Tende et ses mulets, un hommage à la route du sel

Le sentier muletier de la Roya, au moyen âge est un axe vital entre le Piémont et le Comté de Nice, seul accès à la mer pour les Seigneurs de Savoie.

Le sel, l’or blanc de l’époque arrive par cette voie, venant de Provence : Hyères et Camargue, il est débarqué au port de Nice et de là, à dos de mulets, il remonte les vallées du Paillon, de la Bévéra avec une étape à Sospel, puis c’est la Roya et Tende ultime étapes des mulets niçois. Là on les change et ce sont ceux de la cité des Lascaris, de Tende, réputés plus costaud qui vont achever le voyage vers le Piémont, Cuneo et Turin.

La population tendasque, chaque famille ou presque avait au moins une bête, voire plusieurs. Cette activité était la richesse de ces villageois. Néanmoins elle demeurait dangereuse avec les aléas de la route et les bandits de grands chemins. Aussi, il fut créé la confrérie des muletiers de Tende pour venir au secours des familles frappées par un accident ou une agression.

Cette confrérie se plaça évidemment sous la protection de saint Eloi. La date de sa fondation n’est pas connue, mais on peut la situer au XV° siècle, un acte du 4 septembre 1491 cite les muletiers de Tende. Pour donner une idée de l’importance de cette activité, on relève un document de 1777 où il est compté plus de 46000 mulets au départ de Nice.

C’est à la fois fiers et respectueux de leurs ancêtres, que les tendasques fêtent chaque deuxième dimanche de juillet leurs mulets. Pour l’occasion les bêtes revêtent leurs plus beaux atours, une messe d’action de grâce est célébrée à la collégiale et ensuite les bêtes de bats défilent remontant symboliquement vers le col de Tende. Le cortège richement coloré et bariolé s’arrête devant la mairie et le nouveau prieur reçoit de son prédécesseur le drapeau de la confrérie.

La saint Eloi comme chaque année rassemble un très nombreux public et les groupes musicaux venant du Comté et du Piémont animent tout au long de ces deux journées les diverses manifestations honorant les muletiers et surtout les mulets, véritables héros de ce weekend de juillet.

Les mulets prennent des couleurs, de leurs atours, de leurs colliers de fleurs et de leurs pas devenus, comme par la magie de cet instant, majestueux, ils sont les maîtres des céans, seigneurs succédant aux Lascaris, dont le château, demeure seul un doigt difforme tendu vers les espaces éthérés d’un ciel d’azur.

Cette année la fête fut enrichie de deux concerts, deux groupes, des Polonais, lesquels animèrent la messe à la collégiale et des Corses dont la tradition est très marquée par cet animal plus solide qu’un âne et plus lent qu’un cheval.

Thierry Jan

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