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L'Union Européenne en quatre questions

Où va l’Europe ? Que devient-elle un an après le référendum du 29 mai ? Jean-Christophe Picard, Fabien Lachenmaier et Robert Injey ont accepté de répondre aux "questions européennes" de Nice-Première.
15
juin
2006
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Fabrice LACHENMAIER, Directeur de l’association Idées Nouvelles Europe et Président du Mouvement européen des Alpes-Maritimes répond aux questions de Nice-Première sur la suite à donner au référendum du 29 mai 2005. Il livre ses espérances pour valoriser à nouveau le débat sur la construction européenne.

Nice-Première : Le 29 mai 2005, les Français ont dit non au TCE, que disiez-vous il y a un an et que dites vous aujourd’hui avec un an de recul ?

Fabrice LACHENMAIER : Je préconisais de dire Oui à un texte fondateur d’une nouvelle façon de travailler en Europe. Ce texte a pour objectif de recentrer le projet européen autour du citoyen en accordant par exemple à la Charte des droits fondamentaux un caractère législatif ou en reconnaissant le rôle co-décisionnel du Parlement européen. Bien sûr, « constitutionnaliser » la partie 3 sur les politiques était discutable. Une constitution doit être un outil de travail pour les représentants élus qui décident ensuite, avec leur légitimité populaire, de mettre en place les politiques qui correspondent à la sensibilité majoritaire. La Constitution n’est ni de droite, ni de gauche... Je suis partisan d’un nouveau texte centré sur les avancées indiscutables et issues d’une convention. Il pourrait être voté le même jour par tous les Européens. Concernant les Traités existants qui forment la fameuse partie trois, ils restent en l’état et le Non à la Constitution ne permet pas de les remettre en cause. Le Mouvement européen des Alpes-Maritimes que je préside lance un appel pour un nouveau Traité afin que l’Europe puisse poursuivre son développement avec la présence française et que l’on évite ainsi la situation de blocage institutionnelle vers laquelle on se dirige en poursuivant les élargissements successifs. Depuis un an, la vie du Traité a connu des rebondissements. Quinze pays l’ont ratifié par voie référendaire ou parlementaire. Le processus de ratification est toujours d’actualité et les Chefs d’Etat, avec raison, ne souhaitent pas abandonner le projet d’une Constitution pour l’Europe. Le référendum a été utilisé pour engager un débat de politique intérieure française et les enjeux européens n’ont pas été traités, à mon sens, de manière satisfaisante. Je suis content toutefois de constater, à travers les derniers sondages, que les Français restent extrêmement favorables à la construction européenne. Je continue à penser qu’il faut dire Oui à un traité constitutionnel. Oui à une constitution parce que quoi qu’on en dise l’Europe fonctionne bien. Depuis le premier traité signé à Rome en 1957, nous vivons une période de paix et de prospérité exceptionnelle au regard de plus de 2 000 de guerre et de troubles. Oui à une constitution parce que je suis plus rassuré de savoir que se sont 25 états membres qui veillent sur « ma démocratie » et nom plus un seul. Peut-on imaginez que 25 Etats dérivent tous ensemble et en même temps vers un totalitarisme ? Oui à une Constitution parce que l’Union fait la force et si nous voulons garder la maîtrise de nos choix dans l’avenir, nous ne pouvons le faire que tous ensemble. Que peut la France seule face aux nouveaux « mastodontes » géopolitique et économique qui se mettent en place : la Chine, l’Inde, la Russie.

Nice-Première : Le débat sur l’Europe fut très présent. Les politiques ont su intéresser les citoyens. Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, le sujet "Européen" soit tabou ?

