Littérature : Excision d’Olivier May

L'auteur du chant d'Ekhirit nous propose son nouveau roman, Excision où s'opposent fanatisme religieux et tolérance dans une Génève des années 2025. La femme-flic Aayan, victime du mal absolu, mène une enquête au rythme haletant. Suspense et lutte contre l'extrémisme et les préjugés sont au cœur de ce roman d'anticipation.

Excision apparaît pour la première fois par la plume de Zariel, l’illustrateur Cracheur d’encre, et montre une silhouette féminine divisée, aux ailes de fées rouges sang... Le thème est posé. Le titre on ne peut plus clair. Et pourtant, ce roman d’Olivier May va bien plus loin que ne le laisse présager sa très belle couverture.

Aayan, femme filc, excisée dans son enfance somalienne et auteur du Dictionnaire de l’Oppresion, enquête sur une affaire peu banale : des braquages sont commis dans des structures bancaires suisses par deux hommes cagoulés et vêtus de combinaison de skis. A priori, rien de surprenant, mais les recettes sont maigres, les morts tombent et les témoins sont deux femmes musulmanes très impliquées dans la lutte "contre l’intégrisme, l’archaïsme, et pour la dignité des femmes musulmanes et leur insertion dans la modernité".
Pourquoi sont-elles épargnées ? Quelles raisons à ces braquages sanglants ?

Le roman s’ouvre sur un interchapitre en italique, scientifique, mystérieux, des endoscopies étranges sont décrites au lecteur. Et tout au long de la lecture, on se demande où veut en venir Olivier May... La preuve est que son mécanisme fonctionne car les pages défilent et on est pressé, de comprendre tout autant le pourquoi de ces attaques que de suivre les pensées et la vie - personnelle et professionnelle - de l’héroïne. Aayan est en effet un personnage principal très attachant, complexe, meurtrie par une excision. Le couple qu’elle forme avec David, journaliste juif, est touchant et superbement moderne. Elle ne souffre d’aucun préjugé, elle est sincère et naturelle. Leur rencontre a, évidemment, une étrange résonance après les attentats de Toulouse au début de l’année...
On retrouve dans Excision l’atmosphère futuriste du Chant d’Ekhirit, la précision de l’utilisation des nouvelles technologies, l’évolution des mentalités, les nouveautés sont distillées tout au long du roman sans jamais noyer le lecteur sous de pénibles explications.

Malgré ses 116 pages, Excision est dense, riche de personnages, d’anecdotes et d’événements. La plume travaillée d’Olivier May construit un récit tout en pudeur, sans faux-semblant, l’excision vécue par Aayan est glaçante, terrifiante et malheureusement pour certaines femmes, encore aujourd’hui, ce n’est pas de la fiction. Parfois, quelques phrases un peu trop longues alourdissent le récit.
La barbarie de l’excision, les souffrances qui en découlent et une enquête menée tambour battant font d’Excision une lecture parfois douloureuse mais nécessaire.
L’histoire alterne des passages de l’enquête et les endoscopies dont les fils se tissent finement afin d’arriver à un terrible dénouement ; en filigrane, la lente et longue reconstruction physique comme psychologique de l’héroïne. Très engagé, l’auteur, intelligemment, fait d’Excision un texte contre l’extrémisme religieux, sous toutes ses formes.

Excision a été publié en 2010 aux Editions Encre Fraîche, Genève, Suisse.

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Jane Doe

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