Bernard Lavilliers en concert : Immuable

Immuable et immanquable Lavilliers qui se produisait, vendredi soir, en concert à Nice, dans la salle Apollon de l’Acropolis où ses fans, de toutes générations, sont venus saluer le retour, sur la Côte d’Azur, du chanteur voyageur.

Le pas chaloupé qui effleure la scène, le geste grave qui assène et cette main tendue qui nous emmène. Eternel Lavilliers, puissant, sensuel et si pudique à l’évocation mélancolique du départ, ce jour-là, de Jacques Higelin, « son cousin », comme il dit.

Premiers mots pour l’ami disparu, à qui il dédit le concert, premières notes discrètes pour laisser parler le texte, Lavilliers évoque les « Croisières méditerranéennes », avec toujours le regard sur le monde et ses détresses humaines qui le bouleversent et le révoltent. Derrière cette voix qui impacte, perce une infinie tristesse. Et pour l’exprimer, la poésie n’est jamais très loin. Quelques jours auparavant, dans la presse, pour illustrer sa pensée, il a cité Baudelaire « Homme libre toujours, tu chériras la mer », manière élégante d’habiller sa colère devant cette mer qui s’est aujourd’hui transformée en cimetière.

Reprise des titres de son dernier album, « Cinq minutes au paradis » accompagnés des cuivres, des guitares électriques, des cordes et des percussions pour un ensemble d’une pureté minérale. L’orchestration pimente et relève ces bien belles chansons. Parfois le chanteur s’éclipse pour que la lumière se focalise sur l’un puis sur l’autre de ses musiciens. Moment de grâce avec Daniel Romeo, le bassiste, petit virtuose qui nous gratifie d’un solo, en surplomb de l’interprétation, par Bernard Lavilliers, du poème « La gloire » écrit en 1957 par Pierre Seghers.

Dans la salle, les spectateurs confortablement assis dans leur siège, apprécient mais ne se lâchent pas. L’ambiance ne s’y prête pas. Ils boivent les paroles du chanteur à textes mais attendent impatiemment les chansons d’avant, celles qu’ils connaissent par cœur.

Lavilliers, 72 ans, en vieux routier est à son affaire. Il maîtrise. Il a tout prévu. Il opère le changement de registre avec « stand the ghetto », standard de son répertoire. Effet immédiat, les corps se mouvent, subrepticement !

Le reggae désinhibe et invite au voyage ; voyage dans l’univers exotique de Lavilliers, du Brésil aux Caraïbes, « de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur ». La musique « qui vient de l’intérieur » unifie les âmes. Celle traditionnelle du chanteur, latino et rock, enflamme les cœurs. L’Acropolis de Nice est en ébullition.

Tous, dans la salle, chantent et dansent. Lavilliers est aux anges. Il est heureux et ça se voit. Il tient la barre du bateau ivre. Sa présence sur scène est imposante mais aussi apaisante. Il n’est pas un performer comme pouvait l’être Johnny. Il assure simplement, sans surjouer. Subtil alliage de force et de sensibilité. Lavilliers est ce qu’il est et s’offre avec générosité à son public. C’est magnifique. Spectacle grandiose. Les jeux de lumière sont en symbiose, rythmés par les déchaînements des batteurs et les riffs des guitaristes. Pour l’apothéose, le maestro propose une salsa « un coup de fouet de haut en bas qui te soulève, c’est la salsa….. » Et tout le monde reprend le refrain, tout comme celui de la chanson « les mains d’or », évoquant celles de son père sidérurgiste, aujourd’hui au « paradis des communistes » comme il nous le glisse délicatement.

Chapeau, l’artiste, tour à tour poète engagé et rockeur endiablé. Comme le boxeur passionné qu’il a été, le compositeur interprète est loin d’avoir livré son dernier combat.

Il nous a encore prouvé lors de son concert niçois que l’envie, de donner du bonheur et de partager ses révoltes avec son public, l’anime toujours autant. Comme dit la chanson « la musique est un cri qui vient de l’intérieur ». Et la voix de Bernard Lavilliers porte et continuera encore longtemps de porter ses messages……. au plus loin .

Bruno Kauffmann

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