Société : La foule numérique comme un monstre sans tête ?

Les foules numériques sont-elles les nouvelles forces du mal ?

Suivant l’histoire des médias et rappelant les étapes technologiques de la circulation de l’information (l’invention de l’écriture, l’apparition de l’imprimerie, l’alphabétisation des individus et la presse, l’explosion des mass médias) , comment se forme et se recompose l’espace public après le changement de paradigme né de l’Internet (The Fifth Wave, ainsi nommée ) ?

En donnant la parole à tout le monde, chacun exprimant ses intérêts et ses émotions du moment, le Digital Age anéantit l’idée d’une société organisée selon une hiérarchie des savoir et des positions – dans le gouvernement, les entreprises, les universités ?

Ce mode de fonctionnement ancien est devenu illégitime, car il entre de plein fouet en conflit avec un nouvel acteur : l’amateur. L’internaute lambda exige d’être écouté et est devenu hermétique à l’information et aux messages circulant dans les médias anciens.

Les réseaux pratiquent un égalitarisme fanatique sans craindre d’engendrer des dysfonctionnements sociaux majeurs. Une seule personne, un seul événement, une seule alerte puissamment répercutée sont capables d’entraîner des milliers d’individus dans un mouvement d’opinion viral. Et cette foule numérique peut éventuellement agir dans l’espace physique : occupations de places, de ronds-points, etc.

Ce nouvel acteur (le Public) se positionne radicalement contre le centre de la société, contre les pouvoirs organisés, campe sur un refus absolu de l’ordre établi et fonctionne selon un élan unilatéral sans accorder la moindre considération pour les autres parties prenantes du jeu social. Sa dynamique et son mode de pensée s’orientent alors aisément vers une démarche nihiliste, la violence pour la violence, aucune réponse politique ne pouvant apaiser cet embrasement –qui n’a alors d’autre voie que de s’éteindre de lui-même. Prendre le pouvoir n’est pas le projet du Public, sa stratégie est plutôt de provoquer un maximum de nuisance.

Ainsi la principale ligne de clivage dans les sociétés modernes n’est pas le conflit gauche/droite, mais le conflit entre des élites organisées et un Public indiscipliné, un Public qui vise à semer le désordre sans apporter de solution et sans vouloir remplacer les dirigeants anciens.

Dit autrement, à tout moment, le pouvoir des faibles, coordonnés à travers des liens faibles, la rencontre anonyme dans la galaxie numérique, menace de déstabiliser le monde ancien – organisé, lui, selon des liens forts (système de valeurs, institutions, hiérarchies organisationnelles).

L’examen de la communication publique (les blogs d’intérêt général et politique, les débats des sites d’information) et semi-publique (les réseaux sociaux comme Twitter, Linkedin et Facebook) révèle l’entrechoc, et parfois l’entremêlement, de deux cultures. Celle dominée par les affects, en substance le déploiement au grand jour des passions privées, des revendications, des amertumes et de la colère –c’est sur cet espace public

Ce déferlement de subjectivités est finalement conforme à l’évolution psychologique de l’individu contemporain et la nouvelle arène publique rassemble souvent des individus hystérisés les uns envers les autres.

Le Web a fait éclater les frontières entre paroles d’autorité et paroles profanes : entre les propos des journalistes reconnus et des experts déversés dans la presse écrite et la télévision, d’un côté, et paroles d’acteurs concernés ou engagés, d’amateurs éclairés ou de penseurs du dimanche, de l’autre.

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