Box-office : Le redoutable de Michel Hazanavicius

Vendredi dernier nous avons assisté à la première niçoise du film Le redoutable, le dernier réalisé par Michel Hazanavicius (le cinéaste de The Artist et des OSS 117) en présence de l’auteur. Pour nous, c’était en fait... une deuxième car nous avions vu et apprécié le film à Cannes en mai dans le cadre du Festival où il était en compétition .

C’est que, comme je l’ai écrit à l’époque, nous avions une bonne raison d’avoir une tendresse toute particulière pour ce film coproduit par notre amie et ancienne étudiante Florence Gastaud (le clan Gastaud était d’ailleurs au complet hier soir autour du "patriarche" Jean Pierre).

Mais au-dela de l’amitié, il faut dire et redire que ce film, qui évoque les ruptures artistiques et sentimentales provoquées par Mai 68 dans la vie de Godard, est un très bon film. Une oeuvre sans concession mais pleine de tendresse pour celui qui, au faîte de sa gloire (A bout de souffle, Le mépris, Pierrot le fou), jette le bébé de son cinéma "Nouvelle vague" avec l’eau du bain de la culture "bourgeoise". Un Godard redoutablement attachant.

Lors de cette deuxième vision , dégagé du contexte un brin stressant du Festival, j’ai bien entendu accédé à d’autres niveaux de lecture du film. Ainsi, sur la forme, j’ai mieux identifié les séquences filmées à la manière de... Jean-Luc Godard (référence à la publicité, scènes de nu contemplatives façon BB dans Le mépris, ruptures de style, couleurs appuyées...). J’ai mieux perçu également ce message fort du réalisateur sur l’impact parfois tragique de Mai 68 sur certains militants même si Godard - l’homme plus que le réalisateur d’ailleurs - s’en remettra. Egalement, le film nous est apparu globalement plus drôle qu’en mai.

A un point tel que dans le débat qui suivit avec un Hazanavicius cool et disponible, je lui ai demandé s’il avait modifié le montage du film depuis Cannes. Que nenni m’a répondu le réalisateur qui avoua être depuis longtemps intéressé par cette question du spectateur influencé par le contexte et son état d’esprit du moment dans la réception d’une oeuvre.

Quoiqu’il en soit si vous aimez Godard allez voir ce fil. Si vous ne l’aimez pas allez voir ce film. Si vous ne le connaissez pas allez voir ce film. Pour deux raisons : la première étant que le réalisateur nous a promis hier soir en cas de succès du Redoutable de nous concocter un troisième OSS117. La deuxième est que, mine de rien, c’est une oeuvre importante non seulement sur un homme mais aussi sur une génération. Ça tombe bien : c’est (presque) la mienne !

Patrick Mottard

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