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Superbe « Songe d’une nuit d’été » à l’Opéra de Nice : Gaël Domenger, « corpsrégraphe » absolu !

[ JL Vannier - Nice Premium ] • 8|06|2008 • Mis à jour le : 8/06/2008 • Réagissez !
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Succès et ovation du public pour le « Songe d’une nuit d’été » du compositeur Félix Mendelssohn chorégraphié par le talentueux Gaël Domenger et interprété par un Corps de Ballet de l’Opéra de Nice, plus professionnel que jamais.

Superbe « Songe d'une nuit d'été » à l'Opéra de Nice : Gaël Domenger, « corpsrégraphe » absolu !
Gaël Domenger

Ce fut un moment exceptionnel. Parmi ceux qui font découvrir et aimer le ballet aux plus réticents des néophytes. C’est dire tout le fabuleux travail accompli par le chorégraphe Gaël Domenger, humble sous les ovations chaleureuses du public. Un public profondément touché par la puissance émotionnelle et charnelle, scéniquement insufflée à l’œuvre musicale de Félix Mendelssohn « Le songe d’une nuit d’été ».

Dans le sillage de Thierry Malandain, Directeur du Centre chorégraphique national de Biarritz où il est responsable de la formation, Gaël Domenger, auquel le directeur de l’Opéra de Nice, Paul-Emile Fourny a intelligemment fait appel pour cette production, n’est pas un chorégraphe ordinaire. Quelques minutes d’entretien à l’issue de la représentation suffisent pour saisir la richesse d’un homme au parcours pétri -intriqué serait plus exact- de multiples influences culturelles et artistiques, susceptibles d’apparaître contradictoires au profane. Mais l’ancien élève à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris sait parfaitement les « articuler », à l’image des corps de danseurs et de danseuses dont il développe, orchestre et harmonise les complexes évolutions sur la scène.

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Puck (César Rubio Sancho)

En premier lieu, Gaël Domenger a su, dans la conception de son travail, intégrer, voire amplifier, l’héritage romantique laissé par la partition - l’ouverture et la musique de scène furent écrites et jouées à dix-sept ans d’intervalle - du compositeur Félix Mendelssohn, ami et contemporain de Robert Schumann, dont il dirigea la première symphonie dite du « printemps ». Une première raison, selon lui, pour associer les deux musiciens dans cette réalisation. Jouée pour la première fois en mars 1841 à Leipzig -ville où Gaël Domenger a justement présenté nombre de ses créations- la « symphonie du Printemps » de Schumann intervient un an après son mariage avec Clara Wieck et la naissance de sa fille : une heureuse renaissance après les heures sombres vécues par le compositeur. Argument également avancé par le jeune scénographe pour évoquer « les anciens rites de Mai » suggérés par la pièce de William Shakespeare. Et pour déceler, par surcroît, dans cette musique qui vient « en renfort du compositeur titulaire », un moyen de « calmer la discorde entre Obéron et Tytania », les deux protagonistes du livret original, et permettre à « de nouveaux couples de jeunes amoureux de traverser les portes de l’été ». Première et deuxième parties mêlent ainsi les deux compositeurs interprétés avec unité et passion par un Orchestre philharmonique de Nice brillamment dirigé par Fabrizio Ventura.

Sous l’impulsion de Gaël Domenger, les évolutions scéniques du Corps de ballet de l’Opéra de Nice suggèrent ensuite des processus ininterrompus, mais toujours fluides dans l’expressivité, d’articulation, d’imbrication et de désintrication des corps. Ni entièrement confondus, jamais complètement autonomes, ces derniers se meuvent et se laissent saisir afin de conserver à la chair sa dimension sensuelle, voire érotique. « Des bras qui deviennent des jambes ou l’inverse » précise Gaël Domenger.

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Flûte, Bottom et Snug (Stephane Ferrand, Hervé Ilari, Joffray Gonzales)

Ces corps savent également s’étayer, prendre scéniquement appui sur des objets au point de les rendre vivants et indispensables à leurs évolutions : baguette magique de Puck -magnifique Cesar Rubio Sancho, fidèle à la tonalité histrionique du personnage-, miroir de Tytania que se disputent dans un enchevêtrement gymnique savamment régulé, le solennel Oberon (Jamaal Le Var Phinazee) et le chevalier de Tytania (Joffray Gonzalez), table et tabourets autour desquels évoluent de manière ludique les artisans Bottom, Flûte et Snug -superbes acrobaties de Hervé Ilari, Stéphane Ferrand et Joffray Gonzales.

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Hermia (Laure Zanchi) et Lysander (Antonino Ceresia)

Plusieurs autres scènes, éblouissantes de technique et néanmoins émouvantes de volupté, illustrent ces éléments clef : celles des deux couples de fugitifs - admirables Laure Zanchi, Anaïs Bassot, Antonio Ceresia et Pietro Latanzio – qui se rencontrent puis se séparent sous l’effet du sortilège administré par Puck.

« Le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler » explique, dans un ouvrage posthume (« Petite Anatomie de l’inconscient physique ou petite anatomie de l’image », Editions Allia, 2002) Hans Bellmer, artiste et figure majeure du Surréalisme, dont semble largement s’inspirer Gaël Domenger dans sa conception scénographique. En 1934, Hans Bellmer décide de défier la montée du nazisme en confectionnant une poupée érotique, « une créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques ».

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Tytania (Magali Journe), Oberon (Jamaal le Var Phinazee)

Un érotisme dont l’émouvante scène d’amour entre Tytania, ensorcelée par la « pensée d’amour », fleur qui reçut une flèche de Cupidon, et un des artisans transformé en âne, donne un duo d’une exceptionnelle sensualité interprété par Magali Journe, entièrement consumée par l’élégance de la grâce amoureuse et Hervé Ilari dont la mâle corpulence n’altère en rien la souplesse, l’esquive et un jeu très naturel d’acteur.

Pour un chorégraphe, explique Gaël Domenger, « danser c’est savoir obéir ». A l’image de ce rideau de cordes qui, dans l’enchaînement successif des tableaux, se doublent, se triplent, s’intensifient pour constituer un cadre de plus en plus contraignant pour les danseurs sans jamais parvenir à les enfermer. La forêt des fées protège finalement ses secrets du regard du non initié. Après les musiques, les corps et les objets, le volume : le scénographe invente un espace géométrique, un carré, représenté du début jusqu’à la fin de son œuvre et peut-être destiné à restructurer, à borner la dimension scénique.

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Les fées (Aldriana Vargas, Christine Nonelli, Julie Loria,Stéphanie Barré)

Cette figure métrée fournit l’occasion d’un effet audacieux de mise en scène : au moment de la célèbre marche nuptiale de Mendelssohn, un drap est replié à partir de ces quatre coins dans lesquels se moulent d’une robe blanche les quatre fées -délicieuses Aldriana Vargas, Christine Nonelli, Julie Loria et Stéphanie Barré- et ses bords forment une piste de danse sur laquelle évoluent les couples Lysander/Hermia et Demetrius/Helena, le tout dans un arrangement minutieusement orchestré qui dénote une extraordinaire capacité inventive de l’artiste à ne rien perdre de l’ensemble scénique.

Point n’est besoin de féliciter Gaël Domenger pour cette production : non seulement le public s’en est largement chargé et l’effacement de l’artiste derrière les danseurs et le chef d’orchestre lors des salves d’applaudissements en dit long sur sa modestie et son caractère intimiste : plus l’arbre a de fruits, plus les branches tendent vers le sol !



Par JL Vannier - Nice Premium

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