Un collectif citoyen dénonce la surenchère droitière de Christian Estrosi et d’Eric Ciotti

Quand la politique ne suffit plus, la société civile se doit de prendre le relais pour éviter que l'autisme et l'indifférence n'ouvrent la route à l'affirmation de principes et d'actes contraires aux valeurs fondamentales et non négociables.

Ces dérives, ce sont celles que le le "Collectif citoyen contre l’imposture et la diffusion des idées d’extrême droite"* dénonce dans un document présenté hier .

Une alerte sans suite ? Un combat inutile ? Une mise en avant qui se perdra dans le feu de l’actualité quotidienne ?

Mais, ne dit-on pas aussi que si on a une voix, il faut la faire entendre ?

Déclaration du collectif

Nous « Collectif citoyen contre l’imposture politique et la diffusion des idées d’extrême droite », dénonçons publiquement, ce jour, les propos d’élus issus de la droite dite républicaine faisant en réalité la promotion des thèses d’extrême droite.
Trop longtemps, les médias et commentateurs/trices de la vie publique ont qualifié de « dérapages » des propos entravant le vivre ensemble et cultivant le rejet de l’autre.

Trop longtemps, on a cherché à contourner la difficulté en parlant de « rapprochement », puis de « porosité », puis de « collusion » entre droite et extrême droite pour finalement parler de « droite extrême » et « d’extrême droite », comme si la simple inversion des termes pouvait encore masquer l’unité des idées.

Non, lutter contre l’extrême droite ne se résume plus aujourd’hui à dénoncer les propos du Front National mais également à lutter contre tout vecteur de diffusion de ses idées, y compris par des partis dits « républicains ».

Non, dénoncer les exactions de langage d’élus de la nation n’est pas « prendre parti » contre « un parti » mais assumer pleinement notre rôle de vigie citoyenne et défendre la cohésion sociale dans notre pays.

Depuis trop longtemps Christian Estrosi, député, Maire de Nice et Président de la Métropole Nice Côte d’Azur et Eric Ciotti, Député et Président du Conseil Départemental des Alpes-Maritimes, pour ne citer qu’eux, multiplient les propos haineux et réactionnaires à propos des migrant-e-s, de l’islam, de la République, de la laïcité, de l’école ou de « mai 68 ».

Ainsi, en déclarant que « l’islam est incompatible avec la démocratie » Christian Estrosi entretient volontairement l’amalgame entre islam et islamisme radical.
En affirmant que la « troisième guerre mondiale » serait déclarée entre « notre civilisation judéo-chrétienne » et « l’islamo-fascisme » et ses « cinquièmes colonnes » le député Maire de Nice incite à la défiance généralisée de tous contre tous pour débusquer les « ennemis de l’intérieur » et cultive ainsi un climat de suspicion et de délation.

En osant déclarer, au sujet de la mort de deux jeunes, Zyed et Bouna, que : « les familles n’ont qu’à éduquer leurs enfants et faire en sorte qu’ils ne soient pas des délinquants », ne respectant même plus la douleur des familles, Christian Estrosi est encore monté d’un cran dans l’ignominie la plus brutale.

La publication de son livre « Autorité ! », a permis à Eric Ciotti, quant à lui, de se livrer à un véritable déchaînement réactionnaire dans lequel il brasse l’essentiel des sujets qui lui tiennent à cœur : stigmatisation des migrant-e-s et des pauvres, retour au « droit du sang » cher aux partis nationalistes, « préférence nationale » déguisée sous le nom de « modèle social différencié », instrumentalisation xénophobe de la laïcité contre les musulman-e-s, et la liste est malheureusement encore bien longue…
Christian Estrosi et Eric Ciotti se placent ici dans la continuité de leur logique consistant depuis plusieurs années à manier le buzz médiatique dans un opportunisme électoraliste évident et une véritable surenchère populiste avec le Front National.

Remettre en cause le droit du sol, c’est installer durablement les étrangers et leurs enfants dans la précarité, freiner l’intégration et favoriser au final le communautarisme identitaire.

Stigmatiser de manière systématique « l’Autre », c’est entretenir et encourager la xénophobie et les haines qui divisent la société française, c’est favoriser la diffusion des idées d’extrême droite qui se traduit par une présence politique de plus en plus forte du Front National.

Non, Messieurs Estrosi et Ciotti, vos propos qui font de l’Islam, de l’étranger, du pauvre, soi-disant nécessairement assisté, profiteur et fraudeur, les seuls responsables de la ruine ou décadence supposée de la France, et de la crise économique bien réelle, ne font pas de vous des opposants aux Front national mais des alliés de faits de l’extrême droite en France et des promoteurs de ses idées.

Le « Collectif citoyen contre l’imposture politique et la diffusion des idées d’extrême droite » rappelle les principes de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme notamment dans son premier article : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

Ce n’est pas en diffusant les idées du Front National qu’on le combat mais au contraire en s’appuyant sur la mobilisation citoyenne pour l’égalité des droits et la fraternité.

* Pour mémoire, les membres du collectif le sont à titre individuel : Bruno Della Sudda (Front de Gauche), Richard Desserme (France Palestine Solidarité), Christian Masson (MRAP), David Nakache (PS), Elisabeth Noterman (Front de Gauche), Henri Rossi (Ligue des Droits de l’Homme), Jean-Baptiste Sarocchi (Front de Gauche)

Au début de l’année 2014, suite à un travail de vigilance citoyenne initié dans les Alpes-Maritimes, des citoyen-ne-s engagé-e-s décidaient de créer un « Collectif citoyen contre l’imposture politique et la diffusion des idées d’extrême droite ».

Une double inquiétude explique cette initiative : lutter contre les impostures politiques qui voient aussi bien l’extrême droite reprendre des thèmes issus de l’histoire de la gauche – ainsi de la laïcité aujourd’hui dévoyée par le FN dans un sens xénophobe - qu’une certaine « gauche nationaliste » reprendre des thèmes jusque là réservés à l’extrême droite – la défense de la « nation » et le repli sur soi comme solution à la crise - ; lutter contre la diffusion des idées d’extrême droite dans une période où celles-ci représentent un réel danger politique et social.

A un moment où la confusion se répandait en France, un travail de fond s’imposait et un programme de veille citoyenne et d’éducation populaire était lancé par le collectif au travers de conférences et de débats.

A ce jour trois manifestations ont remporté une très large audience :

• 31 mai 2014 : « Passerelles et confusion : hier et aujourd’hui, quelles passerelles entre l’extrême droite et la « gauche nationaliste » ? En quoi la confusion est-elle nécessaire à l’extrême droite aujourd’hui comme durant les années 20 et 30 ? », invités : - Shlomo Sand, professeur d’histoire à l’Université de Tel Aviv, - Yvan Gastaud, enseignant d’histoire à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, - Jean-Paul Gautier, enseignant d’histoire.

• 13 novembre 2014 : « Le Front National a-t-il changé ? », invitée : - Valérie Igounet, chercheuse à l’Institut national du temps présent (CNRS) et auteure de Le Front national de 1972 à nos jours . Le parti, les hommes, les idées.

• 20 février 2015 : « Contre Zemmour », invité : - Patrick Farbiaz, attaché parlementaire de Noël Mamère et co-auteur avec ce dernier de Contre Zemmour.
Et en projet pour novembre 2015 : une conférence-débat sur le thème « Laïcité et Libertés ».

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