Festival de Cannes : Act Up débarque sur la Croisette

Le festival prend son envol avec, en ce qui nous concerne, trois films très différents les uns des autres. Le premier nous vient de la Hongrie d’Orban, le deuxième de la France des années Sida et le troisième est un film suédois drôle (oxymore ?)

Jupiter’s moon, Kornél Mundruczo (Hongrie)

Un jeune migrant syrien, Aryaan, se fait tirer dessus alors qu’il traverse la frontière. Sous le coup de sa blessure, il découvre qu’il a le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du sulfureux Dr Stern qui veut tirer profit de l’extraordinaire don du jeune homme.

Cette histoire fantastique nous démontre que même dans la société hongroise post soviétique (Europe où es-tu ?) fragilisée par l’arrivée massive de migrants et caporalisée par le sinistre Orban, il y a une petite place pour faire passer l’humanité avant tout. A travers l’évolution du personnage du Dr Stern, Mundruczo nous laisse même espérer que l’arrivée des migrants peut nous aider à rendre notre société meilleure. Alors pourquoi ne pas y croire un peu avec lui ?

120 battements par minute, Robin Castillo (France)

Dans les années 90, alors que le Sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up multiplient les actions et luttent dans l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan, qui n’est pas malade, tombe amoureux de Sean qui le bouleverse par un activisme qui consume ses dernières forces.

Les deux premiers tiers de ce film assez long (2 h 20) ont la puissance d’un véritable documentaire sur les années Sida où le spectateur est plongé dans le monde des militants d’Act Up, ces activistes d’une cause minimisée quand elle n’était pas méprisée par la société. Le film de Robin Campillo (l’auteur du film " Les revenants" qui a inspiré la très belle série) nous fait penser à quel point cette période si proche dans le temps est déjà si éloignée dans nos esprits.

La dernière partie est une histoire d’amour tragique qui nous bascule et nous bouscule sans ménagement dans l’intime, celui-là même qui nous fait comprendre la radicalité désespérée des militants d’Act Up.

Bouleversant.

The square, Ruben Östlund (Suède)

Christian est le conservateur d’un musée d’art contemporain. Il se veut humaniste et prépare sa prochaine exposition intitulée "The square", autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs.

Il aura fallu attendre le sixième film pour rire enfin à ce festival. Paradoxalement, c’est à Ruben Östlund, un compatriote de Bergman et des meubles Ikéa, que nous devons ce petit moment de bonheur. A travers les aventures de son directeur de musée, le réalisateur passe à la moulinette la société suédoise et son politiquement correct ("Ne fais pas ton suédois" dit un proche à Christian !)

L’art contemporain, la charité spectacle, l’obsession du "buzz" sont moqués avec une cruauté jouissive. Et le moins qu’on puisse dire est que le bobo suédois, macho honteux et lâche quasiment assumé ne sort pas indemne de ce film surprenant.

L’occasion est belle aussi de retrouver dans un second rôle savoureux l’actrice américaine Elisabeth Moss que nous avons bien connu en secrétaire stratège dans la série "Made men".

par Patrick Mottard

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Jane Doe

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