La fête légendaire du Tour de France ne risque-t-elle pas de se transformer en triste farce ? D’un côté, le contrôle positif de l’allemand Patrick Sinkewitz provoque la décision spectaculaire des chaînes publiques ARD et ZDF de suspendre la retransmission des images de la course. La révélation de ce dopage est d’autant plus embarrassante que ce coureur appartient à la formation T-Mobile laquelle se présentait au départ en championne de la lutte anti-dopage après l’affaire Fuentes impliquant déjà l’année passée Jan Ullrich, un ancien vainqueur du Tour. De l’autre, l’annonce tout aussi bruyante par le président de la fédération danoise, de l’exclusion de l’équipe nationale de Michael Rasmussen, actuel leader, ce qui revient à lui barrer la route des championnats du monde de septembre prochain et des jeux olympiques de Pékin en 2008. L’union cycliste internationale et l’agence danoise antidopage lui reprochent en effet sa gestion d’un emploi du temps au cours des trois derniers mois qui lui a permis d’échapper à deux contrôles inopinés. Une troisième défection aurait été considérée comme un contrôle positif, passible d’une suspension de trois mois à deux ans.
Au-delà de cette actualité que la période estivale rend un peu tapageuse, ces deux affaires, susceptibles de connaître, n’en doutons pas, d’autres prolongements, doivent susciter une réflexion lucide sur les liens pervers qui unissent de plus en plus performances sportives, médias… et grand public. Du football au cyclisme en passant même par le rugby, quel sport aujourd’hui pourrait se targuer d’une saine indépendance à l’égard des moyens gigantesques et planétaires de communication ?
La starisation individuelle de sportifs, invités d’années en années à se dépasser « par tous les moyens », correspond aux impératifs financiers des sponsors. Prêts à investir des sommes colossales pour promouvoir leurs produits, ces derniers n’hésitent pas à sélectionner un « support » humain vite transformé en héros pour les besoins de la marque. L’engouement légitime, mais sans mesure, du grand public alimente par ailleurs cette spirale non vertueuse : aucun amateur éclairé de la « petite reine » n’est dupe des pratiques douteuses instaurées dans les équipes. Mais seule compte finalement l’image de la prestation, les plaisirs du spectacle favorisant ainsi une loi tacite du silence entre ces trois acteurs. Calculés en millions d’euros, les droits de retransmission ne souffrent aucune perturbation : inquiet d’un éventuel « manque à gagner pour le Tour », son organisateur, le groupe ASO, n’a rencontré aucune difficulté pour retrouver immédiatement des chaînes allemandes, évidemment privées, afin de continuer la diffusion. Sans service de sport, la chaîne privée SAT.1 a néanmoins pu récupérer dès la première retransmission près de 500 000 téléspectateurs allemands. Une décision jugée « honteuse » par le président de la commission du sport au Bundestag Peter Dankert. On doit se féliciter de la réaction, même « tardive », de ARD et ZDF : le désengagement de ces deux chaînes publiques à même de déclencher celui d’éventuels annonceurs comme Adidas, Audi ou Gerolsteiner, peu enclins à voir leurs noms associés à des pratiques illégales, est de nature à susciter un relatif espoir.
Avec 39 % de parts d’audience et 5,4 millions de téléspectateurs pour la première semaine, France Télévision ne semble pas se poser autant de questions : il est vrai qu’avec des centaines de milliers de cadeaux distribués par des dizaines de marques sur la route du Tour, celui-ci reste très populaire. Il faut malheureusement s’en convaincre : malgré des temps favorables au développement durable, aux bonnes gouvernances et au commerce équitable, dans la bataille que se livrent les cochonnailles et l’éthique du sport, l’issue du combat ne fait guère de doute.
Votre analyse est très juste. Reste maintenant à savoir si le sport est le reflet des sociétés contemporaines ou est-il le précurseur du monde qui vient ? Peut-être un peu des deux, certainement même beaucoup des deux.
Mais que peut-on demander d’autre, dans une société ou seule la performance compte. Il faut être un bon salarié, un bon parent, un bon amant et seule la performance compte dans tous ces sujets. Les objectifs seront mesurés par, le volume de travail, la réussite de nos enfants, notre capacité à faire atteindre l’orgasme... Gars à ceux qui ne rempliront pas les objectifs, car seul le résultat compte. La télévision nous rappellera, d’ailleurs inlassablement qu’il y a toujours meilleur,que même bon, nous le sommes pas assez. Doit-on jeter la pierre aux sportifs, aux médias, aux sponsors ? Ne ferions-nous pas mieux de s’arrêter un instant sur notre recherche perpétuel de la performance, qui devient sans gout ni odeur, elle est simplment normal.
Quoi de plus normal que de se doper dans ce monde la ?
"Il faut malheureusement s’en convaincre : malgré des temps favorables au développement durable, aux bonnes gouvernances et au commerce équitable, dans la bataille que se livrent les cochonnailles et l’éthique du sport, l’issue du combat ne fait guère de doute."
Je ne serai pas aussi affirmatif que vous et l’éviction toute récente de rasmussen semble en être le parfait exemple. 1 En effet ce coureur, n’a pas été convaincu de dopage, mais a, selon toute vraissamblence tout fait pour échapper aux contrôles. 2 Il y a peu nombre de sportifs ont fait tomber des accusations de dopage sur de simples vice de procedure.
3 Rasmussen a été licencier par son équipe.Mais pourquoi ? Car ce coureur a été écarté d’une compétition sur un simple soupcon de dopage. MAis le public a parlé ! Conspué tout le long de sa désormais dernière étape du Tour, l’équipe rabobank n’avait d’autres solutions que de renvoyer celui qui menacait, une entreprise dans tout son ensemble. Songez plutot au désastre en terme marketing de la représentation d’une entreprise qui triche.... Cette fois le sport a gagné, et je pense que ce n’est pas fini. Attendons-nous à un tremblement de terre au foot, au rugby, en athletisme atc...
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