Fabrice LACHENMAIER : Je ne crois pas que l’Europe soit un tabou pour la population en général. En revanche, dès le référendum passé, les politiques ont repris leur discours habituel « je ne peux rien faire, c’est la faute à l’Europe », les médias ont replongé dans les sujets consensuels sous prétexte que « l’Europe ne fait pas vendre ». Seuls les enseignants ont poursuivi un effort de pédagogie avec la journée de l’Europe du 9 mai. Si les hommes politiques ont surfé sur l’actualité européenne, c’était pour mesurer la température de l’électorat en vue d’enjeux nationaux à venir. C’est vrai, le débat sur l’Europe a toutefois été présent grâce notamment à des initiatives citoyennes : Idées Nouvelles Europe, dont je suis le directeur, a réalisé dans les Alpes-Maritimes, une vaste campagne de communication multisectorielle insistant autant sur l’information que sur la formation aux sujets européens. C’est parce que les citoyens ont réclamé un débat sur l’Europe que la classe politique a été obligée d’aborder cette question sous des angles nouveaux : l’Europe sociale, les délocalisations, la mondialisation, la démocratie participative, l’élargissement...

Nice-Première : Qu’est-ce que le "non" Français a changé ?

Fabrice LACHENMAIER : Je constate tout d’abord notre marginalisation au niveau des institutions : la présence française s’est amoindrie aux postes de responsabilité et cette tendance s’est accélérée cette année. Le Non français a également perturbé l’ensemble du calendrier européen de ratification et une large période de réflexion a été proposée. Nous vivons une petit crise institutionnelle, mais il ne faut pas faire de catastrophisme : le refus français ne gêne en rien les travaux de la Commission (qui a la légitimité accordée par les Etats) et du Parlement (qui a la légitimité populaire). L’Europe poursuit sa construction avec les traités en vigueur et selon les règles établies.

Nice-Première : Quel est votre plan B pour relancer le débat ?

Fabrice LACHENMAIER : Je n’ai pas de plan B, mais adhère pleinement au plan D de la Commission européenne pour « Débat, Démocratie, Dialogue ». Il s’agit d’alimenter la réflexion sur l’Europe que nous voulons construire. Cette grande consultation prend la forme de débats publics, de publications, de forums internet. Les institutions reconnaissent par ailleurs qu’il convient de renforcer la communication et la transparence sur leurs méthodes de travail et les politiques mises en oeuvre. En France, le rapport du député Herbillon (commandé par le Premier ministre au lendemain du 29 mai) intitulé « la fracture européenne » propose 40 pistes innovantes pour pérenniser le débat sur l’Europe : j’attends avec impatience qu’elles soient prises en considération. Je pense qu’il convient d’attendre que tous les pays se soient prononcés sur la ratification pour proposer un plan B qui puisse faire l’unanimité. Il s’agira probablement d’un nouveau texte de Constitution, plus court et synthétique. En revanche, j’aurais aimé que les tenants du Non puissent nous présenter leur plan B, c’est le moment ou jamais de nous dire quelle Europe ils souhaitent... Le débat doit se poursuivre en Europe. Il est inconcevable de ne demander aux citoyens leur avis que tous les dix ou quinze ans sur un projet structurel aussi important pour leur vie quotidienne. Il nous faut élaborer un règlement intérieur de la copropriété « Europe » pour envisager ensuite les politiques qui nous permettront solidairement de maintenir notre position dans la compétition mondiale. Pour alimenter ce débat, il faut une mobilisation citoyenne générale. J’invite au militantisme actif en rejoignant par exemple le Mouvement européen, une association pluraliste née au lendemain de la seconde guerre mondiale qui est à l’origine de la création des Institutions européennes, et à participer aux activités d’Idées Nouvelles Europe (www.ideesnouvelles.com), une association de proximité basée dans les Alpes-Maritimes qui développe des projets éducatifs et culturels notamment en milieu scolaire. Il faut aussi développer des initiatives qui permettent de poursuivre la discussion avec le grand public. Nous venons de lancer une pétition pour un Service Civil Européen pour les jeunes volontaires qui souhaitent vivre une expérience de solidarité en Europe dont les résultats peuvent être valorisés dans un CV. Cette pétition a déjà recueilli des centaines de signatures (www.mouvement-européeen.org). Je reste donc très optimiste sur l’évolution du débat en France.


Robert Injey, conseiller municipal communiste, parle à son tour du référendum et analyse par le contexte actuel la défiance au sujet de la construction européenne.

