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L'Edito du Psy - Libye, Tchad... : les risques de l'unilatéralisme élyséen.

Nouvelle diplomatie plus personnalisée ? Coup médiatique ? Toujours est-il qu’en rentrant du Tchad avec quelques-uns des « prévenus » de l’Arche de Zoé, le président de la République confirme une forme d’intervention unilatérale, sinon séparée de celle de son gouvernement. Dans son édito hebdomadaire, le psychanalyste Jean-Luc Vannier pose la question des avantages et des inconvénients de cette politique.
11
novembre
2007
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A première vue, on ne peut que se féliciter du sens aigu et décidément opérationnel des initiatives diplomatiques de Nicolas Sarkozy. En se rendant personnellement au Tchad et en obtenant de son homologue africain Idriss Déby, qu’il puisse ramener les journalistes français et les hôtesses espagnoles dans son avion présidentiel, le chef de l’Etat, fidèle en cela à sa philosophie, a montré que la puissance politique alliée à la volonté d’un homme était encore capable de modifier le cours immédiat de l’histoire. Emporté probablement par un élan dont les origines médiatiques ne peuvent être tenues pour quantité négligeable, Nicolas Sarkozy a également confirmé la haute idée, a priori fort louable, qu’il se fait de la fonction présidentielle : « celle de prendre en charge tous les Français ». Au point d’annoncer dans la foulée qu’il « irait chercher ceux qui restent quoi qu’ils aient fait », provoquant instantanément la colère des plus hautes autorités de N’Djaména.

Après le cas tout aussi spectaculaire de la libération des infirmières bulgares en Libye - et qui sait demain celui d’Ingrid Betancourt retenue en Colombie ou celui du soldat franco-israélien Guilat Chalit kidnappé par le hezbollah libanais - une question toutefois se pose : cette volonté d’interventions « coup de poing » ne risque-t-elle pas, par son systématisme, de rencontrer rapidement ses propres limites, voire de produire des effets contreproductifs pour la politique étrangère du pays ?

Le crédit international dont dispose effectivement le chef de l’Etat pour mener ce genre d’opérations n’est sans doute pas inépuisable. Installé depuis six mois dans des fonctions présidentielles auxquelles il entend donner un nouveau contenu et que les autres dirigeants de la planète commencent à découvrir, Nicolas Sarkozy peut encore jouer confortablement sur l’effet de surprise. Mais à l’image de l’état de grâce qui suit toujours une élection présidentielle, il est toutefois à craindre que cet atout finira par se démonétiser et ne suscitera plus dans quelques temps la même réceptivité bienveillante des autorités étrangères. A force d’être ainsi exposée au premier plan, l’action présidentielle pourrait se banaliser et perdre la valeur ajoutée de son ultima ratio, les bénéfices logiquement attendus de son caractère exceptionnel. Et finir par obtenir pour toute réponse, un refus poli mais ferme des futurs interlocuteurs sollicités. Certes, on se doute bien que le président de la République, sur la base des conseils prodigués par son entourage, ne saurait engager toute l’étendue de son autorité sans être évidemment assuré d’un résultat tangible. Mais cela revient au même, voire au pire. Si l’Elysée, pour des raisons de stratégie de communication ou par simple souci humanitaire, prenait l’habitude d’intervenir directement, le fait de s’abstenir un jour prochain sur un dossier du même genre signerait, a contrario, un aveu d’impuissance et reviendrait, en conséquence, à éclairer les domaines où la voix de la France peut plus difficilement qu’ailleurs se faire entendre ou respecter. On devine les dangers d’un tel scénario pour nos affaires internationales : être coincé entre le silence embarrasant de la rebuffade politique et la visibilité ostentatoire de l’escalade verbale ou militaire. La tentation peut, par surcroît, être grande pour l’ancien président de l’UMP de chercher à l’extérieur du pays des motifs de satisfactions qui lui sont en apparence refusés à l’intérieur. Le chef de l’Etat peut d’autant plus concevoir du dépit pour l’accueil réservé à ses réformes qu’il a été clairement élu sur un programme destiné à les accomplir.

En court-circuitant le cheminement des administrations traditionnelles, au point par exemple de rendre muet le responsable des Affaires étrangères sur ces opérations, Nicolas Sarkozy prend finalement le risque d’affaiblir encore davantage les outils intermédiaires étatiques, déjà pointés du doigt pour la lourdeur de leurs procédures. En agissant unilatéralement, il met en avant un souci d’efficacité mais fait immanquablement apparaître en creux un sentiment d’incurie des autres services de l’Etat. On peut comprendre la quasi obsession du locataire de l’Elysée de maintenir une proximité avec les Français. Malheureusement, comme l’on sait, le pouvoir isole.

par JL Vannier

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