine l’homme dissimulé derrière le croyant. Une foi devenue humaine. Il peut alors régler ses comptes. En premier lieu avec cet islam intégriste, puis avec ses prosélytes et ses sectateurs dont il aurait pu, à notre époque, être l’un des héritiers par la tradition paternelle. A cet islam « intouchable » qui, « piège grossier », exploite la tolérance de la démocratie, à ces dogmatiques qui voilent les femmes dans une « pathologie collective », l’auteur souhaite opposer un islam des lumières, une religion « bonhomme », selon l’anthropologue Malek Chebel. Impossible selon lui d’y parvenir sans une révolution qui ferait passer le croyant d’une « soumission forcée » à une « obéissance choisie » et qui le mènerait sur la voie de l’ihsan, « l’excellence », l’accomplissement spirituel. Le soufisme n’est plus très loin. Et avec lui, cette élévation dans une solitude que l’auteur doit bien souvent éprouver devant tant d’incompréhension de la part de ses semblables.

S’il emprunte quelques passages à St Augustin, il manque peut-être à la réflexion d’Abdennour Bidar, un passage par le judaïsme. Forme de retour aux sources que le Coran lui-même ne conteste pas : « Puis Nous avons donné à Moïse le Livre complet en récompense pour le bien qu’il avait fait... » (Sourate 6 Al-An’am, v.154).

Le Livre constitue justement le coeur de la réflexion particulièrement stimulante et bien à l’image de la collection « climats » (Flammarion) de Stéphane Zagdanski sur « l’antisémitisme ». A mi-chemin entre l’humour juif, forme de résistance aux persécutions selon Joseph Klatzmann (« L’humour juif », Que sais-je ? 3370, PUF) et l’autodérision, Stéphane Zagdanski nous éclaire sur l’une des raisons fondamentales du mécanisme de « l’intolérance historique à l’égard du juif », si tant est que, pour le suivre sur le terrain même du commentaire hébraïque, on soit encore dans le domaine de la raison. La croyance fondamentale du judaïsme, explique-t-il, repose sur une révolution théologique : « L’écriture de la Thora précède la création du monde ». C’est dire la lourde charge inconsciente du mot dont le sens divin préexistait dans la nuit des temps et auquel les 22 « lettres carrées » de l’alphabet hébraïque s’efforcent d’offrir un support terrestre incertain. De là découle l’inaltérable exercice du commentaire rabbinique, qui consiste à s’interroger, à tenter de découvrir l’esprit derrière la lettre dans un jeu récurrent de va-et-vient exégétique. Du « pilpoul », ce « boomerang dialectique » connu qui fait répondre à une question par une autre question au « Mahloket », cette controverse permanente et dynamique, jamais achevée et pour cause, sur l’interprétation à donner aux textes fondamentaux, autant de concepts qui témoignent de cette parole initiale à jamais « perdue » et illustrée par l’omission, dans l’hébreu biblique, de « la trace du présent ». Bien au-delà de l’arbitraire saussurien du signe, du « jeu/je » lacanien entre signifié et signifiant, Zagdanski nous entraîne, avec peut-être le secret espoir de nous y perdre (mais n’est-ce déjà pas de l’antisémitisme, si l’on se pique au jeu de l’auteur, que de le penser et surtout de le craindre ? ), dans une jungle touffue de corpus (les rouleaux de la Torah) et de commentaires midrashiques en cascades. On l’aura compris, « l’antisémitisme selon Zag », pour parler comme un Chrétien, prend en quelque sorte sa source dans l’effroi du vide, le constat de l’impalpable, tous deux consacrés par l’imprononçable et l’ineffable Tétragramme divin « YHWH ». Avec un humour parfois grinçant dont on comprend au fil de la lecture le rapport secret au Judaïsme, Zagdanski décline les supports habituels de l’antisémitisme mais en revient toujours à la transcendance de la lettre qui permet au Juif de s’échapper, de fuir à l’intérieur de sa judéité.

En ces temps de prétendue conférence internationale sur la « Shoah » qui sert de prétexte à la diffusion d’un antisémitisme le plus virulent, l’ouvrage de Stéphane Zagdanski offrirait - presque - de quoi nous rassurer. La « solution finale » a bien été, selon lui, une tentative d’anéantissement en soi de ce questionnement. En ce sens, les attaques plurimillénaires dont les Juifs furent et sont encore l’objet reflètent parfaitement l’insolvable énigme dont ils restent les éternels dépositaires.

Abdennour Bidar, « Self islam », Editions du Seuil, Coll. « non conforme », 2006, 235 p., 12 euros.

Stéphane Zagdanski, « De l’antisémitisme », Editions Climats (Flammarion), 2006, 378 p., 21 euros.

jlvannier@free.fr

par JL Vannier

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  • "La France Confisquée" et "Racisme d’Etat"
    16 décembre 2006, par Devoir d’informer

    Deux textes importants à lire sur le net en tapant ces deux titres !

  • Islam et antisémitisme : l’ombre de Téhéran et la lumière du Livre
    14 décembre 2006

    mon cher jl Il est malheureusement impossible de lire tous les livres nouveaux.... merci de nous permettre de prendre connaissance de la sortie de livres aussi interessants,et de nous en faire une aussi belle synthèse. Peut être as-tu également lu 2 livres traitant aussi des même sujets à savoir l’un sur l’Islam :
     Histoire de la pensée arabe et islamique de Dominique Urvoy chez Seuil. et l’autre sur la violence des religions :
     Les religions meurtrières de Elie Barnavi chez Flamarion. Il est navrant par ailleurs de voir des réactions du type de "Raslbol"qui visiblement n’admet pas la réalité de l’antisémitisme des mollahs et du président iranien et refuse la lumière apportée par le genre de livres que tu as lu pour nous, préférant dériver vers la diatribe rangaine des israéliens "nazifiants"....

