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L'Edito du Psy - Suicide chez France Télécom : crise de l'homme ou de l'entreprise ?

La vague de suicides chez France Télécom, qui suscite indignation et annonce une probable intervention de l’Etat, doit être replacée dans le contexte plus général d’une profonde réorganisation du monde du travail. Aux conséquences identitaires particulièrement déstabilisantes pour l’être humain, estime notre éditorialiste.
14
septembre
2009
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France Télécom n’est malheureusement pas la seule : de grandes entreprises comme HSBC, BNP Paribas, La Poste, EDF, Renault ou Airbus ont dû affronter la question du suicide d’un ou de plusieurs de leurs employés. La Police Nationale déplore elle-même une quarantaine de suicides parmi ses fonctionnaires. Il est aussi vain d’incriminer exclusivement l’entreprise que d’imputer au seul individu la responsabilité de son acte. Les études et les rapports officiels, comme celui du 12 mars 2008 sur « La détermination, la mesure et le suivi des risques psycho-sociaux au travail », montrent un phénomène de « surdétermination » : une pluralité de causes et un croisement à l’infini de facteurs où se mêlent conditions, organisation du travail et détresse psychologique de l’être humain. Les deux domaines sont en effet intimement liés. L’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au travail estime d’ailleurs que le « stress », première étape d’une dégradation de la situation professionnelle et personnelle, « survient lorsqu’un déséquilibre s’installe entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ».

Appréhender la question du suicide au travail revient donc à s’interroger sur l’intensité de ce déséquilibre vécue par un être humain à un moment donné de sa vie. Les nouvelles formes d’organisation du travail -précarisation accrue des emplois, polyvalence éclatée des tâches et mobilité géographique étendue- provoquent un séquençage, un morcellement de l’acte professionnel peu propice à la constitution d’une identité personnelle correspondante : qui peut aujourd’hui encore se vanter de pouvoir répondre à la question posée sur son activité professionnelle : « je suis… » tant la formule semble exagérée, ambitieuse sinon décalée par rapport aux réalités offertes par le monde du travail dans ce registre de « l’essence » ? Ce « manque à être » éclaire d’autant mieux le grand retour des « affects » dans le monde professionnel. La notion de rémunération connaît ainsi une évolution révélatrice : si le salaire demeure pour les ouvriers comme pour les cadres un élément fondamental de leur motivation, ceux-ci n’en placent pas moins à un niveau quasi équivalent un besoin de « reconnaissance » : « association aux prises de décisions », « écoute de leur hiérarchie » en cas de modification des structures professionnelles, voire proposition d’une « formation » dont les résultats viendront soutenir les exigences de confiance en soi et d’estime de soi. On devine l’écueil : cette notion si subjective de « reconnaissance » se révèle aussi facile à cerner…que la « mesure du bien-être » destinée à faire évoluer les futurs indices économiques.

Si elle est jugée disproportionnée, sans retour en arrière possible, dénuée de tout recours, une souffrance psychique, une étape difficile de la « Midlife Crisis », une discrimination injustifiée sur le lieu de travail liée, par exemple, à l’orientation sexuelle ou à l’arbitraire d’un dirigeant qui y puise des compensations narcissiques inconscientes, peuvent alors conduire l’individu à envisager ou à commettre le pire afin justement d’y échapper. Assailli par un sentiment de complète dépossession de soi, l’être humain tient alors le suicide pour la « seule issue de secours ».

Le suicide en entreprise est aussi une mise en accusation indirecte de l’Etat, jugé impuissant à « réguler les déséquilibres économiques », accusé en outre d’avoir cédé à l’entreprise cette part d’injustice -l’irrationalité de certains salaires en témoigne- dont il avait jusqu’alors le monopole. Au risque de provoquer « l’effroi » déstabilisant de l’individu. Et de rendre peu crédible toute prétention de la puissance publique à intervenir dans la gestion privée des ressources humaines. Autant de conditions susceptibles, comme l’écrivait Freud, de signer « la défaite de la pulsion qui oblige tout vivant à tenir bon à la vie ».

par JL Vannier

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Forum


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  • EDF
    27 septembre 2009, par Marcel BROCART

    Monsieur,

    Je suis Niçois.

    Je suis à votre disposition pour vous expliquer : "Comment EDF se débarrasse de ses salariés indésirables".


  • La cause en est connue de tous : le CHOMAGE et la PRECARITE DE MASSE.
    18 septembre 2009, par MKL

    Dans une situation comme la nôtre avec plus de 5 millions de chômeurs/rmistes et des millions de précaires à 700€/mois, ceux qui ont encore la chance d’avoir un "bon" job correctement rémunéré, s’y accrochent jusqu’à ce qu’à l’extrême limite mort s’en suive...

    Beaucoup n’ont plus la liberté qu’avaient les actifs des années 60/70 de démissionner en cas de pression trop pesante.

    La solution consisterait donc à "casser" le chômage et la précarité pour rééquilibrer le rapport de force employeur/salarié.

    Et c’est possible !

    La semaine de 4 jours est un concept expérimenté depuis 12 ans dans 400 PME (Mamie Nova, Fleury Michon, Monique Ranou, petits commerces, auto-écoles, restaurants, entreprises artisanales, labos de recherche, petites SSII informatiques...). Sa généralisation créerait au minimum 1.6 millions d’emplois CDI/temps plein sans ruiner les entreprises, ni l’état, ni les salariés (études INSEE - Caisse des Dépôts et Consignations).