Nice-Première : Le 29 mai 2005, les Français ont dit non au TCE, que disiez-vous il y a un an et que dites vous aujourd’hui avec un an de recul ?

Robert Injey : Il y a un an la victoire du NON marquait le retour du Peuple dans le débat politique. Spolié depuis des décennies d’un véritable débat touchant à la construction européenne -et malgré un matraquage de la quasi-totalité des médias et de 80% de la classe politique- , une majorité de notre peuple, en particulier à gauche, a su se mobiliser pour dire NON à un projet de constitution qui voulait graver, dans le marbre, les politiques libérales pour « l’éternité ». Un an après, les tenants du OUI, qu’ils soient de gauche ou de droite, ne semblent pas avoir compris le message. C’est l’acharnement de la droite, pourtant sanctionnée en 2004 et 2005, à vouloir mettre en œuvre sa politique de régression sociale. C’est le refus de la direction du PS de rompre réellement avec la logique qui a mené la gauche à l’échec en 2002, mais aussi Schröder en Allemagne et Blair en GB. Cette victoire du NON marque non pas le rejet de l’Europe, mais celui d’une conception de l’Europe où l’Humain est sacrifié au profit des exigences des marchés financiers. Un rejet du libéralisme que nous retrouvons avec la formidable mobilisation et la victoire pour le retrait du CPE...

Nice-Première : Le débat sur l’Europe fut très présent. Les politiques ont su intéresser les citoyens. Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, le sujet "Européen" soit tabou ?

Robert Injey : Le sujet « Européen » est tabou car face aux questions posées (la construction d’une autre Europe que celle des marchés financiers...), une partie de la classe politique préfère esquiver les questions sociales et jouer de la surenchère sur les thématiques telle que l’insécurité ou l’immigration. Incapable de répondre à l’attente sociale l’UMP joue sur les peurs et les divisions et il est inquiétant que des personnalités de gauche rentrent dans cette logique.

Nice-Première : Qu’est-ce que le "non" Français a changé ?

Robert Injey : Pour la première fois depuis plus de vingt ans il y a eu une majorité à gauche pour refuser de s’inscrire dans la logique des politiques que nous subissons. Les dogmes libéraux, que la gauche au pouvoir n’a jamais voulu remettre en cause, ont été rejetés. Et dans les débats qui ont animé la campagne référendaire (plus de 150 réunions publiques pour les Alpes-Maritimes), des femmes et des hommes se sont retrouvés non seulement pour rejeter le projet constitutionnel mais aussi pour travailler à une autre alternative politique. Travail qui a été concrétisé par l’adoption d’une charte anti-libérale à la mi-mai.

Nice-Première : Quel est votre plan B pour relancer le débat ?

Robert Injey : Pour relancer le débat, il faut aborder la question de quelle alternative à gauche pour rompre avec le libéralisme. Aujourd’hui le programme de l’UMP et du PS, au-delà des nombreuses différences, s’intègrent l’un et l’autre totalement dans la construction libérale de l’Europe. Comme si rien ne s’était passé le 29 mai 2005. Pour les communistes il ne s’agit pas de trouver un plan B pour sauver quelque chose qui a été rejeté. L’ambition est tout autre, nous voulons prolonger la dynamique du NON de gauche pour créer les conditions en 2007 d’une véritable alternative aux politiques libérales. Cela passe par : l’élaboration d’un contenu et la charte antilibérale est une première base, une démarche pour rassembler toute la gauche et enfin des candidatures communes à l’élection présidentielle et aux législatives pour incarner ce rassemblement anti-libéral. Concernant l’élection présidentielle pour incarner ce rassemblement les communistes mettent en débat la proposition de la candidature de Marie George Buffet.


Jean-Christophe Picard, porte-parole départemental du Parti Radical de Gauche, répond aux quatre mêmes questions.

Nice-Première : Le 29 mai 2005, les Français ont dit non au TCE, que disiez-vous il y a un an et que dites vous aujourd’hui avec un an de recul ?