  • Islam et antisémitisme : le lien diabolique est fait !
    14 décembre 2006, par raslbol-hypocrisie

    Islam et antisémitisme : quel beau titre ..le lien diabolique est fait. Voilà qu’enfin, on cherche à faire endosser à l’Islam et aux musulmans l’antisémtisme, une thèse d’une facilité primaire dans le cadre d’une islamophobie ambiante. Permettez moi de vous rappeler que l’aboutissement des thèses antisémites qui avaient conduit à la solution finale, avaient pris naissance et avaient trouvé ses pratiques ..vous savez où ? aucunement dans un pays arabe , aucunement dans un pays musulman, mais bien dans une socièté chrétienne, au coeur de l’Europe. Permettez moi de vous rappeler, que des juifs, ont vécus pendant des siècles au sein des sociètés musulmanes en paix, occupant même des respnsabilités importantes dans la socièté. Permettez moi de vous rappeler que les israèliens tuent enfants, femmes et hommes musulmans en Palestine depuis de longues années devant les caméras du monde entier, chassent des habitants, construisent des murs, détruisent des récoltes, emprisonnent et torturent..dernièrement encore, l’aviation israèlienne avait bombardé la population civile libanaise, avec des bombes à fragmentation, et vous OSEZ DESSERTER ENCORE SUR : L’ANTISEMTISME ET ISLAM...VOTRE PARTI PRIS EST REPUGNANT, VOTRE VISION DES DROITS DE l’HOMME EST PARTIELLE, EST DONC RACISTE, CE QUE VOUS RECCONNAISSEZ A L UN VOUS LE REFUSEZ A L’AUTRE SELON SES ORIGINES. Il exite des tas de livres qui parlent de la souffrance du peuple palestinien, achetez les, faites nous un commentaire et un petit résumé, vous manquez de courage peut être..ou l’envie vous manque...ca ne vous interesse pas peut être ??. Par contre, dés qu’un individu régle ses comptes avec l’Islam, vous courez acheter,lire et faire savoir..

    A bon entendeur..


    • Islam et antisémitisme : le lien diabolique est fait !
      14 décembre 2006, par Tapalu
      Réagir uniquement sur le titre est dommageable, surtout dans le cas présent ! Même le sous-titre a été éludé. "Raslbol" réagit au quart de tour ! Et surtout, il est "hors sujet".
    • Islam et antisémitisme : le lien diabolique est fait !
      19 décembre 2006, par Captain j’te jure
      Hé, “a bon entendeur”, Qu’est-ce que tu racontes ? Tu crois qu’il suffit d’affirmer n’importe quoi et que ça en fait la vérité ? D’abord, nier l’antisémitisme de nombreux musulmans est du négationnisme pur et simple. Il n’y a pas qu’eux, comme tu le rappelles si bien, mais tu oublie les troupes musulmanes des nazis, la propagande pro-nazie au Moyen Orient, et le Grand Mufti de Jérusalem. Quand on sait que Leila Shahid est sa petite-fille, comment ne pas faire le lien ? Quelque juifs ont occupé des postes important dans la société musulmane ? Oui, il y a mille ans, mais aujourd’hui ? Et entre les deux ? Tu passes sous silence le quasi esclavage, l’état de sous-citoyen qui était le leur partout, y compris en Afrique du Nord, et s’il y a au moins une chose positive dans la colonisation de ces pays, c’est qu’elle a permis aux juifs d’échapper à cette condition. Les israéliens tuent des civils en Palestine et au Liban ? Qui veux-tu faire pleurer ? Dans le même temps ils éliminent des combattants, Alors qu’en face, tes amis ne tuent QUE des civils. Tu entends, SEULEMENT des civils dans leurs bombardements des villes israéliennes, JAMAIS un seul objectif militaire. Et quand ils enlèvent un soldat israélien, ils l’égorgent comme un animal. Et quand des israéliens meurent, eux ils dansent.. C’est ta vision qui est partielle et raciste et antisémite, et tu te caches derrière l’antisionisme pour camouler ta judéophobie. Il y a des millions de lâches comme toi, des racistes qui prétendent lutter contre le racisme, et qui sous ce couvert sont des défenseurs de la barbarie, de l’indéfendable. Il y a encore de nombreux comptes à régler avec cet islam-là, à commencer par lui régler le sien. Et on de dit pas « desserter sur... » mais dIsserter.
  • Islam et antisémitisme : l’ombre de Téhéran et la lumière du Livre
    14 décembre 2006, par VION

    MERCI pour vos écrits toujours pertinents , remarquable d’ intelligence , de clarté et de finesse , de culture .... Je me régale de vous lire

    BIEN CORDIALEMENT à VOUS ,


    • Oooh c’est bas !
      2 janvier 2007, par !toutçapourça !
      Le pire est toujours à craindre, quand ceux qui font profession de penser usent et abusent, voir "utilisent" « spéculent » sur ces thèmes éminemment sensibles, pendant que le sang humain coule a flot ! Quel cynisme on aura vraiment tout entendu !
      • bonne annee
        2 janvier 2007
        il faudrait appeler Gerard Miller pour qu’il vienne remettre un peu d’ordre ici ! Quelle petaudiere....
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