L’exposition "Toulouse-Lautrec & Ibels : scènes de cabaret " à Tourrette-Levens

Cet été, jusqu'au 23 septembre, le village de Tourette Levens, véritable musée à ciel ouvert, propose le second volet de l'exposition des oeuvres de TOULOUSE LAUTREC : Scènes de Cabaret, avec des lithographies originales de Toulouse-Lautrec et également de Henri Gabriel IBELS, surnommé le « Nabi journaliste », série que les deux artistes, témoins et acteurs d'une bohème montmartroise, éditèrent ensemble en 1893 et qui n'avait encore jamais été exposée dans la région. Cette série, complétée de nombreuses couvertures de journaux et programmes provient de la collection privée du collectionneur albigeois Jean-Pierre Gimbergues. D'autres pièces originales de cette époque appartenant à la collection d'Alain Frère viennent enrichir cette exposition.

Second chapitre d’une série dédiée à l’œuvre de Toulouse-Lautrec sur le thème du spectacle, l’exposition de l’été 2018 à Tourrette-Levens se consacre aux scènes de cabaret après avoir exploré l’univers du cirque en 2017. Issue d’un portefeuille de 22 lithographies originales de Toulouse-Lautrec et Ibels éditée en 1893, cette série complétée par de nombreuses couvertures de journaux et programmes.

Issu de l’aristocratie, le jeune Henri n’était pas destiné à fréquenter la bohème Montmartoise de la belle époque, pourtant il en sera un réel acteur et son nom restera lié à la gloire du Moulin Rouge. Doté d’une acuité particulière à observer et à saisir l’instant, il dressa un véritable panorama de ce monde du plaisir et du spectacle lui donnant même un air d’éternité.

À travers ces lithographies, on revit le temps d’une minute, l’ambiance des fameux « cafés-concert » comme le mythique « Chat noir » ou encore le « Mirliton », on danse et on chante avec Aristide Bruant, Valentin le désossé ou avec la célèbre Goulue et May Belfort... On découvre l’arrière-scène, l’envers du décor, on assiste à la comédie humaine dans toute sa diversité.

Souvent considéré à tort comme un simple caricaturiste de ce monde nocturne, c’est une vision pourtant très réaliste consacrée à retranscrire l’instant qui passe que le peintre nous livre .

Henri Toulouse-Lautrec (1864 - 1901)

Malgré une vie courte et marquée par la maladie, l’œuvre du peintre est très vaste : le catalogue raisonné de ses œuvres, publié en 1971, énumère 737 peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies (y compris les a ches) et environ 5 000 dessins. Beaucoup de ses compositions montrent des prostituées, car il les considérait comme des modèles idéaux pour le naturel avec laquelle elles savaient se mouvoir, qu’elles fussent nues ou à moi é habillées. Il peignait leur vie avec curiosité, sur le vif, mais sans moralisme ni sentimentalisme. D’abord influencé par le post-impressionnisme et par Degas, il développe sa propre esthétique et produit ainsi des œuvres très modernes, spontanées, sur fond de carton, ou seul l’essentiel du sujet est représenté. Le dessin se construit sur le trait et sur le vide, du bout du pinceau. La photographie est aussi un élément important dans ces compositions : personnages de dos, hors cadre, sens du mouvement, impression d’instantané y font clairement référence. Il ne la pratique pas lui-même, mais compte parmi ses amis et compagnons d’amusement le photographe professionnel Paul Sescau et les photographes amateurs Maurice Guibert et François Gauzi.

Auteur de nombreuses illustrations et de caricatures, il dépoussière également l’art de l’affiche. Génie de la stylisation, influencé par l’estampe japonaise, c’est lui qui ouvre la voie à l’Art nouveau et à la réclame. Pour la première fois, on peut identifier les vrais interprètes dès le premier coup d’oeil, ils deviennent des vedettes, presque des héros... Les aplats de couleur, l’écriture en gros caractères donnent quant à eux une lisibilité inédite à l’ensemble qui doit être vu de loin ; c’est la naissance de la publicité.

Henri Gabriel Ibels (1867- 1936)

Elève à l’Académie Julian, il y fait la connaissance de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Paul-Élie Ranson et Paul Sérusier qui constituent le groupe des Nabis autour du Talisman. Surnommé le « Nabi journaliste » pour son penchant vers la vie sociale, illustrateur politique, passant son temps dans les journaux, il est l’un des maîtres de l’affiche et du dessin. Il puise son inspiration dans la vie de la rue, des cafés-concerts, des rings de boxe et du cirque.

À partir de 1890, il collabore au journal Le Père Peinard, feuille prolétarienne de l’anarchiste Émile Pouget, à La Revue anarchiste dirigée par son frère André (1872-1932), au numéro de La Plume consacré à l’anarchie, au Mirliton, à L’Escarmouche, La Revue blanche, Le Cri de Paris, Le Courrier français, L’Écho de Paris, L’Assiette au beurre (parfois avec son frère), et enfin Le Sifflet qu’il crée pour défendre Dreyfus. Il réalise un grand nombre de programmes pour le Théâtre- Libre.

Selon Félix Fénéon en 1891, « circonscrit par de fortes lignes, le pinceau de M. H-G Ibels volute à la Van Gogh dans le sens de la forme. M. Ibels, dans ses dessins, dans ses eaux-fortes, exerce une verve neuve de satiriste ».

En 1893, il édite avec Toulouse-Lautrec un portefeuille de lithographies originales sur les scènes de cabaret.

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