Jean-Christophe Picard : Bâtisseurs de l’Europe avec Maurice Faure - qui signa, en 1957, le Traité de Rome - les radicaux de gauche ont naturellement fait activement campagne pour le Oui... Nous avons pris acte avec une profonde tristesse du résultat. Avec le recul, nous sommes fiers de ne pas avoir cédé à la facilité et d’avoir tenté de donner à ce débat la hauteur qu’il méritait.

Nice-Première : Le débat sur l’europe fut très présent. Les politiques ont su intéresser les citoyens. Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, le sujet "Européen" soit tabou ?

Jean-Christophe Picard : A l’approche des élections présidentielle et législatives, et dans la perspective de gouverner ensemble, les partis politiques cherchent plutôt à se rapprocher qu’à se diviser ; ils évitent donc les sujets qui fâchent... Je ne trouve pas cela anormal car ce n’est pas parce que nous ne sommes pas d’accord sur la question européenne que nous sommes en désaccord sur tout.

Nice-Première : Qu’est-ce que le « non » Français a changé ?

Jean-Christophe Picard : L’image de la France comme « moteur de l’Europe » a été pour le moins écornée... Et puis, notre crédibilité en a pris un coup : il est difficile d’expliquer aux autres pays que les français ont refusé un texte rédigé par une commission présidée par... un français !

Sinon, il est à craindre que la construction européenne continue sans nous...

Nice-Première : Quel est votre plan B pour relancer le débat ?

Jean-Christophe Picard : Je crois qu’il faut, aujourd’hui, se battre pour créer, à terme, une assemblée constituante européenne, composée de députés élus spécialement pour rédiger un vrai projet de constitution ; celui-ci devra, ensuite, être soumis, le même jour et dans tous les pays membres, à l’ensemble des citoyens européens. Je suis très heureux - voire un peu fier - que cette idée que j’ai défendue en interne ait été reprise par mon parti et figure désormais dans notre programme.

En outre, pour faire avancer l’idéal européen, je pense qu’il est nécessaire de créer les outils adéquats, c’est-à-dire des grands partis européens capables de peser sur les opinons publiques des vingt-cinq pays membres. C’est un travail de longue haleine...

N’hésitez pas vous aussi à émettre un avis sur l’Union Européenne et d’imaginer l’Europe dont vous rêvez.
par Vincent Trinquat

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  • C’est un NON contre une société qui va droit dans le mur
    22 juin 2006, par Gus

    Le NON à la constitution, les évènements des banlieues et la lutte contre le CPE sont le début de la prise de conscience du peuple que la société qui nous est proposée n’est pas bonne pour l’homme. Le peuple se réveille et le NON n’est que la partie de l’iceberg que l’on voit. Demain, l’argent ne sera plus roi car nous avons compris que la nature humaine vaut mieux que cela. Et les politiques seront obliger de suivre les citoyens, c’est tout à fait la démarche de Marie Georges BUFFET avec l’idée des collectifs. Mais nous lui demandons d’aller encore plus loin dans les propositions, de vraiment proposer la société humaine de demain, sans la bourse et ses jeux de destruction, avec une préservation des biens nationaux comme les autoroutes, la SNCF, la poste... Avec des écoles qui forment à devenir des hommes et non pas des produits de pub... Mais j’imagine que le BOB ne sera pas convaincu, c’est pas grave, il restera sur le bas coté de la route à regarder le modernisme social avancer.

  • L’Union Européenne en quatre questions
    17 juin 2006, par Bob

    vous en avez pas marre d’interroger toujours des gros gauchots ?? et toujours les mêmes en plus...

    • L’Union Européenne en quatre questions
      17 juin 2006, par Franck

      Pourquoi juger les hommes sur leur appartenance politique ?

      Je croise régulièrement autant d’imbéciles de droite que d’idiots de gauche...pas vous Bob ?

      Et si on regardait l’homme avant ?

      Excellent week-end

      Franck

      • L’Union Européenne en quatre questions
        18 juin 2006, par Bob

        Ce sont ses idées qui font un homme.

