Géopolitique : Chine, problème ou opportunité ?

La Chine est aujourd’hui le premier fournisseur de l’Europe, l’Europe le deuxième fournisseur de la Chine. Les liens sont étroits, il n’en reste pas moins que ce pays renvoie à ses partenaires une image ambiguë. Il inquiète à cause de sa place prépondérante dans l’économie mondiale. Dans le même temps, il est vu comme une source d’opportunités. Des opportunités qui nécessitent pour être réalisées des clefs d’entrée et une bonne compréhension de la stratégie chinoise.

Quelle est la place de la Chine dans l’économie mondiale et quelle analyse de la stratégie suivie par ce pays pour doit-on en tirer en terme d’ implications de politique économique.

Le principal message est qu’il faut tenter le pari chinois et participer activement au développement des relations commerciales avec ce pays sans pour autant sous-estimer les risques et les difficultés d’une telle stratégie.

La place de la Chine dans l’économie mondiale

Le premier constat qui s’impose est le poids de plus en plus grand de la Chine dans le commerce mondial qui se traduit notamment par un transfert de production industrielle depuis l’Europe et une désindustrialisation profonde, particulièrement aux États-Unis mais aussi en France.

Cependant, le contenu en importations des exportations chinoises est
élevé (46 % au total), très élevé pour les produits sophistiqués (de 60 à 95 % selon les produits considérés). Ceci est rendu possible par une segmentation de la chaîne de production à laquelle l’Europe et les États-Unis ne participent pas.

Les principaux partenaires de la Chine sont en fait les pays d’Asie.
Parallèlement, le niveau des coûts salariaux unitaires de la Chine reste
faible : il approche, en 2010, 60 % de celui des États-Unis et moins de 50 % de celui de la zone euro ou de la France. Les auteurs notent que la concurrence de la Chine a probablement contribué à freiner les hausses de salaires dans les pays de l’OCDE depuis la fin des années quatre-vingt-dix et que tant qu’elle continuera à gagner des parts de marché elle aura une influence désinflationniste sur le reste du monde.

Un sujet de préoccupation supplémentaire concerne la place de la Chine dans la consommation de matières premières, de ressources rares et plus largement l’impact de son activité économique sur l’environnement. La consommation de matières premières suit logiquement le cycle de la production industrielle et des stocks. Sa place dans la consommation mondiale est devenue très importante puisqu’elle s’établit en 2010 à environ 10 % pour le pétrole, à presque 50 % pour les métaux. Dans le même temps, la Chine a dépassé les États-Unis en ce qui concerne les émissions de CO2, avec une progression de 5 à 7 % par an et même s’accentuer dans les années à venir.

Au niveau financier, le yuan s’apprécie en termes réels depuis 2005 et que des projections laissent penser que l’excédent commercial chinois devrait se réduire ce qui a des implications fortes sur la politique de change à mettre en place avec ce pays.

La nouvelle stratégie de croissance chinoise

Le développement économique de la Chine procède d’une politique économique volontariste et non pas d’une logique de marché. Elle applique un principe de substitution des importations par maîtrise progressive des technologies initialement importées en s’appuyant sur sa compétitivité-prix. La politique d’ouverture aux investissements étrangers est ambiguë car elle est fortement contrôlée par les autorités – via notamment l’imposition de « joint ventures » pour les entreprises souhaitant pénétrer le marché chinois avec une progression plus ralentie et un niveau relativement faible d’ouverture de l’économie chinoise depuis le début des années 2000 tandis que la contribution de la valeur ajoutée chinoise dans ses exportations est faible (par exemple, elle est évaluée à 4 % pour l’informatique) suggérant que les succès à l’exportation restent encore très largement basés sur leur avantage comparatif en termes de coûts salariaux.

