En ces temps où le pouvoir politique cherche, d’une manière ou d’une autre, à instaurer un dialogue institutionnel avec l’islam (http://www.nice-premium.com/article/-l-edito-du-psy-crif-musulman-experience-pilote-d-une-federation-laique-musulmane-en-paca-.4548.html), on ne peut que recommander la lecture de « L’islam sans soumission », le dernier livre du philosophe Abdennour Bidar.
On connaît mieux l’histoire et le parcours de cet écrivain depuis la parution de son ouvrage « Self Islam », véritable confession augustinienne d’un musulman des temps modernes qui prône un islam des Lumières, ouvert et tolérant (http://www.nice-premium.com/article/islam-et-antisemitisme-l-ombre-de-teheran-et-la-lumiere-du-livre.1463.html). Après la « conversion de la volonté », celle de « l’intelligence » se plaisait à répéter ce père de l’Eglise. Dans son cheminement intérieur, l’auteur développe une réflexion toujours aussi passionnante destinée cette fois-ci à « libérer » le croyant de cette « soumission », de cette « servitude » d’un islam dont le message actuel ne correspond pas, selon lui, à celui souhaité par le Prophète. « Distance critique » et « réappropriation personnelle » des textes, des « hadiths » -les citations attribuées à Mahomet- et des interprétations sont convoquées afin d’extirper le fidèle d’une atrophie religieuse, contraire selon l’auteur, aux propositions de « retrouvailles avec lui-même » contenues dans le Coran. Avec une idée fondamentale déclinée tout au long de l’ouvrage : l’homme est l’héritier de Dieu. On croirait lire l’inoubliable essai de Joseph Moingt qui fit à l’époque grincer bien des dents au Vatican et dans lequel ce père jésuite développe brillamment une « christologie » amplement dépouillée des scories du dogme et des « perspectives sacrificielles » (« L’homme qui venait de Dieu », Coll. « Cogitatio Fidei », Editions du Cerf, 1995).
Les radicaux et détracteurs habituels des idées novatrices d’Abdennour Bidar lui sauront gré de sa prudence épistémologique : il procède pas à pas en vue de déconstruire et de dénouer les verrouillages du « dogme musulman ». Ce faisant, il emprunte, tout comme le père Moingt, les outils du prêtre et psychanalyste Antoine Vergotte, une indiscutable référence en matière de dérives obsessionnelles du rituel qui s’exercent aux dépens de la conscience intérieure et du « vivre sa foi » (Antoine Vergotte, « Dette et désir , Deux axes chrétiens et la dérive pathologique », Editions du Seuil, 1978). Deux emprunts qui, loin de nuire à la démonstration, viennent considérablement en enrichir la portée.
« Houloûl » et « Khalîfat » : deux mots sur lesquels l’auteur étaye sa réflexion : honni des fanatiques, le premier concept traduit l’idée d’une « infusion de Dieu en l’homme », réduisant l’écart entre le cherchant et l’Inconnaissable. S’il ne s’agit pas de s’aventurer sur les terres de l’incarnation chrétienne -le Verbe fait chair-, l’auteur n’en reconnaît pas moins, nourrissant sa pensée de celle d’Henry Corbin, l’idée d’une transcendance divine de l’être, d’un caractère « indissociable » entre les deux pour un islam qui, selon son « propre calendrier », n’en est qu’au XVe siècle de son existence. Plus substantielle, l’étude qui porte sur les interprétations possibles de « Khalîfat » -du « lieutenant » au « vicaire » en passant par la « députation » ou le « ministre »- laisse à penser la possibilité d’un successeur à Dieu, de quelqu’un « qui vient après » : l’être humain surgit dans une place laissée volontairement vacante par Dieu lui-même. Le « Tsimtsoum » judaïque -Dieu laisse la place à un être fini autre que Lui- ou le « libre-arbitre » augustinien viennent immanquablement à l’esprit.
En dépit de la « complicité des traductions » et du « tabou de l’exégèse » répandus par un islam rigoriste largement vilipendé par l’auteur, l’homme est, selon lui, laissé libre d’investir le monde au nom et à la place de Dieu : vérité bien angoissante, reconnaît Abdennour Bidar, pour l’être qui, jusque là guidé par une obéissance aveugle, ne dépendrait plus soudainement d’une volonté supérieure. Initiatique, le « Self islam » marquait le lancement d’un processus d’autonomisation, les balbutiements émancipateurs d’une réflexion personnelle. Fidèle à son authenticité et à sa persévérance en vue de promouvoir une « anthropologie dynamique du Coran », « L’islam sans soumission » consacre un achèvement. Celui, reconnaît bien humblement Abdennour Bidar, d’une première étape.
Abdennour Bidar, « L’islam sans soumission, Pour un existentialisme musulman », Albin Michel, 2008.
Bonjour Jean-Luc,
Avant même que ce livre ne paraisse, j’avais demandé une interview à M. Bidar que j’admire pour son courage médiatique : il a su dire que l’islam est incompatible avec les droits de l’Homme. Voilà qui résume le défaut congénital de l’islam=Coran+Mahomet.
Mais comme je ne pose que des questions qui fâchent, j’attend toujours une réponse de M. Bidar que j’ai pu rencontrer lors d’une présentation de son livre à l’Institut du Monde Arabe.
J’ai fini par publier une critique de ce dernier livre qui montre que M. Bidar est un musulman, finalement très classique : il sait qu’il suffit de prier la tête haute, les yeux tournés vers le Ciel pour en finir avec la soumission. Il sait aussi qu’il suffit de barrer les trois lettres de son prénon (abd = esclave, serviteur) pour que an-nour (la lumière) apparaisse dans toute sa splendeur. Au lieu de cela il nous amuse avec l’idée que l’existentialisme peut être fondé à partir du Coran ?!!! Il y en a aussi qui y cherchent et y trouve la théorie du big-bang. C’est totalement irresponsable et hypocrite.
Il me semble qu’il s’agit là d’une tentative de plus d’échapper à l’heure de vérité qui nous attend, nous autres musulmans libres, de France et d’Europe. Les élucubrations mystico-philosophiques qui tentent de sauver le Coran au lieu d’expliquer que c’est bien Allah qui ordonne aux êtres de se prosterner et qu’en aucun cas nous pouvons accepter d’être les héritiers d’un tel personnage. Il nous faut d’abord façonner une image de Dieu, meilleure que celle du Coran. Un Libérateur qui ordonne aux êtres de relever la tête et de ne plus avoir peur.
La bonne foi, c’est aussi simple que cela. Le Coran, ce n’est ni la Bible ni les Evangiles et raisonner par analogie comme vous le faites ici est un égarement.
Avec tous mes respects Mohamed Pascal Hilout
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