Au delà de l’horizon : La Promenade des Anglais

Pour bien saisir l’âme de cette voie unique sur la Riviera, il est nécessaire d’assister au spectacle féérique et quotidien du lever et coucher du soleil.

Selon les saisons, il embrase la mer, la ville ou les collines. Ce n’est qu’après avoir vécu cette expérience inoubliable que vous pourrez ressentir l’essence de ce lieu simplement magique, où planent les éthers de beauté et de poésie.

C’est entre novembre et mars, mois d’hiver qu’il est possible d’admirer au mieux la beauté des céans. Les arabesques des mouettes dansantes en criaillant au-dessus d’un pointu ou d’une tartane, la grève déserte avec les vagues léchant le rivage, polissant les galets, eux aussi un symbole de Nice.

En été, comme l’a si bien chanté Gilbert Bécaud, ce lieu perd son cachet et son raffinement avec la plage surpeuplée, annihilant toute poésie, malgré la beauté plastique de filles demi nue, se halant à un soleil brûlant. La promenade, on l’a chantée, vantée, louée et encensée.

Son histoire commence avec ce pasteur Anglais qui décide de tracer un chemin au bord de la mer entre le Paillon et Magnan. La Promenade va plusieurs fois changer d’aspect et aux villas vont succéder des immeubles et des hôtels de luxe. La clientèle ne se contente plus du casino municipal ou de la jetée promenade, il lui faut un établissement répondant à son attente. Un navire de croisière pour satisfaire son goût de la démesure. Le palais de la Méditerranée va très vite devenir l’édifice emblématique de la Promenade. Tout est prévu dans ce bâtiment : jouer, se restaurer ou se distraire avec des spectacles.

Sa réalisation est l’œuvre des architectes, sculpteurs et artistes tant verriers ou ébénistes, les plus connus. Ce palais des plaisirs et du raffinement était l’une des icônes de cette promenade des anglais, écrin de la beauté et du luxe. La Jetée Promenade et les palaces du Ruhl et du Negresco, perles et diamants de cette baie des Anges, échos du passé, achevaient de donner sa noblesse et sa grandeur à ce ruban d’asphalte qui s’étirait au long du rivage illuminé des feux du collier de la reine. La clientèle allait ainsi, au gré de ses caprices entre les palaces et les casinos, tous des navires de croisières échoués sur ce rivage béni des Dieux.

Le luxe avait encore un sens, une signification. Le soir le rideau tombait sur cette scène mondaine où des fois un feu d’artifice concluait le véglione du carnaval ou un autre évènement. C’est une époque hélas révolue.

Le Ruhl a été rasé pour faire place à une horreur de verre et d’acier. Le palais de la Méditerranée n’a plus que sa façade et de nombreuses villas ont été détruites pour faire place à des immeubles sans style et sans âme. Il ne subsiste de cette époque que le Negresco, seul hôtel répondant encore à la notion de luxe et de raffinement.

La Promenade est devenue une espèce d’autoroute, le projet du tram aurait eu pour avantage d’en chasser les voitures et de faire de cette ligne de tramway la plus belle du monde.

Peut-on rêver d’un avenir où la Promenade serait rendue aux promeneurs ? Pour remplacer les voitures, on pourrait recréer les fiacres avec chevaux et rendre ainsi à cet axe une partie de sa noblesse et sa grandeur. Le rêve et l’utopie sont les privilèges des âmes nobles, alors rêvons.

Thierry Jan

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