        Vaste programme, réflechissez-bien à cela ;)

  • L’Union Européenne en quatre questions
    16 juin 2006, par Raoul CAYOL

    Les tenants du oui, moins nombreux qu’en 2005, n’ont toujours pas compris que le peuple français a répondu " NON" à un projet d’Europe fédérale (article 6) dont ils ne veulent pas, à un mondialisme qui profite des distorsions économiques de change monétaire, de distorsions des législations sociales ( mondiales ) qui créent le chômage ( accepté sinon voulu ) dans une Europe qui a abandonné la préférence communautaire de 1957 au nom d’une idéologie de libre échange entre zones économiques incompatibles pour les raisons ci-dessus. Toutes les raisons du " NON" qu’il soit de droite ou de gauche se rattachent à ces questions essentielles qui poussent aux délocalisations qui ruinent le moral de la nation sans apporter beaucoup de bonheur aux habitants des pays émergeants qui travaillent pour les intermédiaires et les banques mondiales, seuls intéressés par la stratégie économique actuelle. Nous voulons une Europe qui nous garantisse notre souveraineté, qui créerait les conditions raisonnables de protection pour s’opposer à l’incitation à délocaliser les entreprises et qui créerait l’emploi comme de 1957 à 1974. Nous voulons aussi une Europe européenne dont les frontières coïncideraient avec celles de notre civilisation culturelle latino chrétienne et vive en bonne entente avec toutes les nations. Nous voulons une Europe qui aide les pays pauvres autrement qu’en créant du chômage chez nous.

    Cordialement


    • L’Union Européenne en quatre questions
      16 juin 2006

      Cette constitution ne correspond pas à toutes nos attentes, mais j’ai dis oui à l’Europe. De toute manière, et pour de multiples raisons majeures, l’union européenne est inévitable car dans vingt ans et même dix, notre économie ne résistera pas aux rouleaux compresseurs que sont la Chine, l’Inde, l’Asie et plus généralement le tiers-monde qui s’industrialise. Les désagréments et la répugnance que nous pouvons ressentir aujourd’hui à nous plier à une nouvelle organisation économique et politique ne sont qu’enfantillages comparés aux drames que vont vivre nos enfants, si nous ne savons pas nous adapter aux réalités d’aujourd’hui.

      Cette constitution n’est que provisoire ; elle sera sûrement modifiée plus tard en fonction des besoins, comme le sont toutes les constitutions du monde, n’oublions pas que celle de la Ve République a été modifiée dix-huit fois... Je comprends tout à fait ceux qui, craignant l’avenir, y sont défavorables ou hésitent, car je me suis moi-même beaucoup interrogé à ce sujet avant de prendre position. Il faut avoir à l’esprit cependant que c’est simplement une première étape, un cadre général indispensable, et si nous le refusons aujourd’hui, il faudra fatalement y revenir demain, dans l’urgence, quand nous serons face au mur ; nos alliés qui ont fait des concessions, en ce qui concerne notamment le nombre de commissaires et le nombre de voix (13,2 % pour les Français, au lieu de 9 % précédemment), seront moins accommodants alors. La sagesse veut que nous construisions l’Europe sans perdre de temps, tout en demeurant bien sûr vigilants et critiques. Mais ne soyons ni négatifs ni inconséquents.

