Le "Sergent Pistache" de Thierry Jan

Notre collaborateur et ami Thierry Jan, comme le fondateur de www.nice-premium.com Franck Viano, est également un auteur. Ainsi, après un premier essai intitulé "Mon oncle Jules", il a écrit une deuxième nouvelle qui vient d'être éditée par la maison d'édition Edilivre. Avec son accord, nous vous en proposons un extrait.

LE SERGENT PISTACHE !

Les bidasses de la caserne l’avaient surnommé Sergent Pistache. Pourquoi ce surnom bizarre ? Ni les anciens, ni à fortiori les plus jeunes ne savaient pourquoi. De tout temps on disait, en parlant de lui : « C’est le sergent Pistache. »

Même les officiers, par habitude, lui avaient donné ce surnom. L’homme était l’archétype du petit chef, fier de son pouvoir, celui de diriger une escouade de gamins et de punir ces derniers pour des peccadilles. Il arborait ses galons, tournant ses manches, afin que chacun puisse les voir.

Les recrues le craignaient mais ne l’aimaient pas. Leur respect s’arrêtait au service et une fois hors de la caserne, en civil, car en permission, ils le brocardaient à chaque fois que ce sergent n’était pas en uniforme. Il ne pouvait les punir et attendait l’occasion une fois dans l’enceinte de la caserne de leur faire payer leur conduite.

Un jour, le sergent Pistache se retrouva en panne avec sa voiture. Il appela, car incapable de seulement changer un pneu, une dépanneuse. Il était là, garé le long de la route, un endroit désert, son pneu crevé, réfugié dans son véhicule à l’abri de la pluie. Le petit chef maugréait, il allait être en retard à l’appel.

Lui le sergent, le sous-officier, serait pris en faute, peut-être même puni. Il se souvint de ce jeune engagé arrivé avec une heure de retard, suite à un problème de train. Il n’avait rien voulu savoir, aucune excuse. Aujourd’hui c’était lui immobilisé par un pneu crevé.

La pluie ne cessait pas, il avait fumé pour se détendre et son habitacle était enfumé, il baissa sa vitre légèrement tout en consultant sa montre. Le sergent s’impatientait, déjà plus de deux heures qu’il avait appelé ces secours, lesquels ne venaient pas. Les éclairs zébraient le ciel, machinalement il comptait les secondes séparant ceux-ci du grondement de l’orage, cinq seconde, il est à quinze kilomètres songea-t-il.

Le sergent Pistache avait un terrible pouvoir et ici, ce dernier ne lui servait à rien. Toujours personne, toujours seul sur cette route déserte et noire de nuit. Nulle lumière dans le lointain, là où il aurait pu aller chercher de l’aide.

Il prit son téléphone et appela la caserne, expliquant son retard et sa panne. Le planton de service lui passa l’officier de quart. C’était un lieutenant et ce dernier n’aimait pas particulièrement ce sous-officier fayot et imbu de lui-même. « C’est bon sergent, changez votre roue, on vous attend. » Il raccrocha sans laissez le sergent s’expliquer. Le sergent n’était pas plus avancé, il commença à désespérer quand un homme frappa à sa portière.

C’était la gendarmerie et le gendarme lui expliqua que ses feux étaient éteints. Le sergent sorti de sa vieille auto, sa batterie était à plat, la panne totale. Le gendarme le salua respectueusement, étant moins gradé que lui. Puis il lui proposa de le prendre en remorque et de le conduire à sa caserne. « Vous n’étiez pas très loin sergent, moins de dix kilomètres. »

Le sergent Pistache se retrouva dans la cour de la caserne, penaud et peu fier. Les hommes le regardaient narquois, tandis qu’il disparaissait sans rien dire.
Le lieutenant s’amusa de la leçon que venait de recevoir son sergent. Il en profita pour lui faire la morale : « J’espère sergent, que vous aurez compris que le pouvoir, le vrai, ce n’est pas user de votre autorité, mais c’est de servir et comprendre ceux qui sont placés sous vos ordres. »

Le sergent Pistache, devint plus humain, cette nuit passée sous la pluie lui avait fait comprendre la futilité de ses galons et de son grade. Il avait été sauvé de ce naufrage en pleine campagne par un simple gendarme et dans son angoisse face à ce pneu crevé, il avait oublié où il était. Il pensait alors qu’il suffisait de téléphoner pour être obéît. Non, le pouvoir n’était pas de claquer dans ses doigts et de se raidir à en devenir inhumain, le pouvoir était tout autre chose et le lieutenant avait raison.

Aujourd’hui ce sergent commande toujours les jeunes recrues et plus personne ne sait qu’il fut surnommé Sergent Pistache, il est même très aimé de ses hommes.

Thierry Jan

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