La messe de Wilette à Saint-Pierre d’Arène

Willette est un artiste Montmartrois, un peu anarchiste et surtout révolté contre l’hypocrisie des biens pensants. C’est cet homme qui initia la messe des artistes par sa prière composée le 28 juin 1914 sur la tombe d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam.

Ce même jour tombait sous les balles d’un terroriste l’héritier de l’empire des Habsbourg, incendiant par là même l’Europe. Cette prière était prémonitoire, un salut des gladiateurs : ‘Ave Domine, moritori te salutant.’

Cette messe fut organisée pour la première fois le 17 février 1926, treize jours après la mort de ‘Pierrot’ surnom de Willette, à Saint Germain l’Auxerrois à Paris.

Les artistes venant y prier pour ceux qui vont mourir dans l’année. Il ne s’agit donc pas d’un hommage à ceux disparus, mais d’une prière à Dieu dédiée aux artistes qui trépasseront dans l’année.

Cette année, la thématique de cette quatrième édition pourrait être un sujet pour les étudiants en philosophie : « Sur la terre comme au ciel » Ce sont de nombreux artistes qui exposent dans l’église Saint Pierre d’Arène de Nice. Toutes les expressions artistiques y sont représentées, la peinture, la sculpture, la photo pour le plaisir des yeux, pour la beauté des couleurs, pour la pureté ou au contraire la brutalité des lignes.

L’être humain a cinq sens et il fallait également satisfaire l’ouïe, l’art lyrique et la musique étaient également représentés. Nous n’évoquerons qu’une infime partie des œuvres exposées et pour ne froisser personne nous ne citerons pas les artistes. Un grand tribun disait toujours : « Je vous remercie tous. » sans citer personne, ainsi il ne froissait pas les susceptibilités.

La première œuvre qui s’impose au visiteur est une sculpture, est-ce Zeus, un Dieu ou l’homme Dieu ? Comme pour donner une harmonie à l’exposition, on trouve dans le chœur un texte « Corps à corps » l’homme fait Dieu ou Dieu fait homme. L’échelle de bois ou de Jacob. Le miroir froissé symbolisant les vanités.

La Croix Coca-Cola, pops-art.

Le cœur de boulons rouges, l’ardeur de l’amour. Le mobile et cet homme suspendu dans le vide, âme échappée ou en suspens. Un hommage à la danse avec la plasticité des corps. Le Veau d’or dans son écrin. La poésie, clin d’œil entre Gainsbourg et Prévert. L’homme un petit point dans l’univers, point central dont il est le centre et la périphérie, Galilée et Copernic !

L’homme Dieu nous a accueillis à l’entrée de l’église, assis sur la cathèdre, dans le chœur on trouve Orphée. Il y a une sorte d’hommage à Cocteau, les poèmes, certains tableaux, des photos, évoquent cet homme, cet artiste qui décora des chapelles et est demeuré, même après sa mort, l’enfant terrible du XX° siècle.

Durant la messe, monseigneur l’évêque décora un artiste, un photographe, un homme incarnant à lui seul la mémoire culturelle de Nice, pour ses 40 ans de collaboration avec l’aumônerie des artistes.

Ce personnage toujours prêt à un bon mot, Frédéric Altmann recevait la médaille du diocèse. Willette serait satisfait, sa messe est pérenne, elle dure le temps de cette exposition. La messe de Willette, une très belle entrée en Carême, un moment qui ne s’oubliera pas et marquera de l’empreinte de cet artiste toutes les personnes présentent à cet office. L’église était pleine, bien trop exiguë pour cette foule qui communiait à la prière de cet artiste décorateur du Chat Noir.

Thierry Jan

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