Caravelle Ajaccio-Nice : la vérité est républicaine

Comme chaque année, j’ai participé aux cérémonies commémoratives de la catastrophe de la Caravelle Ajaccio-Nice qui le 11 septembre 1968 s’est abîmée en mer au large du Cap d’Antibes. Ce rendez-vous était particulièrement important puisqu’il s’agissait du 50e anniversaire. Un demi-siècle qui n’a toujours pas permis de savoir la vérité sur l’origine de la catastrophe.

De forts soupçons pèsent sur l’armée qui aurait pu perdre le contrôle d’un missile au cours d’un vol d’essai. Mais cette version corroborée par de nombreux témoignages n’a jamais été confirmée par l’Etat français qui a toujours opposé le secret-défense aux enquêteurs. Grâce à Alain Chemama, un juge niçois (accessoirement un copain de fac), la Justice exige du gouvernement la levée de celui-ci et du coup les familles de victimes devraient avoir satisfaction avant le 51e anniversaire. Mais rien n’est tout à fait acquis si on en juge par l’absence d’un représentant de l’Etat à la matinée.

La cérémonie fut à la hauteur de l’enjeu par son importance et sa tonalité. Nous nous sommes d’abord réunis en l’église Sainte Hélène en présence des célèbres I Muvrini et sous l’autorité du Pape François qui pour la circonstance avait envoyé un message personnel. Puis tous les participants se sont retrouvés devant le petit monument de Carras (ailes blanches et ondes bleues bien connues des lecteurs de Baie des Songes). Gilles Siméoni, le président autonomiste de la collectivité territoriale de Corse, et Laurent Marcangeli, le maire bonapartiste d’Ajaccio, ont pris la parole avec force et sobriété pour exiger cette vérité qui permettra enfin d’apaiser les familles tout en enclenchant le mécanisme du pardon.

Lénine avait dit en son temps - le siècle dernier - que la vérité est révolutionnaire, à l’Etat de comprendre qu’en 2018 elle doit être républicaine.

Patrick Mottard

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