L’Iran et l’Argentine ont un point en commun. Qui consacre aussi leur différence. Les deux Etats ont repris, avec un peu d’avance pour la République islamique, la production d’uranium enrichi susceptible de se transformer en plutonium militaire. L’un comme l’autre proclame haut et fort leur souhait de donner à ces travaux un caractère purement civil. Voilà pour le point commun. L’Iran vient de rejeter un ultimatum des Nations Unies qui exigeait l’arrêt de ces travaux. Téhéran encourt donc, du moins en paroles, les foudres du Conseil de sécurité. L’Argentine bénéficie, en revanche, de la bienveillance de la communauté internationale. Elle profite de la collaboration technique en la matière du Canada...et se paie même le luxe de recevoir les encouragements officiels des Etats-Unis. Comment comprendre cette différence de traitement de la part des puissances nucléaires et de l’Agence de l’Energie Atomique à Vienne ?
L’explication réside peut-être dans le paradoxe du pouvoir nucléaire. Parvenir à la bombe ne suffit pas à en revendiquer les privilèges. La fantastique puissance destructrice de cette arme justifie le fait qu’elle ne doive et ne puisse « servir » que par anticipation. Son seul but demeure de dissuader un éventuel belligérant de se lancer dans une opération aventureuse. Inhiber dans l’œuf une velléité d’agression. C’est dire toute l’importance, dans cette dialectique des volontés, des mots et des déclarations qui accompagnent l’élaboration d’une telle arme. C’est là que, contrairement à l’Argentine, le discours et les intentions iraniennes posent un sérieux problème à la communauté internationale. Le vocabulaire de Téhéran sur la « destruction souhaitable » d’Israël, sur la question palestinienne ou sur celle de Jérusalem, laisse à penser que l’Iran pourrait être tenté d’utiliser l’arme atomique dans une « simple » négociation régionale et non pour une ultime survie : ses revenus pétroliers élevés éloignent d’ailleurs toute menace pesant sur son existence même. Les dirigeants iraniens se souviennent sans doute du précédent de 1956 où la Russie soviétique avait exigé, sous la menace nucléaire, l’arrêt immédiat de l’expédition militaire franco-britannique du Canal de Suez. Le Hamas et le Hezbollah seront-ils demain "sanctuarisés" - intouchables donc - puisque reliés aux prétentions nucléaires iraniennes ?
Reste un mince espoir : les spécialistes de l’atome considèrent que sa détention possède une « vertu » supplémentaire : elle rationaliserait l’esprit du décideur. Les risques d’anéantissement réciproque modéreraient le dirigeant responsable de son éventuelle mise en œuvre. En dépit de l’inquiétant culte du martyr dans le Chiisme, gageons que les Mollahs iraniens se rappelleront des sages propos de l’Imam Ali, son fondateur : « Vis comme si tu devais mourir demain, mais organise-toi comme si tu devais vivre mille ans ».
Bonjour M. Vannier,
Là je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous.
D’abord, en 1956 ce n’est pas l’URSS qui avait fait reculer la France et l’Angleterre mais, d’après mes souvenirs, c’était la ferme injonction des Etats-Unis !
Même si je ne fais absolument pas confiance au régime iranien et même si je l’estime dangereux, je suis obligé de constater que le Pakistan, aussi belliqueux si ce n’est plus, n’a pas eu recours à l’arme nucléaire dans son conflit avec l’Inde.
Le seul exemple de cette utilisation réelle reste bien celui de la grande démocratie que sont les Etats-Unis.
Il me semble que l’Iran doté de l’arme nucléaire ne changera pas fondamentalement l’équilibre de la région. A condition bien sûr que le parapluie américain reste déployé sur Israël et sur nos intérêts économiques dans la région.
Les Iraniens ne sont pas fous et ils savent que s’ils touchent à Israël, ou à d’autres points névralgiques, les EU le leur fera payer très-très cher. L’Irak, qui s’était distingué en indemnisant les familles des kamikazes palestiniens, servait avant tout à cette démonstration préventive et permettait de tester en grandeur nature une intervention de grande envergure.
Mais considérons aussi un point positif de cette affaire : si l’Iran continue dans cette recherche nucléaire, il y aura certainement des commandes de cette technologie qui vont affluer du Moyen-Orient ! Soyons cyniques et écoutons déjà les tiroirs-caisses pétrodollaresques.
Avec tous mes respects
Cette semaine il aurait aussi pu choisir la rentrée scolaire ... enfin... à croire que l’épicentre ce qui préoccupe les gens se trouve ailleurs.
bon article mais bof ce qui m’intéresse c’est ma ville et ma région.
Bonjour,
Je prends en compte votre remarque. Je la comprends également. Nous souhaitions à Nice-Première avoir un article pour ouvrir vers le monde et ses événements. On voulait aussi permettre à nos lecteurs d’échanger leurs idées sur des sujets "éloignés" et qui ne concerne absolument pas Nice et sa région. Il ne s’agit que de quelques lignes par semaine et représente une partie infinitésimale comparée des articles de Nice Première. Nice Première vous devait des explications sur cette nouvelle rubrique hebdomadaire rédigée par Jean Luc Vannier, Psychanalyste mais aussi expert en Relations Internationales et Géopolitique.
La rentrée n’a pas été oubliée. Ne vous en inquiétez pas.
Vincent Trinquat
Rédacteur en chef
www.nice-premiere.com
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