Précarité étudiante : « Je ne veux pas me retrouver dans la situation de l’année dernière »

Entre cours en visioconférence et précarité, la crise sanitaire exacerbe les difficultés des étudiants qui abordent cette nouvelle année scolaire avec appréhension. Tandis que le gouvernement et de nombreuses associations tentent de les soutenir, les mesures prises sont jugées encore trop « insuffisantes ».

Dans son dernier rapport l’Unef ( Union des Étudiants de France) démontre que les dépenses des étudiants ont augmentés de 2,5 %. Ce n’est plus un secret la crise sanitaire a amplifié les difficultés des apprentis.

Mais au-delà de la pandémie, le compte-rendu de ce syndicat établi un problème structurel.

En effet depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le budget des aides directes versées aux apprentis est passé de 546 millions à 79 millions. Autrement dit, il a été divisé par 6, alors même que le nombre d’étudiants est en constante augmentation.

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 »

« Je ne veux pas me retrouver dans la situation de l’année dernière » confie Amandine la boule au ventre. Cette étudiante en droit de 22 ans s’inquiète d’être une nouvelle fois confronté à des problèmes financiers.

À demi-mot, la jeune femme explique avoir traversé une période difficile.
« Je suis boursière, mes parents ne peuvent pas vraiment m’aider et honnêtement dans mon cas les aides du CROUS ne suffisent pas, à la fin du mois il me reste exactement 34 € » ironise-t-elle entre deux gorgées d’eau.

Une situation difficile, c’est aussi ce qu’a vécu Karim âgé de 19 ans. Employé de supermarché, il a perdu son travail pendant la pandémie. « Il m’est arrivé de ne pas pouvoir payer mon loyer » fustige l’étudiant en lettres avant d’aspirer la dernière bouffée de sa cigarette.

Outre les problématiques financières, tous deux sont inquiets à l’idée d’affronter un nouveau confinement et par extension d’être isolés.

Les yeux fixés sur les perles en bois de son bracelet qu’il tourne méthodiquement, Karim explique avoir le sentiment d’être emporté dans une spirale infernale entre stress et dépression.

« C’est déjà angoissant de gérer ses études et un travail à côté. Alors imaginez l’anxiété que l’on peut ressentir quand on perd le travail qui nous permet de vivre dignement. » . La gorge nouée, il continue «  J’ai vu ma santé mentale décliner ».

Les bras croisés, Amandine s’indigne « J’ai l’impression qu’ils n’ont pas conscience que c’est notre avenir qui est en jeu, on construit notre futur aujourd’hui ! Le gouvernement ne peut pas nous laisser décrocher ou abandonner à cause de problèmes financiers surtout dans un pays comme la France » souligne-t-elle.

Les nouveaux dispositifs du Crous

Dans l’optique d’améliorer l’accompagnement des étudiants durant cette année universitaire, le Crous ( Centres Régionaux des Oeuvres Universitaires et Scolaire) a ajouté des dispositifs et révisé les mesures déjà en vigueur.

En tête de liste, se trouvent la reconduction des repas à un euro pour les étudiants boursiers et les étudiants non-boursiers en situation précaire. Ceux-ci devront remplir un formulaire pour bénéficier de cette aide.

Pour la deuxième année consécutive, les frais d’inscription et les loyers ont été gelés, ils ne pourront donc pas être augmentés. Les bourses quant à elles ont été revalorisées à hauteur d’1 %. Ce qui représente un total de 40 € sur 10 mois ou 4 € par mois pour un étudiant boursier l’échelon 4.

Face à l’isolement, un programme « d’étudiants référent » est mis en place par le CROUS. Il permet aux nouveaux élèves d’être écoutés et accompagnés par des personnes qui traversent la même situation.

Dans la mesure où le loyer est souvent la principale dépense dans un budget, l’une des problématiques des logements étudiants demeure l’offre qui est bien inférieure à la demande.

Un hébergement dans une résidence Crous revient en moyenne à 250 € contre 565 € pour un studio dans le privé. Dans ces conditions les élèves sont forcés de travailler en plus de leurs études pour joindre les deux bouts.

Quelques résidences CROUS sont vétustes. C’était le cas par exemple de la résidence Jean Médecin, avant que le CROUS ne décide de la rénover entièrement. Les 9 autres résidences ont quant à elles subi quelques aménagements.

Pour rappel Emmanuel Macron avait promis, lors de sa campagne électorale, la construction de 60 000 logements étudiant supplémentaires. Mais Libération révèle que, 4 ans plus tard, seulement 16 327 logements ont été construit.

L’une des nouveautés du Crous pour la rentrée est le « #Pacte CROUS » qui encourage « une restauration durable » avec des produits, bio, labellisés, éco-responsable et d’origine française dans les cafétérias universitaires.

Le Café Suspendu se mobilise

« Pendant la crise sanitaire on a reçu beaucoup de messages et d’appels à l’aide » constate Camille Santucci la présidente de l’association « Le Café Suspendu ».

L’organisme qui offre des colis alimentaires, accompagne les étudiants isolés et met en place un système de parrainage qui a permis la rencontre de 100 étudiants isolés avec des familles à Nice.

L’initiative porte ses fruits : les jeunes bénéficient d’un réel soutien. « Récemment, j’ai reçu un jeune que l’association a accompagné, il m’a confié être toujours en contact avec la famille qu’on lui a présenté. Ils ont même payé ses frais de scolarité » témoigne Camille Santucci.

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », ce sont les mots d’Emmanuel Macron. Mais en 2021 qu’en est-il vraiment ?

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Jane Doe

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