    Témoignage d’un collaborateur : « Je travaille comme freelance pour une entreprise, dont le personnel est à la semaine de quatre jours. Je peux vous dire que c’est très agréable, on sent des gens heureux de vivre ! Bon, parfois il faut attendre un peu pour avoir certaines réponses, mais il n’y a pas mort d’homme ! »

    Cette solution a même été soutenue il y a quelques années par des membres du gouvernement actuel !

    http://www.nouvellegauche.fr/vaincre-chomage/


  • L’Edito du Psy - Suicide chez France Télécom : crise de l’homme ou de l’entreprise ?
    16 septembre 2009, par Helene FRANCE

    Le suicide dans l’entreprise

    Il n’existe pas de statistiques sur les suicides liés au travail. "Le phénomène du suicide lié au travail n’est pas nouveau, mais il s’est accentué ces dernières années", selon Christian Larose, président CGT de la section du travail du Conseil économique et social (CES).

    Cependant, gardien de prison, policier, psychiatre, urgentiste ou pompier sont considérés comme des métiers "exposés" ou "métiers à risques". Des professions où l’on affronte la violence ou même la mort. Mais le sujet reste tabou. Ni les collègues ni les syndicalistes ni les proches ne veulent parler. Les directions encore moins, redoutant la mauvaise publicité.

    Anonymat, manque de dialogue, rythme des restructurations de société, stress, concurrence entre les salariés, mise au placard, licenciement ou harcèlement moral sont les principales causes de suicide au travail.

    Aussi, pour y remédier, (lire le dossier de Doctissimo "Suicide, le monde du travail en accusation") il est conseillé de prêter attention aux chiffres de l’absentéisme, d’intégrer des assistantes sociales dans les entreprises, d’augmenter le nombre de consultations auprès des médecins du travail, d’améliorer la communication entre les salariés, les services et la hiérarchie, et de rompre le silence en cas de suicide.

    Chômage et suicide

    Selon l’INED, il n’y a pas de cause à effet. D’autres études tendent pourtant à établir qu’à chaque fois que le taux de chômage augmente de 1 %, on constate une hausse des suicides de 4 à 5 % (source AES). Certaines victimes de licenciement, plus attachées parfois à leurs collègues de travail qu’à leur famille, réagissent par la colère : détresse psychique, violence, acte de vandalisme, incendie provoqué, séquestration, tendance suicidaire ponctuent alors leur descente aux enfers dominée par l’absence de toute perspective possible.

    Face à un avenir professionnel assombri, la famille et le couple ne peuvent pas toujours jouer leur fonction de rempart. Le suicide devient alors l’ultime étape d’une spirale de la dégradation, de la dépréciation et de la dépersonnalisation...


  • Réponse à M. Vannier
    15 septembre 2009, par Louis M.

    Cher M. Vannier,

    Peut-on ne pas mettre en cause la société entière si l’on évoque un malaise général face au travail ? Peut-on faire abstraction du rapport entre le salarié avec son travail, l’état (c’est l’administration, la fiscalité et les lois) et l’entreprise ? Nous subissons, certains diront jouirons, un Etat qui ponctionne 60% de la richesse produite par le travail. Nous subissons, un politiquement correct harassant qui oblige chaque commercial, chaque membre d’une entité productive à des efforts de contorsion mentale pour ne jamais « lâcher » sa parole. La franchise ayant disparu au profit du sourire commerciale et du « oui » au client quelle que fut sa requête. Pourquoi passer outre ce facteur de stress qu’est la réglementation française. Nous travaillons pour les autres, une solidarité imposée et non méritoire ou souhaitée. Une solidarité artificielle et non plus naturelle. « Je travaille » avec la crainte des impôts, taxes, crédits, radars. Je travaille sous une pluie de lois que seule un expert, que je dois payer, peut appréhender. « Je travaille non plus pour moi, mais pour eux, pour le reste. » La société française est parsemée de rentiers artificiellement créés par l’Etat dont la survie dépend d’une catégorie toujours moins nombreuse et toujours plus sollicitée, celle des salariés privés de l’économie marchande. La santé publique, la retraite, l’école, l’aide sociale, les fonctions régaliennes, le train de vie des élus, les délires éco-citoyens, le subventionnement associatif, les investissements publics, la dette… payez toujours plus pour la « bonne cause ».

    Détendre le travail suppose avant de faire de la psychanalyse, de faire du social. Le rapport entre le travailleur et l’employeur est celui de l’offre et de la demande. Aucunement comme on finit le croire si l’on a le malheur de croire aux dogmes français, le fruit d’un rapport étatique, de DRH, de lois « prétendument sociales » ou que sais-je encore. Raréfier l’offre de travail, raréfie les prétentions des employeurs et agrémente les conditions de travail du salarié (Moins de psy, plus de social).

    Seulement, trente année d’immigration et d’errements de l’Education Nationale ont imposé à la France une couche de travailleurs peu ou non diplômée dans laquelle le rapport de force salariés/capitaux&employeurs a été brisé au profit de ces derniers. Une frange de la population qui subit plus drastiquement la violence de la concurrence sociale, fruit des incapacités de l’Etat a respecté d’autres lois et prérogative (plus essentielles qu’une taxe carbone). La propriété privée d’un peuple sur son territoire (seule garantie de l’harmonie du rapport social) et l’émancipation de ses citoyens. L’Etat en Père de la Nation, et non papa des délires du code du travail. De fait, un sujet brulant si nous osons le pousser et qui ne doit pas être sacrifié à la seule psychanalyse.

    Louis M.


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