      L’engagement plus en avant dans l’Europe est inévitable, d’autant que nous sommes tenus par des traités internationaux et que la situation économique mondiale l’exige. Surtout, ne faisons pas semblant d’être les maîtres du monde comme nous l’a stupidement enseigné à grand coups de tambours et de clairons la république jacobine ; nous ne sommes plus maîtres de rien et la France, avec mille milliards de dettes, est en complète déconfiture. Nous pouvons certes désirer plus ou moins de libéralisme économique, ou ceci ou cela, mais il ne faut pas se faire d’illusions, ce sont les pays montants comme la Chine qui fixeront la barre, car nous serons contraints d’agir en fonction de leur puissance économique, pas de nos désirs, si légitimes soient-ils. En refusant cette constitution, nous nous somme pénalisé nous-mêmes, car c’est une perte de temps et un retour aux traités précédents qui nous étaient moins favorables. Nous sommes dans la situation d’un passager qui dans un avion, entouré de tout le confort, ne voit pas le vide qui est en dessous et au-dessus de lui. Les fonds de pension américains détiennent la majorité du capital de beaucoup d’entreprises françaises. Quand malheureusement vous aurez affaire, par exemple, à des entreprises de pompes funèbres connues, vous ne saurez pas qu’elles sont contrôlées par ces fonds américains ; quand vous vous rendez au guichet de votre banque, vous ne savez pas qu’elle est souvent contrôlée par des fonds étrangers. On pourrait citer des pages entières d’entreprises qui ne sont plus sous contrôle français. Ces concentrations qui heurtent nos habitudes sont rendues nécessaires par la situation financière internationale et l’extrême faiblesse économique de la France. Ne réagissons donc pas comme si nous étions cinquante ans en arrière, même si intellectuellement, c’est plus confortable ; les politiciens vous ont caché l’état réel de la France pour échapper à votre juste colère, mais il n’est plus temps de se plaindre mais de parer au plus pressé. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui expliquent le désir que Nice soit souveraine ; elle aura ainsi le pouvoir de gérer elle-même son destin dans cette tourmente qui risque de tout emporter, notre identité en premier.

      A ceux qui parlent bien naïvement "d’acquis sociaux" je me vois contraint de rappeler amicalement, même si c’est désagréable à entendre, que rien n’est jamais acquis en ce bas monde, à commencer par la vie elle-même. Rien n’est acquis dans une société qui traîne mille milliards de dettes et qui par démagogie a engendré des problèmes devenus insolubles, dans une société moralement agonisante et dont l’économie à bout de souffle ne survit qu’en pratiquant des délocalisations massives d’emplois à l’étranger. Les seules choses irréversiblement acquises sont malheureusement un gigantesque déficit, une immigration incontrôlée, un appauvrissement général, une insécurité qui ira croissant et un déclin inévitable. Ce ne sont ni des manifestations, ni des lois, ni la colère, ni les bonnes paroles et encore moins des mensonges qui nous conserveront ce qui n’existe plus et effaceront les conséquences d’un demi-siècle de démagogie et d’incompétence. Au lieu de gémir sur ce qui est perdu et irrécupérable, construisons autre chose. Nous Niçois, pour des raisons historiques spécifiques, le pourrions dans le contexte d’une souveraineté retrouvée que seule l’Europe peut nous reconnaître.

      D’un point de vue niçois l’Europe est souhaitable, car tous les pays d’Europe accordent une quasi indépendance à leurs régions. Depuis que je sais que la France a martyrisé mes ancêtres et m’a menti sur mon histoire, je considère que ma patrie, c’est le Pays de Nice. La France a confisqué les droits de notre Pays par la force, la fraude et la corruption, et il faut lutter pour que les Niçois d’aujourd’hui en bénéficient ; si les Niçois sont solidaires pour les réclamer, l’Europe peut les lui rendre. Alors qu’il combattait les Prussiens et peu de temps avant les élections du 8 mai 1871, gagnées haut la main par les indépendantistes niçois, Garibaldi a dit : "Je ne combats pas uniquement pour la république française, mais pour une république européenne qui réserverait à Nice indépendante, un sort particulier". Le 2 mai 1871, il a précisé sa pensée : "...Union complète des nations libres basée sur un pacte social dont le premier article serait l’impossibilité de la guerre ; Nice deviendrait capitale de cette union européenne ... La position géographique de notre cité, son climat incomparable et les avantages de toutes sortes qu’elle présente me poussent à ce choix, plus qu’un orgueil de clocher". Paroles prophétiques du plus grand des Niçois, que nous devons sérieusement méditer, car Nice retrouvant sa souveraineté deviendrait effectivement l’une des capitales européennes de la culture et du tourisme.

