Immigration : dix réflexions pour réapprendre à débattre

Le débat sur l’immigration, plus qu’un autre, subit un excès de simplification qui ne fait pas justice à la complexité de cette question. L’immigration apporte de la diversité, mais toute la diversité ne provient pas de l’immigration. Les sociétés contemporaines sont de plus en plus diverses. Normaliser cette diversité et la gérer est un impératif de santé démocratique pour lutter contre la haine et les inégalités. Un débat sensé et serein est indispensable pour confronter le populisme xénophobe qui alimente les mensonges et les demi-vérités et toute autre phobie qui rende difficile le vivre-ensemble.

Dix réflexions qui cherchent – sans prétention – à nuancer, à approfondir et à favoriser un débat agile sans pour autant sacrifier à la rigueur.

Non au maximalisme. On peut avoir des positions extrêmes lorsqu’on parle d’immigration (depuis Immigration zéro ! à Ouvrons les frontières !). Mais le maximalisme nous conduit à des simplifications idéologiques, à se laisser porter par les sentiments, avec le risque de pécher par excès, depuis la haine et la peur de l’inconnu, jusqu’à la naïveté paternaliste, blanche, eurocentrique et truffée de culpabilité post-coloniale.

Immigration zéro ? À un extrême du maximalisme se situent ceux qui se déclarent anti-immigration et croient qu’il est possible de parvenir à une immigration zéro. Pour n’importe quel pays qui ait la moindre attractivité (tourisme, commerce extérieur, etc.) les frontières ne délimitent jamais des compartiments étanches. Construire des frontières hermétiques est une fantaisie irréalisable.

Frontières ouvertes ? Le discours sans nuances qui défend les frontières ouvertes se trouve à l’autre extrême.
La mobilité des personnes entre des territoires avec des niveaux de vie et des droits individuels très différents sans intervention des autorités génère tout type d’exploitation. Le manque de nuances peut expliquer pourquoi le discours qui défend les frontières ouvertes est revendiqué par des secteurs aussi différents qu’une certaine gauche moralisante et l’ultralibéralisme.

L’immigration n’est pas toujours bonne ou mauvaise économiquement parlant. L’impact économique peut être changeant à court, moyen ou long terme, et dépend en général de la structure sociale et productive de chaque société et de la composition de ses flux migratoires. S’il est vrai que la majorité des études ne détectent pas d’impact négatif de l’immigration sur la richesse des pays, il n’en est pas de même de l’impact de certains flux migratoires sur les inégalités. Un exemple : l’augmentation de l’offre de main-d’œuvre dans certaines niches les moins réglementées du marché du travail peut aggraver les conditions de tous leurs travailleurs, indépendamment de leur pays de naissance.

Il existe également un certain maximalisme lorsqu’on regarde les effets de l’immigration sur les pays d’origine (brain drain, brain gain, brain waste, entre autres) même si notre égocentrisme à tendance à ignorer ces questions.

La gestion de l’immigration est une politique publique. La politique d’immigration est une politique publique avec une influence transversale sur d’autres aspects de l’organisation de la société, même si on ne la considère pas souvent dans ces termes. Dans l’État de droit, il faut réguler et garantir des services publics comme par exemple l’éducation ou le sauvetage en mer, et ne pas les laisser de façon arbitraire aux mains de tierces personnes sans qu’elles rendent compte de leurs actions.

Le droit humanitaire, Il est légitime de débattre sur le périmètre de l’immigration (par exemple on peut se poser la question de savoir s’il faut inclure les réfugiés climatiques), mais abandonner les accords internationaux su l’immigration pour des raisons humanitaires est une question totalement différente qui s’attaquerait à la pierre angulaire de notre système des droits et des libertés.

Responsabilité ou culpabilité communautaire ? On a beaucoup parlé du rôle joué par l’Union Européenne dans la crise humanitaire que nous vivons depuis des années aux frontières de l’Europe. Cependant il est important de rappeler que, jusqu’à présent, les États (et les gouvernements que les Européens ont élus) ont décidé que l’immigration relevait de la compétence nationale et que la Commission devait avoir une marge de manœuvre très limitée. Il serait souhaitable le transfert à Bruxelles de compétences sur l’immigration, les frontières et le droit d’asile.

La politique d’immigration n’est pas une politique de sécurité. Elle ne peut pas être uniquement centrée sur les frontières. L’immigration est un phénomène social de longue haleine qui culmine avec l’intégration des migrants dans leurs sociétés d’accueil. Gérer l’immigration depuis les frontières est une politique publique myope qui ignore ses effets à long terme, et indésirable, car elle construit l’immigration comme une menace.

Ce n’est pas non plus une politique de coopération. La politique de coopération est une autre politique publique qui doit être conçue pour atteindre ses propres objectifs (comme les Objectifs de Développement de l’ONU) et avec ses propres outils. Penser que les flux migratoires peuvent être « contrôlés » par la coopération pour le développement ne peut que conduire à une mauvaise politique de coopération et à une mauvaise politique sur l’immigration.

source : Agenda Publica

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