La soprano Elizabeth Vidal nommée Professeur d’Art lyrique au Conservatoire de Nice

Elizabeth Vidal dans "Lakmé", Opéra de Nice, mars 2009

Un moment symbolique. Le jour même de notre entretien, Elizabeth Vidal, la Soprano-colorature a « reçu la clef de sa boite à lettre au Conservatoire Régional de musique de Nice » où Christian Estrosi l’a nommée Professeur d’Art lyrique. Un retour aux sources pour cette authentique niçoise à la carrière plus internationale que française : « la place était déjà prise » explique-t-elle doucement avec ce visage légèrement penché et ce sourire presque naïf dont elle sait sur scène exploiter toutes les possibilités. Sa « soif de donner », Elizabeth Vidal l’a souvent exercée en dehors d’un plateau. Elle crée ainsi sur Rueil-Malmaison une première association, « Operaction », en réaction à une « crise de la technique vocale » dont la « responsabilité » incombe, selon elle, à la philosophie développée il y a plusieurs années par « un des responsables de la politique du chant au Ministère de la Culture ». Il s’agissait, explique-t-elle, d’établir une « structure complémentaire » destinée à mettre les jeunes chanteurs « en contact avec le public », de « favoriser ainsi l’échange émotionnel » et de parvenir « à s’affranchir des seuls paramètres techniques ». Chanter, pour Elizabeth Vidal, reste en premier lieu, un « message artistique » : le chant « enrichit les timbres et libère la voix ».

La soprano-colorature Elizabeth Vidal

Elle n’a, semble-t-il, plus rien à prouver dans sa carrière internationale : dirigée par les plus grands chefs d’orchestre, Sir John Eliot Gardiner, Richard Bonynge, Semyon Byshkov, Horst Stein, René Jacobs, Serge Baudo ou Michel Plasson, ovationnée sur les grandes scènes internationales, Covent Garden, Arènes de Vérone, La Fenice, le Lincoln Center de New-York, BBC Proms de Londres, Hambourg, Berlin, Vienne, elle a été nommée en Italie meilleure soprano-colorature de l’année 2000. L’année passée, elle a effectuée une tournée mondiale d’un récital d’airs virtuoses à Tokyo, au Séoul Art Center, au Teatro Politeama di Palermo, à l’Herkulesaal de Munich et au Teatro Colon de Buenos Aires. Le retour aux sources niçoises est ainsi progressivement initié en 2003 lorsque des élus locaux, de Beaulieu à Tourette-Levins, en passant par Cagnes sur mer, puis Nice, la soutiennent dans la création d’une nouvelle école locale, capable d’assurer une « formation de haute performance », le Centre d’Art Lyrique de la Méditerranée (C.A.L.M.). Malgré l’acronyme plutôt apaisant, la finalité demeure dynamique, combative : « donner des armes à de jeunes chanteurs », « leur permettre d’aborder leur carrière », leur « apprendre à la fois des techniques vocales et à chanter en souplesse ». Joignant le geste à la parole, Elizabeth Vidal se lève pour expliciter la nécessité du « soutien diaphragmatique en cohérence avec l’émotion ». « Toute cette zone, dit-elle encore, doit accompagner l’expiration de l’air ». Résultat de sa réputation internationale, le C.A.L.M. accueille déjà une cinquantaine de participants répartis sur plus d’une dizaine de nationalités : Chine populaire, Taiwan, Corée du Sud, Russie, Croatie, Roumanie, Belgique, Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Etats-Unis et bien évidemment France. Lors des auditions, elle repère par exemple les « positions maladroites du cou qui vont nuire à la rondeur de la voix », fait « ouvrir l’espace en bouche », conseille pour « donner une meilleure assise au bassin », autant d’éléments qui, selon elle, concourent aussi à l’équilibre psychologique de l’artiste lyrique.

Au programme 2009/2010 du C.A.L.M., de l’opéra italien du XXe mais aussi une incursion dans le domaine de l’oratorio : interrogée sur les risques d’un tel changement de spectre vocal pour des artistes aussi jeunes, la soprano répond avec assurance : « quand l’instrument vocal est libéré, il s’ouvre à chaque registre » avant d’enchaîner : « le contrôle du vibrato et l’ornementation ne posent plus les mêmes problèmes contrairement à ceux qui sont spécialisés dans la musique baroque ». Un « répertoire qu’elle renie d’autant moins » qu’elle y fit brillamment ses débuts avec Sir John Eliot Gardiner.

Le paniste et Coach vocal Bob Gonella

Présents à ses côtés, outre son époux le baryton André Cognet, le pianiste Bob Gonella invité ce soir là de la Master Class au casino de Beaulieu sur mer. Organiste de formation, cet américain dirige l’école de chant de l’Opéra de Toulouse depuis plus de 20 ans, une carrière aux côtés du célèbre chef Michel Plasson. Si les questions de techniques vocales sont plutôt réservées à Elizabeth Vidal, Bob Gonella insiste quant à lui sur « l’importance » pour un artiste « d’être dans son personnage, qu’il nous raconte, qu’il nous parle, qu’il nous fasse pleurer ». Le chant, explique-t-il encore, « ce doit être comme la vie ». « Je ne travaille pas directement sur la technique mais sur les gestes de la vie au quotidien, pour que cette vie advienne à travers le chant ». « Mes conseils, ajoute-t-il, visent à rendre au corps, l’intelligence, la disponibilité et la liberté ». « Le geste vocal est holistique » énonce-t-il dans un parfait français qui comporte encore quelques vagues restes d’accent américain. « Le métier de chanteur, c’est beaucoup plus qu’une voix » et « trop souvent, selon lui, la technique est une protection, un refuge ». Des propos qui rappellent ceux développés dans son livre par Peter Elkus lequel accompagna l’essentiel de l’imposante carrière de la mezzo-soprano Frederica von Stade (http://www.nice-premium.com/article/peter-elkus-des-verites-personnelles-bonnes...-a-chanter-.3088.html).

Dans un salon adjacent, quelques artistes en herbe font une pause : pour la jeune mezzo-soprano Anne Laure, le chant est « malheureusement tout » dit-t-elle spontanément. Assise à ses côtés, Sonia se lance à son tour : « c’est l’expression d’une émotion », précisant qu’elle « aime le côté interprétation des personnages ». D’une ironie mordante, Thomas, jeune baryton, tient le chant comme un « exutoire » : « je suis venu au chant pour vaincre ma timidité ». Et d’ajouter : « le chant était à l’opposé, là où j’avais peur d’aller ». Finalement, Cécilia, une antiboise conclut : «  le chant, c’est le reflet de la sensibilité et cela permet de découvrir d’autres choses ». Mystère impénétrable des voix.

Centre d’Art Lyrique de la Méditerranée (C.A.L.M.)
http://www.operaction.fr

Courriel : centrelyriquedenice@orange.fr ou c.a.l.m@sfr.fr

Tel : 06 10 64 20 01 ou 06 19 59 04 06

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