      L’Europe, pour l’instant, n’est pas parfaite, car à l’origine ce n’était qu’une théorie, façonnée par des technocrates ; aujourd’hui la réalité et la vie coulent dans les tuyaux qu’ils ont mis en place. De ce fait, la technocratie de Bruxelles (qu’on ne s’est jamais privé de critiquer), doit impérativement être assouplie et humanisée, mais cette grande aventure, il est vrai, vient à peine de commencer et les peuples auront leur mot à dire. Même si je comprends les objections et les réticences au sujet de cette constitution dont l’utilité et le contenu ont insuffisamment été expliqués, ma raison cependant et cela presque malgré moi, me ramène sans cesse aux considérations majeures, c’est-à-dire à notre avenir. Il est souvent difficile de se montrer raisonnable, encore plus de discerner l’essentiel de l’accessoire ; il est désagréable d’accepter la nouveauté qui dérange et de maîtriser sa mauvaise humeur, mais au moment de trancher, il fallait choisir le moindre mal et dire oui à l’Europe. Comme je l’ai fait, il ne s’agit nullement d’un habituel "vote à la française" à l’occasion duquel on pense ingénument punir les politiciens responsables de la catastrophe économique, sociale et morale que nous subissons, en élisant leurs collègues qui en sont tout aussi responsables (car c’est ce qu’ont fait les français au référundum) Il s’agit de sortir à brève échéance du système jacobin français, responsable de tant de maux, et de construire une force qui pourra résister aux périls économiques qui déjà sapent notre société et bientôt la détruiront. De surcroît, seule l’Europe peut rendre à Nice tout ou partie de la souveraineté à laquelle elle a droit. En outre, soyons bien certains que si nous refusons de le faire aujourd’hui, il faudra bien le faire demain et sûrement dans de mauvaises conditions pour nous. Nice, la Savoie, l’Occitanie et toutes les minorités françaises asservies et étouffées jadis par la force, ont tout à gagner à ce que l’Europe se construise le plus rapidement possible. Restons vigilants sur le volet social de l’Europe et exigeons moins de technocratie, mais ne retardons pas le moment de notre liberté et ne prenons surtout pas inconsidérément le risque exorbitant de devenir à brève échéance les premières victimes de la formidable guerre économique mondiale qui se prépare. Des signes évidents montrent qu’elle a déjà commencé, et nous avons pu constater que les premières escarmouches ont déjà provoqué sans coup férir l’effondrement de pans entiers de notre économie. Ceux qui pensent enrayer le processus européen ou se protéger socialement en ayant voter non se trompent lourdement, l’Europe, dans le cas du rejet de cette constitution, sera régie par les dispositions prévues par les traités antérieurs. Or, ce sont ces traités qui ont organisé pratiquement ce que d’aucuns reprochent aujourd’hui à une constitution qui alors n’existait pas. Il faut éviter l’amalgame, la constitution proposée décline des principes, des garanties sur les libertés, des voies de recours en cas de leur violation et un cadre de fonctionnement dans divers domaines, ce n’est qu’un outil, une sorte de mode d’emploi, et une partie de la France à voter non à ça....

      P.S et je fais remarqué à ceux qui ont voté non par peur de l’entrée de la Turquie en Europe, que la constitution n’avait rien avoir avec....contrairement à ce que prétendais et prétend toujours Le Pen et De Villiers....qui ont utilisaient la peur des gens face à l’inconnu ou aux préjugés.....

      L’entrée de la Turquie n’est peut-être pas une mauvaise chose, ceux qui n’est veulent juste parce que se sont des turc et des musulmans : c’est un prétexte fallacieux cachant le racisme...ceux qui parlent par des droits des femmes, kurdes, etc...là encore je comprend...et je répond que la Turquie sera obligé de changer radicalement si elle veut rentré dans l’Europe : car l’Europe ne ce limite pas une « civilisation latino-culturelle » comme dit ce monsieur (ce qui ressemble presque au slogan des nazillon identitaires « une Europe blanche et chrétienne »)....

      Il y n’y a pas que des pays chrétiens en Europe, il y a des pays musulmans au cœur même de l’Europe et que ça ne gène apparemment personnes le fait qu’eux aussi veulent entrer dans l’union européenne....la Turquie est condamné à se transformé radicalement pour y entrer alors ne vous en faite pas, à moins que vous soyez profondément raciste

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