Ivan Coste-Maniére (Président du CROS Côte d’Azur) : après Rio, le rêve "bleu" de Paris 2024

Entre deux avions, en passant d'une réunion à l'autres, jonglant avec les appels de son portable comme une standardiste d'autres temps, Ivan Coste Manière, président du Comité Régional Olympique Sportif de Côte d'Azur ( elle comprend les départements des Alpes-maritimes et du Var) reste un passionné du sport, un dirigeant attentif , un diffuseur de la culture sportive , un défenseur de ses valeurs. L'héritage de Rio mènera à Paris 2024 ? Du samba au bal musette ? Les Jeux peuvent apporter "ce souffle vital de cohésion sociale", c'est son message d'avenir.

Nice Premium : Si le bilan global de l’équipe de France est largement satisfaisant, celui des athlètes azuréens est plutôt maigre... Quelle analyse vous faites et quels enseignements vous en tirez ?

Ivan Coste-Maniére : Que le sport de haut niveau est tragique par essence, et qu’il revient à chacun d’entre nous de respecter les participants même et surtout lorsqu’ils ne triomphent pas. Les mortels ne sont pas des Dieux, et l’erreur interdit le podium. Je déteste tout particulièrement les journalistes qui ont transformé les « médailles olympiques » en « breloques ». La charge symbolique et émotionnelle doit être préservée, c’est ce que nos sportifs de très haut niveau ont pu et su faire avec brio, et je retiendrais autant nos médaillés radieux, que nos non médaillés tristes voire en détresse ou souffrance comme notre ami Samir Aït Saïd à qui je profite de cet article pour témoigner toute mon amitié, mon admiration et à qui je souhaite la plus rapide et complète guérison pour revenir plus fort encore.

Et pour ce qui est de notre région, les 3 CREPS qui y figurent constituent autant de possibilités de prouver que cette « éclipse » comme je l’ai lu, ne constitue simplement qu’une baisse de régime passagère au niveau du nombre de médailles si aléatoire, et pas un manque de niveau, de structure ou d’encadrement. D’une olympiade à l’autre tout peut changer au prix de quelques inflexions comme l’exemple de la Grande Bretagne peut le témoigner. Donc le Comité Régional Olympique et Sportif de la Côte d’Azur reste solidaire mais surtout admiratif vis-à-vis de nos porte drapeaux.

Nice Premium : Vous pouvez nous dire quelles ont été vos plus grandes satisfactions et vos déceptions ?

Ivan Coste-Maniere : Lorsque j’étais (beaucoup) plus jeune, un accident de moto, m’a interdit de défendre mes chances lors d’un grand championnat pour lequel j’étais qualifié. Lorsque j’ai vu Samir, j’ai revécu ce moment personnel égaré au fond de mes souvenirs. La déception a été vécue sur 3 registres différents : le sien en symbiose, le mien en résurgence, et en tant que spectateur. Je parlais de tragédie, le « spectacle olympique » est une véritable tragédie grecque comme son origine en atteste.

Autre déception contagieuse : je suis fan depuis longtemps de mon ami Laurent le Tillie sélectionneur de l’équipe de France de Volley. L’homme, la famille, la sélection … Tout autour de lui est empli de valeurs respectables et admirables. Après s’être usés des mois et des mois pour une qualification magnifique être condamné à refaire le même parcours pour les JO prochains relève du mythe de Sisyphe. Ce que Laurent ou son Président de la Fédération notre ami Eric Tanguy ne peuvent pas trop dire, je le puis : trop de matches ont usé des candidats légitimes au titre, aucune équipe des tournois qualificatifs n’a pu faire un long parcours, le processus de sélection est non éthique, complexe et vient rendre la compétition plus que hasardeuse. Il serait urgent que la Fédération Internationale modifie des règlements peu orthodoxes et qui paraissent dérisoires… sauf pour les principaux concernés.

Je ne parlerai pas de notre équipe de hand ball : les discussions eues avec Claude Onesta il y a 5 ou 6 ans sont toujours dans ma tête…. Respect admiration… Donc satisfaction mitigée de légère déception, surtout pour Adrien Dipanda…

Et évidemment satisfaction pour nos tireurs, mon grassois Alexis Raynaud à la carabine 50m trois positions et Jean Quiquampoix au pistolet vitesse 25m. Radieux pour eux, avec toutes les perspectives les plus ouvertes, et avec Christian Bellenoue, la cheville ouvrière du tir depuis tant d’années sur la Côte, nous avions parié sur eux 100 jours avant les Jeux et même lors d’une interview sur France Bleue Azur.

Dans mes satisfactions, nos nageuses Sportives de Haut Niveau qui ,grâce aux conventions signées entre la DRJSCS et le CROS CA et SKEMA ,ont pu aligner les perfs et… les diplômes, sans oublier les nageurs et poloistes de l’ONN dont mon étudiant Michal Izdinsky qui après avoir réussi à qualifier la France 24 ans après aura réussi à battre les champions olympiques !

Nice Premium : Certains anciens champions ont revendiqué un rôle dans le dispositif fédéral, notamment dans la natation. Que pensez-vous d’associer les jeunes athlètes retraités dans la gestion des fédérations sans passer par la filière classique, club, comités territoriaux etc. ?

Ivan Coste Maniéré : Rien de bien nouveau pour moi, et plus que radieux si les anciens sportifs « rempilent »… A la Fédération d’Athlétisme, cela a toujours existé de nos amis Michel Jazy à Stéphane Diagana. Et pour la natation, regardez le degré d’implication d’Alain Bernard malgré ses médailles … Il a toujours autant de coffre, de passion et d’envie de transmettre ! Pour le reste la filière « administrative » exige une approche de terrain, délocalisée… donc les 2 filières me paraissent nécessaires et auto équilibrantes, d’une discipline à l’autre, ce sera surtout une question de pondération !

Nice Premium : L’impact médiatique des JO peut créer une dynamique pour encourager la pratique sportive chez les jeunes générations ?

Ivan Coste Maniere : Comme toujours, à condition que l’effet ne soit pas un simple soufflé. Les structures clubs, comités, ligues sont en première ligne et là les « champions » devraient se souvenir que bien souvent les Fédérations tant critiquées ont tout de même œuvré pour qu’ils puissent le devenir. Et les retours sur investissement sont plutôt rares… surtout dans les disciplines sur médiatisées.

Nice Premium : l’organisation des JO de Rio peut apporter des éléments utiles pour le dossier de la candidature de Paris pour ceux de 2024 ?

Ivan Coste-Maniere : Je le pense… surtout du côté de la maîtrise des dépenses, du projet social et sociétal. Les JO ne doivent jamais être la simple décision d’une petite oligarchie, mais bel et bien un rêve commun, notre « rêve bleu » du CNOSF et de toutes les parties prenantes, jusqu’au plus simple citoyen. Ils ont une teneur emblématique relative au développement durable, à l’aménagement du territoire, à l’égalité des chances, au traitement des personnes à mobilité réduite….
Et la retransmission télévisée des Jeux ne reste finalement que la face émergée de l’iceberg.

Rio nous a sans doute transmis un message fort : la samba aurait dû rester démocratique, it takes 2 to tango, et Paris 2024 doit couvrir un large éventail de danses de salon, urbaines, du bal musette et la java, à la bourrée… Pour que tout un monde solidaire puisse trouver dans le JO Paris 2024 ce souffle vital de cohésion sociale, ce projet magnifique qui a toujours été l’essence même des Jeux lorsqu’ils sont parfaitement réussis.

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