Les chroniques cannoises de Patrick Mottard : Le triomphe de Stéphane Brizé et Vincent Lindon

L’équipe de "En guerre", à l’issue de la projection Journée de Festival exceptionnelle avec les derniers films de Lars Von Trier, le sulfureux réalisateur danois, et de Spike Lee, l’icône black des années 80.

Mais aussi et surtout par l’émotion de Vincent Lindon et des acteurs non professionnels du film En guerre face à une salle conquise. C’est avec enthousiasme que nous avons participé à la longue, très longue standing ovation.

THE HOUSE THAT JACK BUILT, Lars Von Trier (Danemark), hors compétition

USA, années 70. Nous suivons le ténébreux tueur en série Jack (Matt Dillon) sur une période de 12 ans. En réalité, celui-ci se confie à un mystérieux interlocuteur auquel il tente d’expliquer cinq de ses meurtres particulièrement horribles comme des œuvres d’art.

Les films de tueurs en série sont sur le point de devenir des films de genre. Nous étions curieux de connaitre celui de Lars Von Trier, nous ne sommes pas déçus. Avec 61 meurtres, nous sommes à l’évidence dans le haut de gamme. Architecte raté, Jack explique que le meurtrier est un incompris, une sorte d’artiste maudit. En fait son mystérieux interlocuteur (le magnifique Bruno Ganz) n’est pas comme on a pu le croire un moment un psy mais celui qui entrainera le meurtrier dans les enfers au cours d’une onirique et surprenante scène finale. Dans les images qui hantent Jack on retrouve pêle-mêle et entre autres celles de camps de concentration et la scène finale de son chef d’œuvre Melancholia : peut-être une façon d’exorciser cette année 2011 où ce merveilleux film fut privé de Palme d’Or à cause des élucubrations sur Hitler du réalisateur en conférence de presse.

BLACKKKLANSMAN, Spike Lee (USA)

Ron Stallworth (le très prometteur John David Washington, le fils de l’autre), un officier noir du Colorado, a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan local et devient presque le chef de la section locale.

C’est un Spike Lee moins militant qu’autrefois qui traite de son thème de prédilection, le racisme aux USA. Il le fait avec légèreté et humour (certaines scènes sont franchement désopilantes). Pour autant le film n’est pas superficiel et nous fait découvrir ces mouvements militants pour la suprématie blanche comme le KKK. Spike Lee insiste beaucoup sur l’antisémitisme viscéral de ces extrémistes. Et si effectivement on s’amuse beaucoup, le rire se fige lors de la scène finale quand on voit sur des images d’actualité de l’an dernier le meurtre d’une militante anti-raciste par le KKK au cours d’une manifestation et la justification de ce crime par Donald Trump lui-même.

EN GUERRE, Stéphane Brizé (France)

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’entreprise Perrin, filiale d’un groupe allemand, décide la fermeture totale du site. Les salariés et leur leader Laurent Amédéo vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Trois ans après La loi du marché, Stéphane Brizé persiste et signe avec son acteur fétiche Vincent Lindon et une nouvelle mise en cause de la mondialisation. Nous vivons le conflit à hauteur de grévistes comme si nous étions partie prenante. Avec réalisme et une maitrise étonnante des scènes de groupes, Stéphane Brizé nous livre un message très pessimiste : personne ne peut enrayer la marche en avant de la mondialisation, ni les salariés, ni les gouvernements ni même les responsables d’entreprise sous la coupe de leurs actionnaires, les seuls bénéficiaires de l’opération avec, il faut le dire sans langue de bois, les ouvriers de Roumanie où l’usine va être délocalisée.

Mais ne dit-on pas que les chants désespérés sont les plus beaux ? C’est peut- être ce que la salle a voulu dire à l’équipe du film en lui faisant l’accueil le plus chaleureux de la semaine.

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