Européennes en France : résultats et commentaires à chaud

Le duel entre le Rassemblement national et La République en marche prédit par les sondages a bien eu lieu. La liste du parti d'extrême droite est arrivée en tête avec 23,4% des voix, contre 22,4% pour la liste de la majorité présidentielle, selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria*. Les écologistes menés par Yannick Jadot ont effectué une percée inattendue en s'invitant à la troisième place des élections européennes, avec 13,2% des voix. Terrible déculottée pour Les Républicains. La liste emmenée par François-Xavier Bellamy n'a finalement obtenu que 8,2% des voix, selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria*.Il s'agit du pire score pour la droite aux élections européennes. "La droite traverse une crise profonde, tout est à reconstruire", a déploré François-Xavier Bellamy. Le PS sauve les meubles deux ans après sa piètre performance lors de la dernière élection présidentielle. La liste menée par Raphaël Glucksmann, réunissant les socialistes et Place Publique, est parvenue à sauver les meubles en obtenant 6,4% des voix. Elle dépasse ainsi la barre des 5% qui lui permet d'envoyer des députés au Parlement européen. Une déconvenue pour La France insoumise : la liste menée par Manon Aubry n'a obtenu que 6,4% des voix. Une participation en forte hausse. Le taux de participation globale est estimé à 51,3% en France, selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria*. Un chiffre en nette hausse par rapport aux précédents scrutins européen (42,43% en 2014, 40,63% en 2009 et 42,76% en 2004).

Au vu des premières estimations, quelques remarques.

1. Le premier enseignement est positif : la hausse significative de la participation est une bonne nouvelle pour la démocratie représentative bien malmenée ces derniers mois.

2. Le deuxième (symboliquement le plus fort) est la nouvelle victoire du Rassemblement National. Comme en 2014, l’extrême droite est le premier parti de France aux Européennes. Il est probablement le premier bénéficiaire de la crise des gilets jaunes qui ont certainement à leur façon "voté utile".

3. La défaite de LREM qui est finalement moins grave pour le parti lui-même qui fait un score honorable que pour le Président de la République qui s’est engagé (avec un certain courage) comme aucun président ne l’avait fait auparavant. Il va falloir impérativement que le Président trouve des alliés pour les prochaines élections qui, elles, seront à deux tours. À l’évidence, la stratégie du "entre nous et l’extrême droite il n’y a personne" ne fonctionne plus quand l’extrême droite se met à... gagner.

4. Progression et résultat spectaculaire de EELV (qui n’avait pas pu présenter de candidat aux présidentielles). Bien sûr, ce scrutin est traditionnellement favorable aux écologistes et la tête de liste était particulièrement brillante. Mais ce résultat est surtout un des signes de cette prise de conscience européenne sur les questions liées à l’avenir de la planète (massivement dans la jeunesse).

5. Les Républicains font un score très faible qui ne permettra pas dans notre région à Bernard Asso d’être élu. Ils sont certainement victimes du fait que le Président a fait une politique approuvée par l’électorat traditionnel de la droite mais aussi de la stratégie très droitière de Wauquier.

6. La France Insoumise subit une lourde défaite par rapport aux Présidentielles et à ses objectifs annoncés. Le spectaculaire soutien aux gilets jaunes affiché par Jean-Luc Mélanchon est un échec. La gauche est faible et morcelée mais LFI ne peut plus prétendre faire une OPA sur elle.

7. La liste Place publique-PS-PRG fait un petit score mais un score qui rééquilibre la gauche. Je suis heureux de féliciter Sylvie Guillaume avec qui j’ai fait une réunion commune la semaine dernière. Ici, localement, nous pourrons continuer à compter sur elle. Globalement, on peut dire que les forces des partis de gouvernement ont inversé la tendance à gauche et nous savons depuis François Mitterrand que c’est le préalable nécessaire à toute ambition pour cette famille politique (à Générations, il va falloir choisir son camp).

8. La dernière remarque que nous pouvons faire est que ce soir l’Europe sociale a perdu et pas seulement en France. Le groupe conservateur sera encore majoritaire et le prochain président de la Commission sera un libéral. Ce n’est pas une bonne nouvelle non seulement quand on est de gauche mais aussi quand on est un Européen convaincu.

par Patrick Mottard

*Ipsos/ France 3 tv

Partager

Laisser un commentaire

Qui êtes-vous ?
Votre message