Le processus de rattrapage technologique est bien en cours, mais il est encore loin d’être abouti. Des facteurs de blocage, analysés dans le rapport, subsistent comme, par exemple, la réforme agraire encore incomplète, les limites à la circulation des travailleurs au sein du pays (le système du hukou), la part importante des entreprises d’État dans l’économie et l’absence d’un système juridique stable et transparent.
La stratégie de croissance de la Chine ést basée sur un certain nombre de biais de politique économique, notamment des salaires trop faibles, un subventionnement prix de l’énergie, une allocation du crédit vers les grandes entreprises, une absence de pénalisation des coûts environnementaux et des taux d’intérêts trop bas.

Les réformes actuelles et le douzième plan quinquennal (2011-
2015) adopté semblent aller dans le sens d’une réduction de la plupart de ces biais. Néanmoins, si les deux objectifs stratégiques majeurs de la Chine restent la stabilité sociale et le rattrapage technologique, la crise économique rend nécessaire de trouver de nouveaux moteurs de croissance, notamment en faisant jouer un rôle moteur à la demande domestique. Un large accord s’est noué sur la nécessité de réorienter ainsi la croissance mais les obstacles sont très nombreux, le calendrier des réformes reste incertain et la mise en oeuvre du plan de relance, fondé sur les infrastructures et les entreprises d’État, a représenté un pas en arrière ou à tout le moins une pause.

La situation financière de la Chine doit aussi être prise en compte. L’épargne est surabondante et essentiellement détenue sous forme de liquidités. Le sous-développement financier du pays apparaît comme un obstacle à une croissance équilibrée et soutenable. Le fait que les entreprises privées ont un accès insuffisant au crédit bancaire conduit à la faiblesse de la consommation et pousse la Chine vers une croissance tirée par les exportations. Le gouvernement chinois en est conscient et tente de développer le
crédit aux PME.

Plusieurs scénarios susceptibles de ralentir, voire d’introduire une rupture dans la croissance chinoise : une crise financière, une crise sociale, une perte de compétitivité, des problèmes démographiques et/ou une augmentation du prix des matières premières.

Les autorités chinoises sont conscientes des risques de crise financière et de crise sociale.
Ils pensent aussi que même avec des hausses rapides de salaires, l’avantage de la Chine en matière de compétitivité-coût est durable et que les évolutions démographiques ne seront un problème que dans les années 2020.
Au final, c’est le risque de hausse forte du prix des matières premières qui leur apparaît comme le plus sérieux.

Les principales recommandations

Tout d’abord, les gouvernements ne doivent pas se focaliser sur les taux de change comme beaucoup le font aujourd’hui. La clé principale pour résorber le surplus commercial c’est l’épargne excédentaire et c’est sur la nouvelle orientation de la croissance interne qu’il faut insister. Quant au yuan il est certainement sous-évalué mais son appréciation en termes réels est significative surtout, et cela ne peut que se renforcer, depuis qu’une politique de hausse rapide des salaires a été mise en place. La question des taux de change n’est pas le problème obsessionnel qu’on présente parfois.

L’attention des gouvernements doit plutôt porter sur l’ouverture du marché chinois, encore trop protégé, ainsi que sur le climat
des affaires – notamment la protection des droits de propriété intellectuelle encore très imparfaite.

L’Union Européenne et la Chine ont certainement plus d’intérêts en commun que les États-Unis et la Chine ce qui a des implications fortes quant à la stratégie à mettre en oeuvre avec Pékin. Une coopération entre l’Europe et la Chine sur la question de la réforme du système monétaire international leur paraît utile et envisageable.
Enfin, les entreprises doivent être conscientes des difficultés qui les attendent lorsqu’elles s’engagent sur le marché chinois. Compte tenu des incertitudes fortes, il est sage d’opérer dans des conditions qui soient rapidement profitables. Surtout, il est essentiel de reconnaître que le pari chinois ne peut pas réussir sans un engagement complet et durable . Les entreprises occidentales qui ont décidé d’installer en
Chine une partie de leur Etat-major montrent certainement la voie à suivre.

Source : Centre Analyses Stratégiques

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