Le train démarre

Trois étudiantes ont pour projet d’agir bénévolement auprès des enfants défavorisés de Libreville au Gabon. Elles travaillent en collaboration avec l’association Elat. Voici le récit de leur première journée :

« Voici le centre d’accueil pour enfants en difficultés sociales. Ici, c’est riz-poulet tous les jours et le café avec le pain et la moisissure dessus. » commente Frédéric, le téléphone de tantine Olga à la main. Mode vidéo activé, il filme les alentours et explique la réalité du lieu, sa réalité. Tout content de nous voir, les cinq enfants nous donnent d’emblée trois surnoms. Seul le prénom de Sylvie est épargné. Manon est donc tantine Olga et Anne-Lise tantine Leïla. « Tantine moi aussi je veux le jeu !  » s’exclame Frédéric, le plus vif. Un jeu de carte et les enfants deviennent fous. Il faut dire qu’ils n’ont pas grand-chose ici. Le stricte minimum. Une grande cuisine avec un grand évier et quelques tables, un dortoir, des douches et une salle où les enfants peuvent regarder MTV trace.

Première approche

Les enfants du centre sont orphelins ou issus de l’immigration. Ils sont recueillis pour être protégés du trafic, un monde dans lequel ils auraient pu devenir esclaves sexuels ou ménagères. « Les parents les vendent et leur promettent une vie meilleure. », explique, Kelia Gracia la créatrice de l’association Elat. Elle œuvre au sein du Centre d’accueil d’Angondgé mais il ne lui appartient pas. Plusieurs personnes y travaillent. Chaque jour, des éducatrices spécialisées se relaient. Les enfants arrivent au Centre sans famille et sans papier. Ils n’ont pas de prénom, ni de date de naissance. Ils sont nommés de façon peu commune : « La joie », « Love », « Happiness », « Tic-Tac »… Les enfants ont souvent des habits trop grands. Les plus petits ont la couche pleine et ne sont pas changés. Ils marchent pieds-nus. Certains mangent les restes des fruits tombés sur le sol. D’autres mettent à la bouche des bouts de papiers trouvés dans l’herbe.
Notre mission est de jouer avec eux. On tente plusieurs approches. Sylvie fait avancer les plus jeunes en chenille vers l’autre bout du Centre. Ils chantent en cœur : « Le train démarre bip bip bip ». On lance un « Un, deux, trois, soleil  », sans grand succès. La danse ? Non plus. Les enfants sont assez dispersés. Ce qui les amuse le plus, c’est de prendre nos affaires. Le petit « La joie », n’hésite pas à piocher dans les poches pour avoir un téléphone, ou à tirer les lunettes de tantine Leïla.

Les congosseuses*

Dehors la température avoisine les 30 degrés et le ressenti 33. Sous un Kiosque au fond du grand jardin, il y a trois femmes assisses sur un banc : des nounous supposées s’occuper des petits. Parmi eux, deux enfants handicapés à même le sol. Un minuscule tapis est là, posé, sans grande utilité. Ils rampent, limités par l’ampleur de leurs mouvements. Personne ne s’occupent d’eux. Les nourrices sont trop occupées à congosser. L’heure du goûter approche. Les enfants ne peuvent pas résister aux bons fruits du pays : pastèques et bananes, pommes pour les plus gourmands. Tous se ruent sur la nourriture en abondance. Les mains se tendent. Chacun en redemande. Les bonnes femmes donnent des ordres confortablement assises. Elles interdisent même de redonner une part aux enfants déjà servis pour éviter qu’ils aillent à la selle. Mais les petits sont plus malins et dupent les tantines : ils cachent leurs morceaux de pommes derrière leurs dos et prétendent ne pas en avoir eu.

Manon François
Anne-Lise Tricoche

*Congosseuses : femmes qui se réunissent pour se raconter les derniers ragots du village. Le verbe « congosser » traduit cette action.

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Jane Doe

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