Sécurité routière : l’impressionnante réussite d’une politique publique

A propos de la très controversée ordonnance qui a réduit la vitesse maximale sur les routes nationales de 90 à 80 kms, le Premier Ministre Edouard Philippe s'est laissé aller à cette expression : "Je voulais sauver des vies, on m'a accusé de vouloir remplir les caisses". Malheureusement pour lui , cette mesure a déclenché les protestations les plus vives du peuple des motoristes qui se sentent pénalisés par le ralentissement de leur vitesse de déplacement de quelques minutes, si l'on tient compte de la distance de déplacement moyenne. Et derrière eux, on a tout de suite trouvé le monde politique plus intéressé au vote des vivants qu'au nombre - en augmentation- des victimes. Dans ce festival de l'incohérence , les automobilistes ont montré toute leur hardeur en détruisant 2/3 des radars installés sur les autoroutes et voies nationales pour un coût estimé de plus de 500 millions d'euros . Justice est faite ont proclamé les amis du peuple. Le record du folklore( intellectuel ?) a été la vive protestation pour la réduction de la vitesse maximale décrété par le Préfet des Alpes-Maritimes sur les 4 kilomètres de l'A8 entre Saint-Laurent et Nice qui , du point de vue chronométrique , allonge le temps de parcours de 11 secondes !!! Naturellement, une autre donnée n'a pas été prise en compte minimement est que cette mesure permet de fluidifier la circulation et , par conséquent , de diminuer les ralentissements et les arrêts pour un résultat final positif, à savoir mettre moins de temps pour parcourir les 4 kilomètres. Mais comment peut-on aller contre la "voix du peuple" ?

Même si l’air du temps est à l’exaltation du génie de la société civile et au dénigrement des politiques publiques toujours censées être imposées de Paris par des technocrates hors-sol, je suis de ceux qui pensent que ces dernières sont souvent de belles réussites. Ainsi celle de la sécurité routière.

En 1973, donc sous Pompidou, le nombre des morts sur les routes dépasse les 18000. A cela s’ajoutent les centaines de milliers de blessés, souvent handicapés à vie. En 1996 le nombre n’est plus que de 8541. En 2013 il est à 3268 et semble stagner depuis.

Entre temps les gouvernements de VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron ont engagé une vigoureuse politique de sécurité routière dont on voit bien qu’elle est ni de gauche, ni de droite. Successivement il y a eu les limitations de vitesse sur route, en ville , sur autoroute , le port obligatoire de la ceinture de sécurité et du casque pour les deux roues, la surveillance drastique du taux d’alcoolémie, la multiplication des radars ( à ce propos la neutralisation supposée de ceux-ci par les gilets jaunes a provoqué une progression des accidents causés par la vitesse) .

Si on ajoute le permis à points, l’airbag, la généralisation des autoroutes et la réduction des points noirs on peut voir que c’est un ensemble de mesures cohérentes qui aboutissent à ce résultat remarquable surtout si on tient compte de l’augmentation de la circulation et du nombre de véhicules.

Par rapport au chiffre de 1973 c’est désormais 15000 vies qui sont épargnées chaque année. 15000 c’est à dire 5 fois le nombre de victimes du 11 septembre et presque deux fois celui du massacre de Srebrenica.

Pourtant à chaque fois les opposants étaient nombreux. Par exemple il a existé des associations anti-ceinture de sécurité qui nous prédisaient la mort affreuse d’automobilistes coincés dans leurs voitures en feu !

C’est en analysant toutes ces données qu’il faut désormais examiner la réduction de la vitesse à 80 km/h. Peut être que nous sommes arrivé à un seuil et que le nombre de victimes est insusceptible de se réduire ? mais peut être pas ? Alors pourquoi ne pas tenter sereinement l’expérience.

Je ne suis pas au fan club d’Edouard Philippe et je n’aime pas conduire à 80 km/h mais si c’est le prix à payer pour sauver quelques vies je trouve que ce n’est pas cher payé. Pas vous ?

Patrick Mottard

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