Les lubies de Christian Estrosi pour l’aéroport de Nice

Interviewé par les chaînes de télévision ce week-end sur la possible privatisation de l'aéroport de Nice après celui de Toulouse ainsi qu'il a été annoncé par le Ministre de l'Economie Emmanuel Macron, le maire de Nice et président de la Métropole Christian Estrosi a réagi avec son style de boutefeu des grandes occasions : " je m'y opposerai parce que c'est un outil stratégique pour le développement du territoire".

Sans oublier, un haro sur l’hypothèse que ce soit un investisseur étranger, et de surplus chinois, qui en devienne le concessionnaire.

Une opinion certes légitime, mais qui serait bien plus convaincante si elle était étayée par des raisons logiques et confortée par des données économiques fiables. Sans quoi, elle donne l’impression d’être le fait du prince !

Tout d’abord, quelques explications pour mieux comprendre de quoi on parle : Ces opérations de cession des actifs font partie du plan de redressement de la dette publique que tout le monde demande, et particulièrement chère à la formation politique dont Christian Estrosi est un des membres éminents.

Ensuite, faisant référence à une privatisation, on ne dit pas ni les choses exactement, ni encore moins la vérité.

En premier lieu , il s’agit de la vente de parts de la société détenues par l’Etat qui sont minoritaires par rapport à la totalité du capital dont la majorité reste en propriété des collectivités locales, et particulièrement des CCI. Deuxièmement, l’objet de la cession ne touchent ni le foncier, ni les infrastructures (piste et annexes) mais seulement les services (aérogare, logistique et commercial).

Reste à deviner ce qu’il y a de stratégique dans tout ça et pourquoi alors la quasi-totalité des aéroports mondiaux est gérée par des sociétés privées (et qui fonctionnent la plupart du temps parfaitement) sans qu’on y voit aucun "scandale".

Encore moins compréhensible est la corrélation entre gestion privée et handicap au développement économique du territoire : Pourquoi et comment ?

Puis, si vraiment Christian Estrosi craint de perdre la main et la maîtrise sur la stratégie du concessionnaire, il peut très bien demander des clauses de garantie largement connues et pratiquées telles que les golden share , loyalty share et encore d’autres.

Enfin, pourquoi les sociétés françaises qui opèrent, ce jour, dans les "commodities" sont-elles en pleine expansion ?

Pour ADP et Vinci (qui s’était porté candidat à Toulouse), la stratégie de développement continue. ADP, qui s’ouvre sur l’international, est candidat pour la modernisation de la Guardia (à New York), et celle de l’aéroport de Santiago du Chili, avec Vinci Airports. Ce dernier, qui détient déjà la gestion de Chambéry, Grenoble, Nantes, Rennes, Quimper, est présent au Portugal et au Cambodge.

Quant à ’internationalisation de l’économie, juste deux remarques.

Concernant la présence des investisseurs étrangers et particulièrement chinois dans ces tractations, l’ancien ministre de l’industrie ne devrait ignorer que d’après les statistiques IDE (Investissements direct à l’étranger) , 2 500 groupes français (hors secteur bancaire) possèdent au moins une filiale à l’étranger employant près de 5 millions de salariés et réalisant un chiffre d’affaire de plus d’un milliard d’euros.

Étant un homme politique national, Christian Estrosi devrait également voir de façon positive le fait que la France, malgré toutes ses insuffisances (et parfois ses suffisances), est tout de même le 5e pays* au monde en terme d’investissements étrangers reçus avec un stock de 1500 mid de dollars.

Donc, comment motiver l’opposition à une opération qui ne présente aucune des négativités prétendues ?

Pourquoi l’aéroport de Nice devrait être une "zone franche" alors que la Ville de Nice, la Métropole Nice Côte d’Azur, l’OIN Plaine du Var et le Conseil général multiplient les visites à l’étranger (y compris en Chine) pour présenter le territoire azuréen comme une opportunité pour des investissements ?

Un peu plus de cohérence ne ferait pas de mal...hein !

En France, tous les aéroports sont en gestion déléguée, soit en concession, soit en affermage. La vente par l’Etat de sa part de capital, 60 %, ne peut se faire sans l’accord des collectivités locales, qui détiennent le solde avec les CCI.

* après les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l’Allemagne et la Chine ( source CNUCED)

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