L’exposition de William Klein "Bises de Nice, Moscou et Tokio"

Jusqu’ au 2 octobre , le Musée de la Photographie Charles Nègre présente une exposition consacrée à l’œuvre de William Klein.

Né en 1928 à New York, William Klein mène en France depuis 1947 une carrière de photographe, de peintre et de réalisateur de films.

Pour cette exposition, conçue spécifiquement pour l’espace du Musée de la Photographie Charles Nègre, trois thèmes ont été retenus :

Nice, et particulièrement le Carnaval et les batailles de fleurs, une série en couleurs, rarement montrée, réalisée en 1984 lors du centenaire de cette fête emblématique de notre cité ;

Moscou, un livre édité en 1964 (images prises entre 1959 et 1961) dresse un portrait de cette ville et de sa population. « J’avais l’intention de faire un livre sur Moscou, dit-il, et je pensais qu’en tant qu’Américain en pleine guerre froide, j’aurais des problèmes. J’avais tort, je n’ai jamais eu de problème. Les gens n’avaient pas l’habitude de voir quelqu’un avec un appareil photo se baladant parmi eux. » Et le résultat, ce sont ces images d’un monde révolu où la lumière s’insinue brièvement pour souligner les traits séduisants d’un visage entraperçu dans les couloirs d’une gare ou sous les frondaisons d’un parc ;

Tokyo 1961, dont les photos furent publiées en 1964. Des images qui sont le reflet de la rencontre de l’artiste avec le désordre urbain, ou la violence des avant-gardes artistiques. Entre tirages noir et blanc grands formats et contacts peints, cette série témoigne de la vision percutante du photographe et de son génie qui l’ont fait reconnaître comme l’une des figures les plus emblématiques de la scène artistique internationale.

Après des études de sociologie, il est envoyé en Allemagne dans les troupes d’occupation. A l’issue de ce séjour, il choisit de bénéficier d’une bourse d’aide « franco-américaine » pour étudier à la Sorbonne, mais il est plus attiré par la peinture et fera un court séjour dans l’atelier de Fernand Léger avant de se consacrer entièrement à une peinture abstraite géométrique. La photographie l’intéresse et il réalise alors des clichés abstraits.

En 1954, il rencontre Alex Libermann, directeur artistique de l’édition américaine de Vogue qui lui propose un contrat et des moyens financiers pour poursuivre son travail. Il devient l’un des photographes attitrés de Vogue. A l’occasion d’un séjour à New York, il réalise un « journal photographique » et en tire un livre, New-York, qui sortira au Seuil en 1956 grâce au soutien de Chris Marker. Son travail photographique novateur suscite des réactions violentes, il contraste violemment avec tout ce qui se fait. Noirs saturés, images décadrées ou bougées sont le propre d’une « action-photography » qui veut entrer dans la modernité, celle du New York Daily News qui tirait à trois millions d’exemplaires, séduisant et inspirant la peinture d’Andy Warhol et de Robert Rauschenberg.

L’année suivante, il obtient le prix Nadar et le livre, quasiment introuvable aujourd’hui, devient un objet de collection. En effet, avec New York, William Klein a initié une véritable rupture avec les images propres, parfaites, autonomes et immédiatement lisibles qu’étaient celles de Cartier Bresson ou de Doisneau. Pour William Klein, la photo doit bousculer, ne prétendre à aucune objectivité documentaire. Le photographe là, peut mettre en scène, interagir avec le sujet. Le regard de la caméra est dans ce sens percutant. William Klein a su imposer un style et un regard instinctif, la réalité est vécue avec subjectivité et montrée comme elle est : parfois dérangeante, parfois violente, toujours fascinante.

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