Villa Masséna : Charlotte Salomon , vie ou théâtre ?

La villa Masséna accueille jusqu’au 24 mai une exposition sur Charlotte Salomon. Cette jeune femme, fille d’un professeur de médecine de Berlin naquit le 16 avril 1917 et mourra à Auschwitz le 10 octobre 1943.

Sa courte vie, un peu plus d’un quart de siècle fut très remplie. Nous avions déjà évoqué l’artiste plasticienne et peintre lors d’une exposition en son honneur à la citadelle de Villefranche.

Aussi nous nous attarderons sur sa vie, sa famille et sa tragique destinée scellée dès l’arrivée au pouvoir en Allemagne de la xénophobie et du racisme. Ces deux fléaux ressurgissent de braises mal éteintes et l’on doit être vigilent à les éteindre immédiatement. Revenons à Berlin avant l’éclipse des libertés.

Son père Albert Salomon est un professeur de médecine à l’université Humboldt de Berlin. Charlotte n’a pas 9 ans quand sa mère se suicide en 1926. C’est une plaie béante qui jamais ne se refermera.

En septembre 1930 son père se remarie avec Paula Lindberg, artiste lyrique. Les rapports entre cette fillette et sa belle-mère sont difficiles, Charlotte est triste et timide. En 1933 elle est contrainte de quitter le lycée sans pouvoir passer son Abitur (équivalent Allemand du bac) elle intègre l’académie des beaux-arts de Berlin et se voit empêchée de passer les concours car elle est juive. Son père interdit d’exercer est interné en 1936.

En janvier 1939 Charlotte quitte l’Allemagne, d’abord pour l’Italie puis pour le sud de la France où elle retrouve à Villefranche ses grands-parents maternels. Ils résident à Villefranche sur mer dans la propriété d’Ottilie Moore, une américaine qui recueille les réfugiés.

En mars 1939 son père et sa belle-mère réussissent à quitter l’Allemagne pour la Hollande. En septembre 1939 et jusqu’à l’armistice, les réfugiés Allemands sont internés. Charlotte et son grand père, sa grand-mère s’était elle aussi suicidée, se retrouvent en mars 1940 dans le camp de Gurs.

Après l’armistice ils reviennent à Villefranche sur mer puis à Saint Jean cap Ferrat à la pension la Belle Aurore. A la fin 1942 Charlotte rejoint son grand-père à Nice, ce dernier décède en février 1943.

Charlotte épouse le 17 juin 1943 Alexander Wagner un autre réfugié Autrichien. La capitulation Italienne amène les Allemands à Nice et après une dénonciation elle est arrêté avec son mari, déportée à Drancy en septembre 1943 puis à Auschwitz où elle passe à la chambre à gaz alors enceinte de quatre mois le 10 octobre 1943. Son mari subira le même sort le 1° janvier 1944.

C’est dans ce havre de paix, un oasis préservé des lois racistes de Vichy et de l’Allemagne que Charlotte peint et réalise 1325 gouaches ou aquarelles. L’occupant Italien ne montrant guère de zèle dans sa zone d’occupation. Sa peinture est autobiographique. Avec trois couleurs de base elle décrit son existence.

Vie ou Théâtre ? Très bonne question. La vie, la sienne assurément, d’ailleurs elle le dit au docteur Moridis en lui confiant ses cartons peu avant son arrestation : « Gardez les bien, c’est toute ma vie. » et un théâtre, celui de son existence où deux suicides d’êtres proches la parsème.

Ottilie Moore revient à Villefranche en 1947, le docteur Moridis lui donne le dépôt précieux des œuvres de Charlotte. Son père et sa belle-mère miraculeusement rescapés des camps récupèrent les œuvres de Charlotte et les cèdent en 1959 au muséum d’Amsterdam puis l’œuvre de Charlotte Salomon est confié au musée d’histoire juive d’Amsterdam.

Depuis les gouaches et les aquarelles de cette artiste talentueuse et victime de la barbarie nazie sont périodiquement exposées dans les musées et galeries.

Que Nice et la villa Masséna puissent montrer au public Charlotte Salomon est un privilège dont les visiteurs ne pourront en mesurer l’ampleur qu’a l’issue de leur visite

Thierry Jan

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